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Géraud Ambroisine : « Les médias ne mettent pas notre culture à l'antenne »

Marjory Adenet-Louvet / Adams Kwateh

                                                                                                                                Mercredi 03-décembre 2014

Fervent défenseur du service public de l'audiovisuel, il a été présentateur, réalisateur, producteur et formateur.

Comment votre carrière a-t-elle débuté en radio ?

Mon entrée s'est faite officiellement par un concours à l'ORTF en 1972. Mais déjà, depuis 1970, je collaborais avec Didier Bonheur qui animait à l'époque « Matin Bonheur » . C'est un Lundi de Pâques que j'ai fait ma première intervention et ce choix sur l'un des moments forts de la vie culturelle et religieuse de notre pays présageait déjà de ce qui allait déterminer la suite de ma carrière. Car j'ai toujours revendiqué mon antillanité, comme le montrent les titres et les contenus de mes émissions « Soley lèvè, rèté couché » et bien d'autres.

 

Et c'est le personnage Ti Dèdè qui vous a propulsé...

Ti Dèdè me colle encore malheureusement à la peau. L'idée est née en décembre 1972, à la demande d'Alex Nicolas-Etienne qui m'avait fait venir à son émission pour parler de la Noël traditionnelle. Au lieu de raconter mes propres souvenirs de Foyalais, j'ai proposé ma voix pour un personnage fictif qui ne parle que créole que j'ai nommé Ti Dèdè, en référence au titre « Machin'Man Dèdè » , une chanson de Barel Coppet. Ça aurait pu s'arrêter à l'état d'essai, mais en janvier 1973, un rendez-vous hebdomadaire a été lancé tous les dimanches où je raconte par la voix de Ti Dèdè, des histoires de vie. Jusqu'au jour où, en juillet 1973, lors des premières Floralies, un animateur lance en direct d'un podium : « Maintenant, nous passons la parole à Géraud Ambroisine qui est Ti Dèdè » . Le public découvre à ce moment-là celui qui se cachait derrière cette mystérieuse personnalité. De ce jour, j'ai tout arrêté, car c'était l'anonymat qui entourait le personnage qui faisait la beauté et le charme de ce rendez-vous.

 

Au fond qu'est-ce qui vous a préparé à devenir homme de radio et de télévision ?

Je pense qu'au départ, certaines passions me prédestinaient à une carrière dans l'audiovisuel. Initié par mon frère Camille, et par les ateliers de la JEC (Jeunesse étudiante chrétienne) à Fort-de-France, j'ai appris la photographie et la manipulation d'une caméra. J'ai d'ailleurs filmé tous les événements de l'époque : carnaval, le cyclone Dorothy etc. Après quelques activités professionnelles, j'ai passé le concours pour entrer à l'ORTF (Office de radiodiffusion et télévision françaises).A l'époque, pour un jeune de banlieue, c'était une prouesse. En effet, je suis né dans le creuset de la sucrerie Dillon et issu d'une famille modeste, avec un père chef mécanicien et une mère au foyer. Malgré tout, j'ai pu entrer au lycée Schoelcher en classique A, ce qui était également un exploit pour un enfant de quartier. Dès lors, je suis devenu le boute-en-train du lycée et des sorties entre copains. En effet, je pressentais que c'était dans l'audiovisuel que je trouverais ma vocation.

 

Vous auriez pu être musicien aussi. A défaut, vous avez fait la promotion des musiques antillaises, africaines et américaines ?

Cela dit, j'ai pris quelques cours de guitare dans les années 1960 avec Marius Cultier. Pour revenir à l'audiovisuel, il y avait dans notre pays des musiciens de talent, mais ils ne bénéficiaient pas de courroie de transmission. Il fallait faire entendre ces artistes qui marquent aujourd'hui encore notre patrimoine culturel. A l'époque, la radio du service public s'appelait Martinique Inter dont la programmation touchait peu les musiques antillaises. Certes, il y avait auparavant des émissions de Marius Cultier, d'Anca Bertrand et de Georges Montout entre autres. Jean-Pierre Germain, mon mentor de l'époque, alias Stéphane de Marcy, faisait intervenir également certains artistes à l'antenne.Dès lors, une fois entré à la radio, je me suis posé des questions, de nombreuses questions sur l'absence du créole à l'antenne et les raisons pour lesquelles nos musiques étaient peu diffusées. Alors, je suis allé voir le directeur de la station, Louis-Marie Cohic, originaire de la Bretagne qui, sans plus tarder, demande au chef du bureau artistique de tenir compte de la langue et la culture antillaises. C'est ainsi que le créole a démarré à l'antenne en 1973 dans les émissions du matin. Dans la foulée, nous avons créé des émissions de jazz avec Corinne Labbé. Je m'occupais moi-même de la soul music et de la salsa avec Emile Pastel. Nous diffusions les musiques de Mona, de Ti-Emile, de la Perfecta et d'autres groupes martiniquais, guadeloupéens, haïtiens, en un mot caribéens. C'est précisément à cette période que la radio a pris son essor chez nous.

 

L'arrivée des radios périphériques a-t-elle touché la suprématie du seul média local ?

Jusqu'à l'implantation de RCI sur le sol de Martinique, notre succès a été intact. Car les programmes étaient inspirés du quotidien des populations avec des animateurs dévoués et cultivés : Monique Daudin, Georges Montout, Michelle Adami, Corinne Labbé, Myrta Fida et Nadia Jean-Baptiste.

