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Edouard GLISSANT-Décédé
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Edouard Glissant (1928 - 2011)

Figure emblématique de l’antillanité et créateur du concept du "Tout-Monde", l’écrivain martiniquais Edouard Glissant est décédé le 3 février 2011 à Paris. Parcours, vidéos, réactions...
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Edouard Glissant tire sa révérence

L’écrivain martiniquais est décédé le 3 février 2011 à l’âge de 82 ans à l’hôpital européen Georges Poumpidou dans le XVe arrondissement de Paris.

La dernière apparition publique de "Monsieur Tout-Monde" datait du 23 novembre. Visiblement affaibli, en fauteuil roulant, l’homme était monté sur la scène du théâtre de l’Odéon à Paris.
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Publié le 03/02/2011 | 10:26

Edouard Glissant est décédé

Par Maité KODA

L’écrivain martiniquais est décédé ce matin à 5h45 à l’âge de 82 ans à l’hôpital européen Georges Poumpidou dans le XVe arrondissement de Paris.

La dernière apparition publique de "Monsieur Tout-Monde" datait du 23 novembre. Visiblement affaibli, en fauteuil roulant, l’homme était monté sur la scène du théâtre de l’Odéon à Paris.
Pour l’occasion, Edouard Glissant avait invité treize artistes pour interpréter en lecture publique son anthologie « La terre, le feu, l’eau et les vents », un recueil de textes emblématiques de la poésie du Tout Monde chère au poète martiniquais.
Car si Césaire et Senghor étaient les chantres de la négritude, Glissant de son coté préférait s’intéresser à la créolisation. Le monde entier se créolise et « entre dans une période de complexité et d’entrelacement tel qu’il nous est difficile de le prévoir », écrivait-il.
Un concept qu’il n’a cessé de défendre, n’arrêtant jamais d’écrire et de publier, même une fois expulsé de Martinique en 1959 après avoir créé le front antillo-guyanais qui défendait ses idées indépendantistes.

Unité-diversité
Son amour pour sa terre natale ne l’a jamais abandonné, et son identité multiple telle qu’il la définissait a définitivement façonné sa vision du monde. Celui qui définissait la Caraïbe comme un archipel où cohabitent Africains, Européens, Orientaux et Amérindiens dans une « unité-diversité » voulait croire au bien vivre ensemble. « C’est notre manière à nous d’aller vers l’autre, d’essayer de se changer en échangeant avec l’autre sans se perdre, ni se dénaturer », assurait-il.

Une cérémonie aura lieu à Saint-Germain des Prés à Paris, avant son inhumation au Diamant en Martinique.
 SOURCE: Article de Maité KODA
http://martinique.la1ere.fr/infos/actualites/edouard-glissant-est-decede_44678.html 
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La mort d'Édouard Glissant

Le Point.fr - Publié le 03/02/2011 à 18:59 - Modifié le 04/02/2011 à 10:25

"Soleil de la conscience" des mutations de notre monde, le poète penseur martiniquais est décédé ce jeudi 3 février à Paris.

 Edouard Glissant face à la mer en Martinique, dans le film d'Yves Billy et Mathieu Glissant ("Empreintes", France 5)

Par Valérie Marin la Meslée

Qui sait qu'un homme d'une importance considérable pour ses semblables est mort jeudi matin à Paris ? Son nom est Édouard Glissant. Né en Martinique en 1928, il était poète avant tout, même quand il était philosophe et romancier (prix Renaudot 1958 pour La Lézarde, du nom de la rivière voisine de son morne Bézaudin). Colosse à la voix frêle, grand amoureux de la vie au regard malicieux - il faut le voir avec son plus jeune fils, Mathieu, revenir sur les lieux de l'enfance, dans le film Empreintes (rediffusion sur France 5 le 6) -, ce penseur immense au coeur malade, déjà, nous a quittés à l'âge de 82 ans. Or, Glissant s'en est allé avant que le plus grand nombre sache l'indispensable de son oeuvre, sa pensée humaniste pour la compréhension profonde et durable de notre temps. Pourquoi ? Réputé difficile d'accès, l'inventeur de "Une anthologie de la poésie du Tout-Monde" n'avait pas le sens du compromis. C'était tout ou rien. Et si on ne voulait pas de lui comme il était, il choisissait de rester intègre à son oeuvre plutôt que d'en souffrir la déformation simplificatrice.


Mais la réputation qui entoure Glissant est excessive, voire abusive, car il n'est pas si "compliqué" d'accéder à ses écrits. Il suffit de se laisser porter par le cours de ses phrases comme le corps épouse la vague. Alors, on sent bouger les profondeurs du monde, les mouvements qui le rythment et les relations qui unissent chaque être à l'autre, quelle que soit son origine. Glissant a tout dit du métissage, de la diversité, des migrations, des conversations possibles entre les hommes au-delà des frontières, des notions de nation ou d'identité de nos jours, et pour ceux qui nous attendent. Il a pensé les mutations de notre temps comme aucun autre.


Le Tout-Monde


Bien sûr, de là où il était né, ce petit pays mêlé de Martinique, creuset de races et de peuples, laboratoire des différences réunies en un lieu marqué par l'esclavage, dépendant de la France, le poète a montré que l'Histoire avait donné à l'Occident la supériorité du discours, la grandeur de la conquête, la puissance du colon. Son premier grand poème, "Les Indes" (1956), donne à entendre la conquête par la voix du conquérant et par celle, toujours absente, du conquis. La même année, son essai Soleil de la conscience devine "qu'il n'y aura plus de culture sans toutes les cultures, plus de civilisation qui puisse être métropole des autres, plus de poète pour ignorer le mouvement de l'Histoire". Tout est déjà en marche dans ce livre magnifique et majeur. Et facile, qu'on se le dise ! Il est réédité par Gallimard, comme la plus grande partie de son oeuvre. Du laboratoire antillais, Glissant étend l'expérience de ce qu'il nommera le "Tout-Monde" au monde entier, et invente le concept non pas de créolité, trop refermé, mais de créolisation, processus ouvert et en marche qui repose sur cette phrase à méditer pour longtemps : "Je peux changer en échangeant avec l'autre sans me perdre ni me dénaturer."

La "poétique de la relation" est née. Elle montre qu'à travers les dialogues féconds entre les imaginaires, chaque localité, chaque espèce, à l'heure de la mondialité, cette "réalité prodigieuse", envers de la mondialisation uniformisante, peut faire entendre sa partition.

Son dernier opus, l'incroyable poème universel tissé de textes venant de toutes les cultures et de toutes les époques, son Anthologie poétique du Tout-Monde, en témoigne. "Un livre pour une vie", dit Emmanuelle Collas, qui, depuis 2007, a donné, au sein de sa maison d'édition Galaade, une visibilité à Glissant grâce à une succession de petits textes en forme de manifestes, souvent rédigés en collaboration avec Patrick Chamoiseau, tous deux formant un binôme de maître et de disciple. "Quand les murs tombent" (auquel d'une certaine façon est venu répondre "Éloge des frontières" de Régis Debray), "L'intraitable beauté du monde", adresse à Barack Obama dont ils saluèrent ensemble l'avènement, ou encore cette anthologie de textes sur l'esclavage, que l'éditrice voudrait pouvoir diffuser auprès de tous les lycéens...

Bruits


Lire Glissant, c'est d'abord sentir, ressentir les imaginaires qui sont de plus en plus amenés à se côtoyer dans le monde, c'est dépasser ce que ses détracteurs nomment "abscons" pour écouter, derrière les concepts, les bruits du monde tel qu'il est. D'ailleurs, Édouard Glissant était très patient dans sa grande impatience. Il a enseigné plus de vingt ans aux États-Unis. Et se montrait toujours prêt à répéter une définition, car la répétition, et même le ressassement revendiqué, faisait partie des notions qu'il prônait : manière d'ancrer son rapport au monde dans les consciences, lentement, mais sûrement. Il invitait à prolonger les échanges au sein de l'institut du Tout-Monde, qu'il a créé avec les indéfectibles soutiens de la Maison de l'Amérique latine et de la fondation Agnès B et que dirige son épouse Sylvie. Pour commencer à arpenter l'archipel Glissant, son dernier livre d'entretiens avec Lise Gauvin, L"imaginaire des langues, qui vient de paraître chez Gallimard, est une entrée limpide à conseiller. Pour prendre la mesure du monde tel que sa pensée nous l'éclaire, sous le soleil de cette conscience unique et que l'oeuvre immortalise.

Interviewé chez lui en mai 2010 pour la parution de son Anthologie poétique du Tout-Monde (éd. Galaade), Édouard Glissant parle de l'identité-relation.
 
SOURCE: Article par  Valérie Marin la Meslée
 pour  en savoir plus Cliqué ICI-
http://www.lepoint.fr/culture/la-mort-d-edouard-glissant-03-02-2011-1291602_3.php 
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par Patrick Vignal
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Les foudres d'Édouard Glissant

par R.Efranceantilles.fr03.02.2011


En janvier 2010, l'Habitation Saint Étienne, au Gros-Morne accueillait l'écrivain - philosophe Édouard Glissant pour un vibrant hommage. A cette occasion, un ancien chais était baptisé du nom du père du concept du "Tout-Monde". Un espace qui sera dédié à la culture et aux arts, selon les responsables des lieux. A ce titre, José Hayot, n'a pas caché sa joie, tout au long de cette matinée où le nom de Glissant résonnait sur toutes les lèvres. "Cette manifestation revêt un caractère fortement symbolique", débutait maître des lieux. "Traversée par la rivière Lézarde (titre du premier roman d'E. Glissant), l'Habitation Saint Étienne est à mi-chemin entre le morne Bezaudin qui te vit naître et le Lamentin où tu grandis quelques années plus tard", poursuivra-t-il à l'adresse d'Édouard Glissant. "Aujourd'hui, c'est ce chais, qui est l'un des plus anciens témoins de l'histoire de cette Habitation, mémoire de pierre et de fermentations que nous dédions aux artistes et aux créateurs. Nous sommes aussi ici pour te remercier de tout ce que tu as fait pour la Martinique et pour notre compréhension du monde", conclura convaincu celui que l'on sait très engagé en faveur du patrimoine culturel local. Pour sa part, Édouard Glissant, très ému, et avec sa modestie habituelle, déclarait : "C'est un lieu hautement symbolique en ce sens qu'il relie un passé de travail et de misère, de souffrance et un avenir que nous espérons pouvoir partager tout ensemble. C'était un lieu de vieillissement, c'est maintenant un lieu de rajeunissement, de l'art et de la connaissance. C'est toujours beau et je suis évidemment très touché par cette hommage". Un espace qui n'attend plus que les artistes pour vivre pleinement sa nouvelle vie...
SOURCE: ARTICLE par R.E -franceantilles-.fr03.02.2011
Lire la Suite Veuillez cliquez ICI
http://www.martinique.franceantilles.fr/actualite/culture/les-foudres-d-edouard-glissant-03-02-2011-100996.php
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Edouard Glissant
Edouard Glissant
Edouard Glissant
 
Adams Kwateh franceantilles.fr 03.02.2011
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Edouard Glissant :
Des mornes de Bezaudin au sommet des cultures du monde

Adams Kwatehfranceantilles.fr03.02.2011

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Il a vu le jour le jour à Sainte-Marie sur une habitation d’où il a cheminé avec fulgurance vers les cultures du monde. Itinéraire du penseur du Tout-Monde.
Jeudi 3 février à 6 h 45 heure de Paris, Mathieu Edouard Glissant (Godby pour les intimes) rendait son dernier souffle à l’hôpital Georges-Pompidou après des mois de maladie due à des complications cardiaques. Fin de parcours d’un homme qui, durant cinquante ans, a marqué de sa forte empreinte la Martinique, la Caraïbe et le monde. Trois espaces qu’il a « conquis » par son engagement politique, sa revendication identitaire et son attachement à la reconnaissance des cultures. Il avait l’élégance des seigneurs de la pensée, sans pour autant se perdre dans l’érudition futile.
Son père, Jérôme-Paul-Edouard Glissant, né le 30 septembre 1901, était un géreur d’habitation. Sa mère Marie-Euphénie Godard, née le 3 septembre 1895, était lessiveuse le jour. La nuit, elle vendait des sucreries pour élever ses cinq enfants. A quelques semaines de la naissance d'Edouard à Bezaudin, le 21 septembre 1928, sa mère quitte le champ de canne pour venir vivre aux côtés de sa sœur dans le bourg du Lamentin. Edouard Glissant grandira sur les bords de la rivière Lézarde qui inspira son premier roman pour lequel il a obtenu le prix Renaudot en 1958.
Il était à la fois boy-scout et amateur de sport. Mais l’engagement politique n’était jamais très loin dans ses activités quotidiennes. C’est ainsi qu'avec d’autres, il fonda l’association Franc-Jeu. Une structure qui était une réponse à Jouer le Jeu, le célèbre appel à la jeunesse de Félix Eboué, le premier gouverneur noir de la France coloniale.
En entrant au lycée Schoelcher, pendant la Seconde guerre mondiale, en plein bouillonnement de résistance contre le régime vichyste en Martinique, Edouard était le fer de lance de tous les combats. « Nous reconnaissions en lui toutes les qualités d’un homme mûr », rappelle le poète Georges Desportes.
A Fort-de-France, iI avait élu domicile chez sa tante maternelle, la seule personne à même de pouvoir l’accueillir et lui faciliter les études secondaires. Malgré le dénuement total, le jeune Edouard a obtenu son bac en 1946. Il part en France pour des études de lettres. La sociologie et l’ethnologie prennent le dessus. Mais avant son départ pour Paris, la révolution des jeunes communistes haïtiens le rattrape. Il sympathise avec l’un d’eux Gérald Bloncourt qui avait été exilé à Fort-de-France par les autorités haïtiennes. Ce fut le début de sa prise de conscience pour une Caraïbe libre et indépendante de toutes les dominations. A la défense d’une personnalité martiniquaise, s’ajoutait le combat pour l’émancipation antillaise. Plus tard, il va conceptualiser cette notion dans l’antillanité. Avec le Sainte-Lucien Derek Walcott, prix Nobel de littérature 1992, le Barbadien George Laimng ou la Cubaine Nancy Morejon, l’écrivain martiniquais donnera ses lettres de noblesse à une société jeune et très complexe : les Antilles.

Un transmetteur de savoirs

En octobre 1993, l’Université des West-Indies l’élève au grade de docteur Honoris Causa. Le deuxième titre attribué à un francophone de la Caraïbe après Aimé Césaire en 1975.
Glissant était aussi un transmetteur des savoirs qui ne se basent sur des classiques occidentaux. L’ouverture au monde et le brassage de toutes les formes de création guidaient ses pas dans la création de l’IME (l'Institut martiniquais d’étude) en 1967. Des générations de jeunes Martiniquais qui ne trouvaient pas au lycée Schoelcher ont trouvé leur voie dans cette école. Ce fut aussi l’occasion de voir éclore des transmetteurs de savoirs : Roland Suvélor, François Rozas, Jacqueline Labbé ou Victor Anicet.
Cette expérience s’est déroulée après sa réhabilitation par les autorités françaises, car Edouard Glissant fut interdit de séjour en Martinique durant une longue période. Pour cause, il constituait avec Frantz Fanon, Guy Cabord-Masson et Marcel Manville, les éléments durs de la fronde contre le colonialisme français en Algérie. C’était au sein du Front antillo-guyanais qu’il affirmait son anti colonialisme et, pour finir, il s’était illustré ouvertement au sein de l’OJAM.
Parallèlement, son écriture marquait un cheminement en profondeur pour expliquer l’histoire et les hommes, au travers de personnages dont Mathieu Béluze, Marie-Célat. Des figures emblématiques de Martiniquais balancés entre le réel antillais et les rendez-vous manqués avec l’assimilation. Edouard Glissant mettait en exergue les racines multiples qui tirent leurs origines d’Asie, d’Afrique, d’Europe. « Nous ne sommes pas des êtres monolitiques », résumait-il pour annoncer le rhizome qui caractérise chaque personne. A la place d’un mot diversité, il place la diversalité. Au concept de créolité, il propose la créolisation du monde. Et voilà que dans un univers où l’occidentaliste et le populiste sur les questions d’origine se manifestent comme des tentacules, Edouard Glissant amène comme un rafraîchissement, le concept du Tout-Monde. Dès lors, il s’érige en passeur des cultures, distillant avec majesté et talent les enseignements dans les universités américaines. L’enfant de l’habitation du Nord-Atlantique est au sommet de la pyramide de l’universalité. Une posture qui lui vaut de nombreuses demandes dont celles de l’ancien président français Jacques Chirac et de son Premier ministre Dominique de Villepin. Il sera ainsi le président de « Mémoire de l’esclavage », fonction dans laquelle il ne se limitait pas à la représentation : ses livres et conférences ont fait entrer dans la conscience française et européenne la nécessité de tenir compte de ce contentieux historique qu’est la traite négrière.
Mais avant tout, Edouard Glissant était un poète de l’action : pour lui politique et poétique forment les armes miraculeuses qui libèrent l’homme.
SOURCE : ARTICLE
http://www.martinique.franceantilles.fr/actualite/culture/des-mornes-de-bezaudin-au-sommet-des-cultures-du-monde-03-02-2011-101006.php
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France-Antilles Martinique
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L'ADIEU parisien à Edouard Glissant
F-X.G. France-Antilles Martinique 07.02.2011