Comment s'est déroulé votre passage à la télévision ?

J'allais dire que le mois de décembre me porte chance, car comme en radio, j'ai effectué mes premiers pas en télévision à la fin de l'année 1973. Pendant mes congés, la direction avait fait enregistrer une émission avec de nombreux artistes : Mona, Ti-Emile, Marius Cultier et d'autres. Elle devait être diffusée, le 31 décembre précisément. A mon retour de congé, le chef du bureau artistique m'annonce que la production est quelque peu ratée, donc j'ai demandé à la visionner. J'avoue que la qualité n'était pas très bonne. Alors avec la complicité de Thérésin Lebil, nous avons refait une émission à partir de ce qui avait été enregistré en découpant les séquences. Deux amis invités sur le plateau et moi-même étions les animateurs. Et, entre chaque séquence, nous tournions en dérision ce qui allait se passer. Trois heures de programme en direct, succès total auprès du public

.Et vous aviez ouvert la télévision à des voix nouvelles...

Oui! J'ai créé la première émission sur la mangrove avec un éminent spécialiste : le docteur Henri Lodéon, des émissions documentaires, sans oublier des émissions scientifiques où, de manière ludique, nous cherchions à comprendre la géologie. Par ailleurs, avec Camille Chauvet, nous avions lancé dans le cadre de « Sélect Tango » , un programme sur l'histoire de la musique et des danses martiniquaises.

 

Quel a été le souvenir marquant des premiers moments en télévision ?

C'est à partir de 1982 que je me suis tourné définitivement vers la production et l'animation pour la télévision. C'est l'époque où nous avions réalisé le premier direct. Il s'agissait du concert donné au festival de la guitare du CMAC par Alexandre Lagoya. Mais ce qui restera pour moi l'épisode le plus marquant de la vie de la télévision chez nous, c'est la première retransmission du carnaval en direct C'était en 1981, nous n'avions pas de car de transmission. Alors il nous fallait un endroit suffisamment élevé pour faire passer le faisceau. Avec Hubert Louis-Sidney, nous avions conclu que seul l'immeuble de la Mutualité répondait à cette contrainte technique. Il se trouve que les défilés carnavalesques ne passaient pas exclusivement par le boulevard Général-de-Gaulle. Nous sommes allés voir Renaud Degrandmaison, alors secrétaire général de la ville de Fort-de-France qui a accepté de détourner la trajectoire des défilés. J'ai présenté ce premier direct avec la réalisation de Michel Traoré.

 

Qu'en était-il des techniciens ?

Le service public de l'audiovisuel a bénéficié de compétences techniques majeures. Pour cette période où nous travaillions dans des conditions laborieuses, il y avait des techniciens de haut vol : Thérésin Lebil, Hubert Louis-Sidney, Michel Hildéral, Max Maurice-Madelon ou encore Christiane Toto la première femme monteuse. Je n'oublie pas les assistants et les cameramen.

Quel regard jetez-vous sur le rôle joué par la radio et la télévision en Martinique ?

Au moment où je débutais ma carrière, seule la ville de Fort-de-France avait une politique culturelle et avait lancé le festival créé par Aimé Césaire et Jean-Marie Serreau. Il y avait également l'ASAAC (l'Association Antillaise d'Animation Culturelle) qui deviendra le CMAC. A part quelques autres timides initiatives, il n'y avait que la radio et la télévision du service public qui amenaient la culture dans les foyers de notre pays. Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui, car les médias ne mettent pas suffisamment notre culture à l'antenne. Je le déplore très sincèrement : l'information instantanée a tué la culture sur les médias. On fabrique des téléspectateurs qui ne regardent que les télénovelas.

 

S'agirait-il d'un manque d'inspiration ou de l'absence d'une volonté politique ?

Le plus grand frein à notre développement individuel et collectif, c'est l'absence de consensus en Martinique. Incroyable! Dans quelque domaine que ce soit on ne peut rien faire sans avoir en face les critiques et la polémique inutile. A chaque fois que quelqu'un fait avancer d'un petit iota, yo ka pété tjouye. « La pététjoutri généralisée » ! Résultat : trop souvent on n'arrive pas à bâtir un projet durable. Je suis indigné par l'absence de consensus. Mais j'ai confiance en l'avenir de notre petit caillou martiniquais, c'est pour cette raison que j'ai consacré 15 ans de ma carrière à la formation professionnelle pour transmettre aux jeunes .

 

BIO EXPRESS

Né le 21 avril 1944, à Fort de France

1972-1982 : Animateur-producteur radio

1975 : Il épouse Danielle

1982 : Il présente la première retransmission en direct du carnaval

1983-1984 : Formation chef monteur film à l'Institut National de la Communication Audiovisuelle)

1988 : Création de « La Nuit des stars »

1992 : Création de « Select Tango »

2008-2010 : Responsable des programmes de Télé Martinique

Père de deux jumelles (Frédérique et Marie-Odile), il est grand-père de 5 petits-enfants.

Source : http://www.martinique.franceantilles.fr/

 

 

http://www.martinique.franceantilles.fr/regions/departement/geraud-ambroisine-les-medias-ne-mettent-pas-notre-culture-a-l-antenne-282861.php

 
 
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