Samedi, l'Eglise de Saint-Germain-des-Prés a accueilli la dépouille d'Edouard Glissant pour une messe bénédiction. 500 personnes, la famille, les amis et des anonymes sont venus rendre un dernier hommage au poète du tout-monde. Le père Benoît de Sinety, sensible au « génie de cet homme de la relation » , a choisi le prologue de l'évangile de Saint Jean . « Au commencement était le verbe... » « J'ai pu relire beaucoup de ses poèmes et retrouver sa langue magnifique » , confiait l'ecclésiastique avant la cérémonie. Il s'agissait de donner la bénédiction au défunt et de faire une prière « ensemble, pour se souvenir » . Au premier rang à droite, devant le catafalque, les politiques. Dominique de Villepin, Jean-Batiste Rotsen (chef de cabinet de Marie-Luce Penchard), Christiane Taubira, celle qui appelait Edouard « mon gros ours ou mon chat-tigre » , François Bayrou et Frédéric Mitterrand (arrivé juste au début de la cérémonie). Derrière eux, Jacques Martial et Renaud Donnedieu de Vabre (qui sont arrivés ensemble), et l'ancien ministre de l'outremer, Brigitte Girardin. Sur l'autre rangée, au premier rang, autour de Sylvie glissant, les enfants du poète, Mathieu, Pascal, Olivier, Jérôme et Barbara. Dans la nef, beaucoup de musiciens, Alain Jean-Marie, Mario Canonge, Eric Vincenot, Roland Pierre-Charles... Des comédiens, Firmine Richard, Alex Descas, Greg Germain, François Marthouret... Des gens de média, François Guilbeau (patron de F3), Marijosée Alie, Gora patel, Walès Kotra (FÔ), Laure Adler, Olivier Poivre d'Arvor (patron de France Culture), Edwy Plenel (patron de Mediapart)... Mais pas de presse nationale pour couvrir l'événement. Il y avait encore son éditrice Emmanuelle Collas (Galaade), Titouan Lamazou ou encore le cinéaste José Hayot. Daniel Maximin, le commissaire de l'année des outre-mer français, arrivé discrètement après le début de la cérémonie, est resté solitaire. Dehors, des écrans et des hauts-parleurs avaient été installés, ainsi que des barrières Vauban et trois policiers, mais les 1000 personnes attendues n'étaient pas là. Après la cérémonie, les discussions évoquaient les absences de personnalités comme le maire de Paris (quoique représenté par Firmine Richard et Jean-Claude Cadenet), la députée George Pau-Langevin (elle est en Israël), la ministre de l'Outre-mer (elle sera présente pour la sépulture en Martinique) ou celle des principales associations. Plus loin, on dit qu'il mérite lui aussi une plaque au Panthéon et un autre propose que l'on rebaptise la rue Myrrha à la Goutte d'or (celle citée par Marine Le Pen au sujet des prières des Musulmans dans la rue!) en rue Edouard-Glissant. « C'est LA rue de créolisation, la rue du tout-monde! » A la sortie du cercueil, une salve d'applaudissement a fusé telle une fulgurance faisant écho à la pensée d'Edouard Glissant. José Hayot est là avec ses deux fils, Théo et Léo. Edouard était le parrain de Léo. C'est à lui qu'il avait dit le jour de ses 80 ans : « Ne deviens pas un béké. » José Hayot sourit à cette évocation et rétorque : « Edouard a toujours donné de bons conseils à tout le monde! » Roland Pierre-Charles en profite pour glisser qu'il faut absolument voir ou revoir le film de José, Nord plage : « Il y a un long moment où Edouard parle. Il a les yeux fermés et on ne comprend rien! » Le musicien préfère retenir d'Edouard Glissant son travail à l'IME. « Il a récupéré tout un tas de gars que le lycée Schoelcher rejetait... »
 
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- « Les peuples qui s'ébranlent sont en écho complice avec Glissant »

(Régis Durand de Girard)Votre père, vice-recteur de la Martinique en 1959, partage avec Edouard Glissant le triste privilège d'avoir été victime de l'ordonnance du général de Gaulle...
Mon père est aujourd'hui le dernier survivant de ce qui s'est passé en face de l'église de Saint-Germain-des-Prés au 44 rue de Rennes, la création du front antillo-guyanais pour l'autonomie, en avril 1961. C'est cela qui a entraîné tous ceux qui étaient fonctionnaires à être sanctionnés, interdits d'enseigner et surtout interdits de Martinique... Qui ne pouvaient pas être... dans leur pays...
Vous êtes submergé par une vague d'émotion... Voulez-vous qu'on arrête ?
Non. L'émotion, il faut l'assumer. La pensée et l'oeuvre d'Edouard Glissant affleuraient d'une émotion vivante... Cette émotion, c'est de dire qu'Edouard Glissant, on peut l'enfermer dans une oeuvre immobile, des textes académiques qu'on apprend à l'école en oubliant combien c'est une oeuvre vivante qui s'est enracinée dans l'espérance de l'émancipation, dans ce moment de combat pour la négritude, dans le premier congrès des écrivains noirs qui a eu lieu à la Sorbonne à Paris. Mais en même temps, il a été voir au-delà. La force d'Edouard Glissant, ce qui fait que pour moi, il est vivant pour le siècle à venir, c'est qu'Edouard voyait combien les indépendances ne devaient pas imiter la domination et combien il fallait aussi imaginer un autre temps, le temps des authentiques libérations, le temps du tout-monde, le temps de l'identité-relation comme il disait.
Qu'en est-il de son message ?
Il y a une résonance formidable car le dernier colloque international sur l'oeuvre d'Edouard Glissant s'est tenu en Tunisie, à Carthage. Je pense que les peuples qui s'ébranlent aujourd'hui sont en écho complice avec le poète Edouard Glissant.
Propos recueillis par F-X.G. (agence de presse GHM)- Pour toujours au Diamant
Le conseil municipal de vendredi dernier a débuté par une minute de silence pour « honorer Edouard Glissant et tous les amis partis en ce début d'année » , a annoncé le maire du Diamant, Gilbert Eustache. Puis il a indiqué que conformément au voeu du poète-écrivain et à la demande de ses proches, il serait veillé et inhumé au Diamant, sa commune d'adoption depuis 20 ans. Celle-ci l'avait d'ailleurs honoré il y a un an de cela en inaugurant, en sa présence, une rue qui court du rond-point du Nègre marron au collège.
Mardi donc, après un détour par le collège qui porte son nom, Edouard Glissant arrivera au Diamant vers 16 heures. Il sera installé et veillé devant les statues du Mémorial du Cap 110, à l'anse Caffard, face à la mer et à la maison qu'il a occupée au cours de ces vingt dernières années. Equipe municipale et services techniques de la commune, épaulés par toutes les bonnes volontés, assurent la logistique de cet ultime moment.
La veillée prendra la forme d'une veillée poétique ; aucune allocution, aucun discours ne sera prononcé. Et elle se prolongera jusqu'au mercredi après-midi, jusqu'aux funérailles, en l'église du Diamant, funérailles célébrées par Monseigneur Méranville.
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- HUMEUR. Manque d'ambitions pour Cap 110 ?
Mardi soir, un hommage sera rendu à Edouard Glissant sur le site de Cap 110. Autour de ce Mémorial, érigé en 1998 à l'anse Caffard, à l'initiative de la ville du Diamant à l'occasion du 150 e anniversaire de l'abolition de l'esclavage, ils seront sûrement très nombreux à partager cet instant. La majesté des lieux, remarquablement mis en valeur par l'oeuvre artistique de Laurent Valère, invitera les uns et les autres à un double recueillement : le grand combat pour l'Homme mené par Edouard Glissant et l'hommage aux victimes de la traite esclavagiste. Une rencontre qui se veut fusionnelle face aux 15 bustes de personnages affligés présentés de manière serrée en triangle pour faire référence au commerce triangulaire.
Mais comment comprendre que, 13 ans après la réalisation artistique, aucune initiative n'ait été prise pour valoriser le site et prolonger ainsi le travail de l'artiste ? Comment comprendre que la ville, à part faire couper l'herbe autour de l'ensemble, oubliant d'ailleurs l'espace entre les statues, n'ait pas eu la moindre idée d'embellir le site par des plantations adaptées ? Et pourtant face au rocher, Cap 110 demeure l'un des monuments du Sud de la Martinique les plus visités et photographiés.
Si l'initiative de la ville au départ était excellente, force est de constater qu'aujourd'hui l'accompagnement n'a pas suivi. Certains diront « i bon kon sa » . Mais outre l'aspect environnemental qui mettrait en valeur ce Mémorial, l'entretien des statues est quasiment inexistant.
Construites en béton armé et blanchies au sable de Trinidad - et - Tobago, elles commencent à présenter des signes inquiétants de vieillissement. Sur l'une d'entre elles, le béton a éclaté et le fer est à nu.
Ici comme ailleurs, c'est une fois de plus la question de l'entretien élémentaire des grands sites touristiques qui pose problème.- Les réactions
- Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture
« Edouard Glissant va être lu de plus en plus car tout ce qu'il dit est tout ce dont nous avons besoin. Il y a la beauté de la langue, la puissance poétique extraordinaire qui était la sienne. Je pense que ce sentiment de perte, d'un côté ne sera jamais consolé parce qu'il n'écrira plus, et d'autre part, sera malgré tout un peu surmonté parce qu'il reste tous ses livres, ses textes... »
- Brigitte Girardin, ancien ministre de l'Outre-mer
« Il a toujours été très visionnaire et d'ailleurs, quoi de plus actuel que le tout-monde aujourd'hui! Il m'a toujours beaucoup inspirée, même dans ma réflexion économique sur l'outre-mer car il avait une grande vision très personnelle. Le développement endogène, c'était lui! Il a toujours été d'un grand conseil sur toutes les questions touchant à l'homme. »
- Renaud Donnedieu de Vabre, ancien ministre de la Culture
« J'avais une immense affection, et beaucoup d'admiration envers ce géant. C'est quelqu'un qui m'inspire beaucoup de respect et puis, son cri, parce que c'était un homme de passion, engagé, je l'ai au fond de moi-même pour essayer jour après jour de faire que la diversité, l'égalité, le respect, la liberté soient une valeur déclinée au quotidien. »
- L'Association métropolitaine des élus d'outre-mer
L'AMEDOM veillera à honorer la mémoire de cet ami martiniquais à qui le monde ultramarin doit les concepts de créolisation, d'antillanité et de « tout-monde » et rend hommage à sa lutte sans fin contre toutes les formes de racisme et de discrimination, la défense du métissage et bien d'autres combats qu'il aura su mener jusqu'au bout de sa vie. L'AMEDOM, compatissante aux côtés de ses proches, déplore la perte d'un grand homme de lettre et de pensée.
- Irina Bokova, directrice générale de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO)
« C'est une figure majeure de la littérature antillaise qui vient de s'éteindre mais aussi un écrivain engagé. L'oeuvre foisonnante qu'il nous laisse est un hommage au métissage et au concept de créolisation qui lui était si cher. L'UNESCO s'enorgueillit de l'avoir compté parmi ses collaborateurs puisqu'il avait dirigé le Courrier de l'UNESCO de 1982 à 1988 » .

- Souvenirs de Jacqueline Labbé, artiste
« Parler de Glissant dans pareille circonstance demande une remontée dans l'année 1952. Eh oui...C'était en novembre. Nous habitions rue Tournefort non loin de la Sorbonne dans des pensions mitoyennes ; la mienne s'appelait Parisiana. En sa compagnie, il y avait notre Roland Suvélortous les deux étaient mariés. Dans leur pension défilaient pas mal d'étudiants et on peut dire que ça débattait sur la manière d'échapper au système établit, je pèse mes mots ; disons que c'était plutôt rouge coco.... Ils parlaient une langue érudite et moi qui débarquais... j'étais très admirative et fière de me trouver dans cette proximité. En Martinique, lorsque j'ai commencé le travail sur une esthétique mieux adaptée à la chevelure crépue, des camarades qui travaillaient à L'I M E, ont parlé à Edouard Glissant de mes projets qui dépassaient la cible chevelure, bien entendu. C'est ainsi que nous avons tous fréquenté quelques ateliers à l'I M E.
Glissant m'a encouragée, disant qu'il ne fallait rien renier de son héritage africain (la peau, les traits, etc) Qu'il ne fallait pas non plus chercher à persuader. Et disons que Glissant m'a révélé comment tournait le monde. Il disait que seul le travail et son exigence... Et comment vivre avec les autres. Que mon salon de coiffure transféré rue Garnier Pagès devra se convertir en laboratoire d'idées. Je cite quelques noms : Sardaby Raymond, Philippe Monjoly, Lucien Cilla et sa femme. D'autres passaient et laissaient des idées.
Voilà. Que ceux qui n'ont rien lu de lui se mettent en action. » -
 
(FRANCE-ANTILLES DU 10 MAI 2007)
L'héritage des mémoires de l'esclavage ne sera pas résolu tant que les communautés ne les auront pas échangées, au lieu de les confronter. Il est urgent d'ouvrir un lieu de réflexion.

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- Des navettes au départ de Sainte-Marie
Afin de permettre aux administrés samaritains de se rendre à la veillée d'Edouard Glissant, soirée de recueillement prévue ce mardi 08 février au Diamant, la municipalité de Sainte-Marie met en place un service de transport à l'usage des personnes voulant se rendre sur place. A cet effet, à compter de 18 heures précises, heure de rassemblement, des navettes seront mises à leur disposition aux trois points suivants :
- Parking Maison du Bèlè (Reculée)
- Place Eugène MONA (Morne des Esses)
- Place de l'Hôtel de Ville (Bourg)- Veillée de poésie demain soir à l'Anse Caffard
Le week-end a été marqué par un certain nombre de festivités saluant la mémoire d'Edouard Glissant. C'était le cas vendredi à l'Institut régional d'art visuel à Fort-de-France et samedi à l'espace Camille Darsières du Sermac ( Service municipal d'action culturel).
Demain ce sera la grande veillée au Diamant, la commune adoptive du poète. Edouard Glissant qui aimait donner aux mots toute la solennité nécessaire à susciter l'émotion, a émis le voeu que la veillée en son honneur se fasse en toute simplicité.
Il préférait dire « l'amitié autour de la poésie » . Du reste, la poésie était son unique patrie. C'est de cela qu'il s'agira demain à l'Anse-Caffard au Diamant en plein milieu du Mémorial. Chacun est convié à venir lire la poésie ou des textes dans toutes les langues. Que tous ceux qui jouent d'un instrument viennent partager les sons. Aucun protocole n'est imposé dans le déroulement de la soirée. Selon les proches du défunt, le maire du Diamant Gilbert Eustage accueillera les officiels dont la ministre Marie-Line Penchard.

 
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Derniers adieux ou l'éloge du Tout-Monde
Adams Kwateh France-Antilles Martinique 08.02.2011

Cet après-midi, le corps de l'écrivain fera un dernier tour au Lamentin avant une grande veillée au Diamant.
 

Depuis sa mort, jeudi 3 février, il est comme Oko, l'un des personnages de son roman Sartorius qui raconte l'histoire des habitants d'un monde invisible. L'Histoire est bâtie comme une Genèse : il y a l'exode , la quête. En effet, aujourd'hui débute pour lui un dernier périple qui va commencer par le Lamentin. Vers 13h 45, son corps va traverser les rues Bayardin et Ernest-Maugée où il avait habité avec sa mère et sa tante dès ses premiers mois. Dans les années trente et quarante, ces rues marquaient la frontière entre le bourg du Lamentin et la rivière. Cette dernière, connue sous le nom de La Lézarde sera le titre du roman de Glissant pour lequel il avait remporté le prix Renaudot en 1958. A chaque séjour en Martinique, Glissant ne manquait pas de revenir sur les lieux où habite sa nièce Victoire Léandre, épouse Sinosa.Après les lieux de l'enfance, son corps passera à la rue du France-Jeu, l'association qu'il avait fondée avec ses amis. L'association publie son premier numéro en 1945. L'année suivante, « Godbi » -c'était son petit nom-, part pour des études supérieures en France. Enfin, l'arrivée du cercueil est prévue à 14 heures 30 devant le collège qui porte son nom. Des élèves liront un dernier hommage pointé de poèmes à leur « parrain » . La transmission sera faite. La plus haute mission à laquelle tenait le penseur.Vers 15 h 30, le corps va cheminer vers le Mémorial du Diamant où, dès 17 heures, le public pourra venir déclamer des poèmes dans toutes les langues. La nuit sera consacrée aux mots, chants, récits, danses... Selon la volonté de la famille, il n'y aura pas de discours officiels. Le seul qui pourrait être prononcé serait celui du maire Gilbert Eustache, en guise de propos d'accueils des personnalités martiniquaises et françaises. Parmi ces dernières, il y a la ministre de l'Outremer, Marie-Luce Penchard et Frédéric Mitterrand, le ministre de la Culture. La députée guyanaise Christiane Taubira devrait également faire le déplacement. Une délégation guadeloupéenne est aussi attendue.Enfin, demain à 16 heures, une messe sera donnée en sa mémoire, avant son enterrement au Diamant.- Méditations sur les statues de l'Anse Caffard
Tout juste après l'érection du Mémorial de l'Anse Caffard par l'artiste Laurent Valère, Edouard Glissant évoque ce lieu sous le titre Ibos, en référence aux Africains transportés sur cette partie du Diamant dans un bateau clandestin.
« Les quinze statues rassemblées en un triangle dont la pointe donne au large, exactement sur la latitude de la Côte-de-l'Or en Afrique, sortent de terre, prises dans la roche qui se continue là sous l'eau, avec retenue et une dignité qui émeuvent. Bras collés au corps, la tête légèrement penchée, elles évoqueraient en bien moins colossal les statues de l'île de Pâques si elles ne regardaient pas avec une telle intensité, nous semble-t-il, vers la mer où ont chaviré tant de bateaux bourrés de nègres enferrés. L'ensemble est blanc, la couleur africaine du deuil, il faut croire que les vents de mer le teinteront peu à peu de grège. L'herbe s'amasse doucement et comme avec négligence dans la terre jaune. Une brochure intitulée Le mystère de l'Anse Caffard explique et présente la circonstance en même temps que l'oeuvre, qui est de M. Laurent Valère et de ses amis, sculpteur, architecte, fondeurs et manoeuvres. Après tant de furies, la douceur pâlie de cette contemplation.
Beauté du lieu où vous restez enfin, côtoyant les passants songeurs, les driveurs en alerte, vous arrêtant pensif devant canots chavirés qui font église aux crabes de mer et aux chiens errants. La baie s'enroule autour du rocher avec une précaution connaisseuse, nul ne repère là de ces cayes si évidentes qui ailleurs vous mettent en garde, la profondeur des courants fait qu'ils sont fallacieux et sournois, ils vous entraînent, vous qui vivez au large, jusqu'au fond de roches, de coraux et d'algues rouge-bleu, semé d'épaves anonymes et de corps emboulés qui entrent dans la nacre immaculée. Sur la plage vous vous baignez sans crainte, à côté de ce Léviathan qui veille là tout près. La rumeur dit que c'est alors que le temps est au beau que la mer est la plus perfide. Quand elle est en rage, rentrez vos canots!
Le bourg ne connaît ni la fixité de ceux du nord, Sainte-Marie ou Macouba, où la mer est douce, folle, meurtrière et interdite, ni la tassure frêle des communes du plein sud, Sainte-Luce, Sainte-Anne, où vous trempez dans l'eau chaude. A mi-chemin de ces extrêmes, la ville est préservée des rafales incompréhensibles de touristes, vous êtes libre de balancer vos corps dans ces rouleaux tout à fait accommodables, elle est sauve aussi de cette béance, jour après jour, qui marque ceux qui voient la mer et n'y entrent pas. L'arc de la baie a son climat, doux et sec et lumineux comme un coucher de soleil rouge.
De petits groupes visitent sans arrêt ces géants de pierre que voici là, dont la mesure est si humaine, ils sont graves et silencieux comme eux, la marmaille joue alentour, le poète vient et revient consulter ces témoins, et médite avec eux la mémoire des Eaux immenses » .


(Extrait de Sartorius, le roman des Batoutos, page 162-164, Egtions Gallimard, 1999).

- Révolutionnaire
Sur son site internet, notre confrère Le Nouvel Observateur donne la parole à Bertrand Dicale, qui publie ces jours-ci « Maudits métis » (J.C. Lattès). Ce dernier explique ce qu'Edouard Glissant a apporté à la pensée, tant du monde Noir que du monde tout court. Extraits.
« Edouard Glissant est un auteur qui a plus que compté pour ma génération. J'ai vécu, dans ma vie d'Antillais, une époque où on résumait l'identité antillaise à une identité exclusivement noire. Pourtant, dans plein d'endroits aux Antilles, comme à Cuba, on ne trouve pas de majorité noire. Là où Glissant intervient de façon révolutionnaire parmi les penseurs du XXème siècle, c'est qu'il a fondé sa théorie sur l'observation d'une réalité précise. Il a découvert que dans la créolité, l'addition des éléments donne un résultat supérieur à la somme. Que la conjugaison d'identités africaines, européennes, asiatiques et amérindiennes produit quelque chose d'entièrement différent. C'est cette dynamique qu'il appelle « créolisation » .
Glissant oppose les sociétés ataviques et les sociétés composites. La société atavique possède une logique simple : un territoire, un peuplement, une langue, un imaginaire. C'est une articulation verticale, enracinée dans le sol. L'identité composite est étrangement plus singulière. Pour prendre l'exemple antillais : la peau vient d'Afrique, la cuisine est fondée sur une valeur française, mais elle utilise le curry qui vient d'Inde, les produits locaux se mélangent au riz, qui ne pousse pas aux Antilles, le droit est latin, la langue française, les maladies et le climat sont américains.
Edouard Glissant a cette intuition de regarder l'évidence. C'est à partir de petites choses qu'il a théorisé l'idée du « tout-monde » , ou du « chaos-monde » , selon laquelle le monde expérimente ce qui est arrivé aux terres créoles il y a quelques siècles. A partir des années 1990, c'est dans la cuisine, ou la musique, qu'il trouve les exemples les plus flagrants de la créolisation du monde. Ces dix ou quinze dernières années, sa réflexion a notamment été nourrie par le succès mondial de Kassav.
Une métaphore de l'humanité à venir
L'idée de génie, c'est de prendre une poignée d'îles et un peuple de 400 000 personnes pour une métaphore de l'humanité à venir. Glissant a aussi apporté cela : le lieu de l'évènement matrice, de l'évènement qui désigne l'avenir, ce n'est pas New-York ou Shanghai. Ce n'est pas nécessairement un lieu de puissance. Prenez les banlieues françaises : les produits culturels sont américains, la langue est française, la nourriture est tantôt italienne, tantôt chinoise, l'origine est africaine. Le monde entier devient le carrefour du monde entier. Pour comprendre le devenir de l'humanité, cette vision est une extraordinaire boîte à outils » .- Ce que nous lègue Edouard
« Ce qu'il nous lègue est le soleil d une conscience nouvelle, mûrie sur plus de cinquante ans : celle qu'incarne la nécessité pour les peuples anciennement dominés de connaître ce qu'il appelait, en 1956, dans un de ses plus beaux poèmes, Les Indes, « et l'une et l'autre face des choses » . Cette exigence drue le liait en fraternité à Kateb Yacine, le « vagabond sublime de Kabylie » dont il partagea un temps la destinée littéraire et politique, elle lui faisait porter la voix de poètes et d'artistes d'Amérique du Sud, de la Caraïbe, d'Afrique.
Mais ce qu'il nous lègue presque au même moment que cette lucide réappropriation de notre Histoire commune, c'est aussi la générosité de la penser dans un futur qui ne soit pas pris en otage par le ressentiment, c'est un dépassement de la conscience éclairante vers ce qu'il appelait une poétique de la Relation : tout le contraire d'une riposte procédurière et grinçante. Aussi, conscience et réappropriation sont-elles grandies par la projection même de ce pacte relationnel, dignité à laquelle il tenait tant, et qui ne consentait pas à traîner un sempi ternel goût d amertume au sortir des ruminations des épouvantes de l'Histoire. C'est cette générosité qui lui faisait aimer le chant profond des langues dans la sienne, leur tremblement hors du système monolingue, en même temps qu'elle lui ordonnait de mettre à distance les odes à l'universel, dont l'honneur fut trop souvent bafoué selon lui.
Ce qu'il nous lègue est aussi une façon différente de concevoir les poétiques et les esthétiques, un autre rapport au paysage, à l'écriture, où la répétition n'est plus un défaut mais une singularité accumulative - ce qu'il nommait « entassement » -, d'autres manières de narrations, des mangroves d'histoires mêlées de toute la violence de leurs noeuds. C'est aussi une sensibilité accrue aux mondes composites, aux archipels tenaces, aux créolisations jouées non seulement dans la Caraïbe mais en tous lieux du Tout-monde.
Ce que je lui dois personnellement, c est que du jour où j'ai rencontré son oeuvre, sa pensée, je n'ai plus rien lu comme avant. Honneur et respect à son opacité, en ce jour. »


Par Samia Kassab-Charfi (Université de Tunis)- Le retour en terre martiniquaise
 
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- Bloncourt : l'ami du « serment premier »
Février 1946. Gérald Bloncourt, jeune communiste expulsé d'Haïti, est exilé à Fort-de-France. Il avait 19 ans. A Fort-de-France, il fait la connaissance d'un groupe de jeunes, l'un d'eux était Edouard Glissant. Il avait 17 ans. En cette année où la Martinique devenait département français, le jeune Edouard passait son bac.
De cette époque, date une profonde amitié entre Bloncourt et Glissant. S'influençaient-ils mutuellement ? Dans le Paris des années 50 où ils étudiaient, celui qui allait devenir l'écrivain célèbre avait renoué avec un artiste et photographe engagé pour Haïti. Deux destinés séparées par les formes de création artistique, mais confondues dans leurs intentions poétiques et politiques. Depuis le 27 janvier dernier, date de son arrivée à Fort-de-France en vue d'une exposition de ses photos à la bibliothèque Schoelcher, Gérald Bloncourt est comme envahi par un sentiment de vie. « Les retrouvailles avec ma terre d'adoption me donnent des énergies nouvelles pour avancer » , s'émerveille ce jeune homme de 84 ans. Il rappelle la mémoire de ses amis d'enfance : Sonson Boisneuf, Eugène Dervain, Roland Suvélor. Puis le silence. Il parle de la maladie d'Edouard Glissant. « Je n'ai pas le courage d'aller le voir à l'hôpital à Paris » , regrette-t-il. Le lendemain, 3 février, la nouvelle du décès de Glissant lui parvient. Quelques jours avant, le libraire Gilles Alexandre lui offre une reproduction d'une photo où il était avec Glissant en 1946. C'est l'oeuvre de Georges Desportes.
 L'octogénaire se reprend. Vendredi soir. C'est le vernissage de l'exposition de ses photos sur le thème : Un artiste engagé. Il pèse 200 000 photos réalisées sur 50 ans. Dans l'assistance, il y a son épouse, ses enfants, ses compagnons de lutte de l'époque dont l'écrivain Georges Mauvois et l'ancien opticien André Constant. Il y avait aussi Georges Desportes. « A présent, nous ne sommes que deux survivants de notre génération » .
Gérald Bloncourt sera ce soir et demain au chevet de son ami d'enfance. Pour les derniers adieux à Edouard, l'ami du « serment premier » , comme dirait Césaire.
- INTERVIEW FRANCE-ANTILLES (SEPTEMBRE 1997)
Nous avons tellement été habitués à prévoir, à bâtir des plans surtout sous la pression des idéologies et des systèmes politiques que nous avons peur du Tout monde que j'appelle un chaos monde pas parce qu'il est en désordre mais parce qu'il est imprévisible.- Circulation au Lamentin
A l'occasion de l'hommage rendu ce mardi 8 février à l'écrivain Edouard Glissant au collège de Place d'Armes portant son nom, des dispositions ont été prises pour la circulation, le stationnement et le transport.
La circulation et le stationnement seront interdits sur la portion de Route Départementale 3 entre le rond-point menant à la rue Léon-Gontran Damas et la rue Case-Nègres entre 13h et 16h. La circulation sera déviée dans les rues avoisinantes.
Les places de stationnement situées le long de la RD3 seront réservées aux véhicules du convoi funéraire, aux membres de la famille et aux officiels. Ces places seront bloquées par un dispositif de barrières Vauban.
Concernant le transport collectif, seuls les deux arrêts de bus situés le long des établissements scolaires de Place d'Armes ne seront pas desservis dans le créneau horaire prévu pour la manifestation. Pour le transport scolaire, compte tenu de la fin des cours à 17h, l'interdiction de circulation et de stationnement étant déjà levée, les bus scolaires pourront récupérer les élèves aux emplacements habituels.- Circulation au Diamant
- Mardi 8 février : La circulation sera régulée par la mise en place de barrages filtrants de 17 h à 23 h sur la D 37 aux abords du Mémorial de l'Anse Caffard.
Un service de navette au départ du bourg sera mis en place afin d'acheminer les visiteurs sur le lieu de la veillée au Mémorial Cap 110.
- Mercredi 9 février : la circulation et le stationnement seront interdits à la rue Justin Roc de 12 h à 19 h dans sa portion comprise entre le rond-point situé à la rue A et T Duvile et le restaurant Planète. Deux déviations seront mises en place : de l'avenue des Arawaks vers la VC 13 et du Rond point du Neg Marron vers la D7.





Collège Edouard GLISSANT
 
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Edouard GLISSANT-Décédé

Nou Ka Sonjé

Edouard GLISSANT - 03-02-2011
"Agé de 82 ans, écrivain et figure de proue du concept de la créolité, Edouard Glissant est décédé ce jeudi, à Paris, selon sa maison d’édition. Edouard Glissant était malade depuis quelques mois et avait été hospitalisé à New York aux Etats-Unis en juillet (il y résidait) avant d’être transféré en France au mois de septembre 2010. Il avait dû être opéré suite à un problème cardiaque et pulmonaire..."
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Édouard Glissant, né le 21 septembre 1928 à Sainte-Marie en Martinique
Décédé à Paris le 3 février 2011 est un écrivain, poète et essayiste français.

Fondateur des concepts d'« antillanité », de « créolisation » et de « tout-monde », il était « Distinguished Professor » en littérature française, à l'université de la Ville de New York et président de la mission de préfiguration d'un Centre français consacré à la traite, à l'esclavage et à leurs abolitions.


Biographie
Édouard Glissant étudie au lycée Victor Schœlcher de Fort-de-France. Il quitte la Martinique pour Paris en 1946 afin d'étudier l'ethnographie au Musée de l'Homme, mais aussi l'histoire et la philosophie à la Sorbonne[2].

Alors proche des thèses de Frantz Fanon[3], il fonde, accompagné de Paul Niger, en 1961 le Front antillo-guyanais d'obédience indépendantiste, puis autonomiste, ce qui lui vaut d'être expulsé de la Guadeloupe et assigné à résidence en France métropolitaine. Il est interdit de séjour dans son île natale pour « séparatisme » de 1959 à 1965. Il est signataire du manifeste des 121 en 1960. Certains de ses ouvrages, tel le Discours antillais, restent très marqués par son engagement anticolonialiste.

Il revient en Martinique en 1965 et y fonde l’Institut martiniquais d'études, ainsi qu’Acoma, un périodique en sciences humaines.

Titulaire d’un doctorat ès lettres (1980)[4], il adhère[Quand ?] aux thèses de la négritude avant de développer par la suite[Quand ?] les concepts d’antillanité et de créolisation.

Remarqué pour son travail[évasif], il devient de 1982 à 1988, le directeur du Courrier de l'Unesco.

En 1989, il est nommé « Distinguished University Professor » de l'Université d'État de Louisiane (LSU), où il dirige le Centre d'études françaises et francophones.

Il vit ensuite à New York où, à partir de 1995, il est « Distinguished Professor » en littérature française, à la City University of New York.

En janvier 2006, Édouard Glissant se voit confier par le président Jacques Chirac la présidence d'une mission en vue de la création d’un Centre national consacré à la traite et à l’esclavage. Il prend position contre la création d'un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale et condamne la politique d'immigration menée depuis l'élection du président Nicolas Sarkozy. De cet engagement politique et poétique naîtra un court manifeste, Quand les murs tombent, l'identité nationale hors la loi ?, rédigé avec Patrick Chamoiseau.

En 2007, il crée avec le soutien du conseil régional d'Île-de-France et du ministère de l’Outre-Mer, l'Institut du Tout-Monde. Cet institut a pour objectif de faire avancer la pratique culturelle et sociale des créolisations. Il favorise la connaissance de l’imaginaire des peuples dans leur diversité. A l’écoute des mélodies du monde, il accompagne, à travers la multiplicité des langues, la pluralité des expressions artistiques, des formes de pensée et des modes de vie.

Au monde qui se replie sous la loi de l’unicité et de l’esprit de système l’Institut du Tout-Monde oppose les identités en mouvement. À la fois site d’études et de recherches, espace d’invention et de formation, lieu de rencontres, il est dédié aux mémoires des peuples et des lieux du monde.

Le 3 février 2011, il s'éteint à l'âge de 82 ans à Paris.

De la négritude à la créolisation
Articles détaillés : négritude et créolisation.Dans un premier temps, il adhère aux thèses de la négritude avant d'en dénoncer les limites. Il développe alors le concept d’antillanité qui cherche à enraciner l'identité des Caraïbes fermement dans « l'Autre Amérique » en rupture avec les travaux d'Aimé Césaire, pour qui l'Afrique est la principale source d'identification pour les caribéens. Cette antillanité serait fondée sur la notion d'« identité multiple », ou d'« identité rhizome », ouverte sur le monde et la mise en relation des cultures.

Il propose également le concept de créolisation qu'il définit comme le « métissage qui produit de l'imprévisible » et qui est pour lui le « mouvement perpétuel d'interpénétrabilité culturelle et linguistique »[6] qui accompagne la mondialisation culturelle. Cette mondialisation met en relation des éléments culturels éloignés et hétérogènes, avec des résultantes imprévisibles.

Ses réflexions sur l’identité antillaise ont inspiré une génération de jeunes écrivains antillais qui formera le mouvement de la créolité, dont Patrick Chamoiseau, Ernest Pépin ou encore Raphaël Confiant.

Tout-monde
Ses travaux plus récents s'articulent autour du concept de tout-monde et interroge l'universalité. Écrivain militant, il cherche à définir une approche poétique et identitaire pour la survie des peuples au sein de la mondialisation au travers de concept comme la « mondialité » en opposition à la mondialisation économiste ou d'identité-relation contre l'affirmation des identités-racines qui génère d'innombrables conflits à travers le monde.
--------Bibliography[edit] NovelsLa Lézarde. (1958) Nouvelle édition, Paris: Gallimard, 1997.
Le Quatrième Siècle. (1964) Paris: Gallimard, 1997.
Malemort. (1975). Nouvelle édition, Paris: Gallimard, 1997.
La Case du commandeur. (1981) Nouvelle édition, Paris: Galliamard, 1997.
Mahagony. (1987) Nouvelle édition, Paris: Gallimard, 1997.
Tout-Monde. Paris: Gallimard, 1993.
Sartorius: le roman des Batoutos. Paris: Gallimard, 1999.
Ormerod. Paris: Gallimard, 2003.
[edit] PoetryLa Terre inquiète. Lithographies de Wilfredo Lam. Paris: Éditions du Dragon, 1955.
Le Sel Noir. Paris: Seuil, 1960.
Les Indes, Un Champ d'îles, La Terre inquète. Paris: Seuil, 1965.
L'Intention poétique. (1969) (Poétique II) Nouvelle édition, Paris: Gallimard, 1997.
Boises; histoire naturelle d'une aridité. Fort-de-France: Acoma, 1979.
Le Sel noir; Le Sang rivé; Boises. Paris: Gallimard, 1983.
Pays rêvé, pays réel. Paris: Seuil, 1985.
Fastes. Toronto: Ed. du GREF, 1991.
Poèmes complets. (Le Sang rivé; Un Champ d'îles; La Terre inquiète; Les Indes; Le Sel noir; Boises; Pays rêvé, pays réel; Fastes; Les Grands chaos). Paris: Gallimard, 1994.
Le Monde incréé: Conte de ce que fut la Tragédie d'Askia; Parabole d'un Moulin de Martinique; La Folie Célat. Paris: Gallimard, 2000.
[edit] EssaysSoleil de la conscience. (1956) (Poétique I) Nouvelle édition, Paris: Gallimard, 1997.
L’Intention poétique (1969) (Poétique II) Nouvelle édition, Paris: Gallimard, Gallimard, 1997.
Le Discours antillais. (1981) Paris: Gallimard, 1997.
Poétique de la Relation. (Poétique III) Paris: Gallimard, 1990.
Discours de Glendon. Suivi d'une bibliographie des écrits d'Edouard Glissant établie par Alain Baudot. Toronto: Ed. du GREF, 1990.
Introduction à une poétique du divers. (1995) Paris: Gallimard, 1996.
Faulkner, Mississippi. Paris: Stock, 1996; Paris: Gallimard (folio), 1998.
Racisme blanc. Paris: Gallimard, 1998
Traité du Tout-Monde. (Poétique IV) Paris: Gallimard, 1997.
La Cohée du Lamentin. (Poétique V) Paris: Gallimard, 2005.
Ethnicité d'aujourd'hui Paris : Gallimard, 2005.
Une nouvelle région du monde. (Esthétique I) Paris: Gallimard, 2006.
Mémoires des esclavages (avec un avant-propos de Dominique de Villepin). Paris: Gallimard, 2007.
Quand les murs tombent. L'identité nationale hors-la-loi ? (avec Patrick Chamoiseau). Paris: Galaade, 2007.
La terre magnétique : les errances de Rapa Nui, l'île de Pâques (avec Sylvie Séma). Paris: Seuil, 2007.
Theatre-

Bibliography[edit] NovelsLa Lézarde. (1958) Nouvelle édition, Paris: Gallimard, 1997.
Le Quatrième Siècle. (1964) Paris: Gallimard, 1997.
Malemort. (1975). Nouvelle édition, Paris: Gallimard, 1997.
La Case du commandeur. (1981) Nouvelle édition, Paris: Galliamard, 1997.
Mahagony. (1987) Nouvelle édition, Paris: Gallimard, 1997.
Tout-Monde. Paris: Gallimard, 1993.
Sartorius: le roman des Batoutos. Paris: Gallimard, 1999.
Ormerod. Paris: Gallimard, 2003.
[edit] PoetryLa Terre inquiète. Lithographies de Wilfredo Lam. Paris: Éditions du Dragon, 1955.
Le Sel Noir. Paris: Seuil, 1960.
Les Indes, Un Champ d'îles, La Terre inquète. Paris: Seuil, 1965.
L'Intention poétique. (1969) (Poétique II) Nouvelle édition, Paris: Gallimard, 1997.
Boises; histoire naturelle d'une aridité. Fort-de-France: Acoma, 1979.
Le Sel noir; Le Sang rivé; Boises. Paris: Gallimard, 1983.
Pays rêvé, pays réel. Paris: Seuil, 1985.
Fastes. Toronto: Ed. du GREF, 1991.
Poèmes complets. (Le Sang rivé; Un Champ d'îles; La Terre inquiète; Les Indes; Le Sel noir; Boises; Pays rêvé, pays réel; Fastes; Les Grands chaos). Paris: Gallimard, 1994.
Le Monde incréé: Conte de ce que fut la Tragédie d'Askia; Parabole d'un Moulin de Martinique; La Folie Célat. Paris: Gallimard, 2000.
[edit] EssaysSoleil de la conscience. (1956) (Poétique I) Nouvelle édition, Paris: Gallimard, 1997.
L’Intention poétique (1969) (Poétique II) Nouvelle édition, Paris: Gallimard, Gallimard, 1997.
Le Discours antillais. (1981) Paris: Gallimard, 1997.
Poétique de la Relation. (Poétique III) Paris: Gallimard, 1990.
Discours de Glendon. Suivi d'une bibliographie des écrits d'Edouard Glissant établie par Alain Baudot. Toronto: Ed. du GREF, 1990.
Introduction à une poétique du divers. (1995) Paris: Gallimard, 1996.
Faulkner, Mississippi. Paris: Stock, 1996; Paris: Gallimard (folio), 1998.
Racisme blanc. Paris: Gallimard, 1998
Traité du Tout-Monde. (Poétique IV) Paris: Gallimard, 1997.
La Cohée du Lamentin. (Poétique V) Paris: Gallimard, 2005.
Ethnicité d'aujourd'hui Paris : Gallimard, 2005.
Une nouvelle région du monde. (Esthétique I) Paris: Gallimard, 2006.
Mémoires des esclavages (avec un avant-propos de Dominique de Villepin). Paris: Gallimard, 2007.
Quand les murs tombent. L'identité nationale hors-la-loi ? (avec Patrick Chamoiseau). Paris: Galaade, 2007.
La terre magnétique : les errances de Rapa Nui, l'île de Pâques (avec Sylvie Séma). Paris: Seuil, 2007.



TheatreMonsieur Toussaint. (1961) Nouvelle édition: Paris: Gallimard, 1998.
[edit] Translations of Glissant's worksA list of translations can be found on Loïc Céry's Glissant page. Note that this site only works properly in IE.
[edit] Interviews with Glissant1998: ‘Nous sommes tous des créoles’, interview in Regards (Jan.)
1998: ‘De la poétique de la relation au tout-monde’, interview in Atalaia
1998: ‘Penser l’abolition’, Le Monde (24 April)
1998: ‘L’Europe et les Antilles’, interview in Mots Pluriels, No.8 (Oct.)
1998: interview in Le Pelletier, C. (ed.), Encre noire - la langue en liberté, Guadeloupe-Guyane-Martinique: Ibis Rouge.
2000: ‘La «créolisation» culturelle du monde’, interview in Label France
[edit] External linksIle en Ile Glissant Profile (in French)
Loïc Céry's Glissant page
A Plea for "Products of High Necessity" (manifesto)
[edit] Writings on Glissant[edit] Book-length studiesDash, M. 1995: Edouard Glissant, Cambridge: CUP
Britton, C. 1999: Glissant and Postcolonial Theory; Strategies of Language and Resistance, Charlottesville, VA: University Press of Virginia
[edit] ArticlesBritton, C. 1994: ‘Discours and histoire, magical and political discourse in Edouard Glissant’s Le quatrième siècle’, French Cultural Studies, 5: 151-162.
Britton, C. 1995: ‘Opacity and transparency: conceptions of history and cultural difference in the work of Michel Butor and Edouard Glissant’, French Studies, 49: 308-320.
Britton, C. 1996: ‘“A certain linguistic homelessness”’: relations to language in Edouard Glissant’s Malemort’, Modern Language Review, 91: 597-609.
Britton, C. 2000: ‘Fictions of identity and identities of fiction in Glissant’s Tout-monde’, ASCALF Year Book, 4: 47-59.
Dalleo, R. 2004: ‘Another “Our America”: Rooting a Caribbean Aesthetic in the Work of José Martí, Kamau Brathwaite and Édouard Glissant’, Anthurium, 2.2: http://scholar.library.miami.edu/anthurium/volume_2/issue_2/dalleo-another.htm.
[edit] Conference proceedingsDelpech, C. & Rœlens, M. (eds). 1997: Société et littérature antillaises aujourd’hui, Perpignan: Presses Universitaires de Perpignan.
[edit] Academic thesesNick Coates. Gardens in the sands: the notion of space in recent critical theory and contemporary writing from the French Antilles (UCL: 2001) Coates devotes a chapter to Glissant's later fiction (Mahagony, Tout-monde, Sartorius), while the thesis is heavily indebted to Glissant's writings on space and chaos in particular in thinking about post-colonial treatments of space more widely.
Schwieger Hiepko, Andrea 2009: 'Rhythm 'n' Creole. Antonio Benítez Rojo und Edouard Glissant - Postkoloniale Poetiken der kulturellen Globalisierung.'[1].
Persondata
Name Glissant, Edouard
Alternative names
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Date of death
Place of death

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Mort du poète Edouard Glissant, héraut du métissage
REUTERS 03.02.2011

PARIS (Reuters) - Le poète et écrivain antillais Edouard Glissant, chantre du métissage, est mort jeudi à Paris à l'âge de 82 ans.
Né en 1928 à Sainte-Marie, dans le nord de la Martinique, cet ancien étudiant en philosophie et docteur ès lettres avait obtenu le prix Renaudot en 1958 pour "La Lézarde."
Le président Nicolas Sarkozy a salué un homme qui aura marqué "la pensée de notre temps de son empreinte énergique, pugnace et exigeante".
"Edouard Glissant aura plaidé inlassablement pour une approche de la diversité du monde fondée sur l'échange, le dialogue et la 'poétique de la relation'", écrit-il dans un communiqué.
"Edouard Glissant restera à jamais parmi nous, non seulement pour la beauté de ses mots et la force de son verbe, mais tout autant pour ses odes à l'humanisme et à la diversité du genre humain, antidotes de tous les préjugés et les racismes", a déclaré Martine Aubry, premier secrétaire du Parti socialiste.
Pour Pierre Laurent, secrétaire national du parti communiste, Edouard Glissant "savait lire le monde dans ce qu'il portait de meilleur" et était "un homme d'action qui mettait en partage avec le peuple ses mots, ses idées, sa poésie."
L'oeuvre d'Edouard Glissant a été marquée par une réflexion militante contre les racismes de toutes sortes et le rappel de l'esclavagisme, qui a entaché selon lui les rapports de la France avec l'Afrique et l'outre-mer.
Opposé à la guerre d'Algérie, il avait été expulsé des Antilles et assigné à résidence en métropole au début des années 60 par le pouvoir gaulliste.
L'écrivain, qui a ouvert la porte à la créolité, développait une conception opposée à la mondialisation, un espace sans frontières qu'il nommait le 'Tout-monde."
Il a publié "La terre, le feu, l'eau et les vents" (Galaade), une anthologie poétique d'un genre inédit où il juxtaposait un chant de l'"Odyssée" et une poésie peule, un vers de Rimbaud et une déclaration de Muhammad Ali.
Cette notion de "Tout-Monde" repose sur le consentement à la fois à l'unité et à la diversité et "sur le désir de concevoir nos différences sans craindre les différences de l'autre", expliquait-il dans une interview au Point, au printemps 2010.
"Les humanités ont subi les conséquences de nombreuses oppressions et guerres d'invasion, motivées par cette différence entre les peuples de l'unité (les grands empires conquérants) qui considéraient que la terre entière doit être mue par un seul idéal, l'Universel, et les peuples de la diversité (les petits lieux conquis), qui participent au contraire à des formes de la multiplicité", ajoutait-il.
En septembre 2007, Edouard Glissant avait cosigné avec un autre écrivain martiniquais, Patrick Chamoiseau, le manifeste "Quand les murs tombent" par opposition à la création en France d'un ministère de l'Immigration et de l'identité nationale.
Edouard Glissant parlait avec entrain du président américain Barak Obama, qui était à ses yeux l'incarnation de ce qu'il nommait la créolisation du monde.
Il avait récemment créé l'Institut du "Tout-Monde" pour "favoriser la pratique culturelle et sociale des créolisations."
Gérard Bon, édité par Patrick Vignal
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L'HOMMAGE - Glissant dans le sillon de la Lézarde



LA CULTURE CRÉOLE PERD UN DE SES GRANDS DÉFENSEURS
France-Antilles Martinique 05.02.2011

Avec la disparition d'Edouard Glissant, (décédé jeudi matin à l'hôpital Georges Pompidou à Paris à l'âge de 82 ans), unanimement salué comme un très grand écrivain et poète, le métissage perd un de ses grands défenseurs, qui aura consacré sa vie et son oeuvre à la réconciliation par le verbe.Reconnu bien au-delà du monde francophone, l'écrivain martiniquais est l'auteur de dizaines de romans, d'essais, de recueils poétiques et de théâtreMilitant anticolonialiste, opposé à la guerre d'Algérie, expulsé des Antilles et assigné à résidence en métropole au début des années 60 par le pouvoir gaulliste, il avait notamment obtenu le Prix Renaudot pour « La lézarde » , en 1958. Il avait écrit une vibrante adresse à Barack Obama, juste après son élection, intitulée « L'intraitable beauté du monde » .Son inhumation au Diamant en Martinique aura lieu mercredi. Dès aujourd'hui, elle sera précédée d'hommages à Paris, à l'église de Saint-Germain des Prés ainsi qu'à la Maison d'Amérique Latine.- L'OEUVRE MAJEURE DE GLISSANT POUR LA TRANSMISSION DU SAVOIR : L'IME ou l'éclosion des talents
Pour le fondateur du premier établissement d'enseignement libre et indépendant des Antilles et la Guyane au début des années soixante-dix, l'étroitesse d'un territoire n'est pas un motif de repli sur soi. Et l'académisme imposé par l'Education nationale, n'est pas un mur infranchissable.
« Il a pété la bulle de l'insularité afin que nous nous échappions du fatalisme de l'île pour aller se confronter aux Chinois ou aux autres peuples du monde. » Les propos sont de Jaqueline Labbé, artiste, la mère des bwabwa, l'art de la confection des marionnettes et la narration improvisée et instructive. Parallèlement à cette expérience artistique, elle avait un salon de coiffure où elle avait initié « un autre type de coiffure » . C'est à ce titre qu'elle avait intégré l'Institut martiniquais d'étude. Comme, elle, beaucoup d'artistes ont débuté avec Edouard Glissant. Parmi eux, Victor Anicet, artiste plasticien. Il se rappelle de cette époque de foisonnement où « tout le monde apportait sa contribution à l'édification d'une nouvelle esthétique » . Romancier et poète reconnu, Glissant initiait par ce geste, combien salutaire pour de nombreuses générations, l'ouverture aux savoirs. « Il a sauvé des gens qui n'avaient aucune place au lycée Schoelcher » , confie un élu passé par l'IME. D'autres noms ? Alex Cypria le pharmacien, Alex Ursulet de l'Agence régionale de la Santé et bien d'autres. Il y avait l'enseignement de la philosophie, des lettres ou la science. Mais les arts avaient bonne place : la peinture, le dessin les débats littéraires, la photo ou la coiffure.
Par exemple, le théâtre était confié à Yvan Labéjof qui avait fait ses premiers pas sur scène à Paris aux côtés de Jean-Marie Séreau. Il fut l'un des premiers comédiens martiniquais à jouer dans la Tragédie du Roi Christophe, en 1964. La photo et le cinéma revenaient à Raymond Sardaby, alors que Roland Suvélor assurait les débats littéraires qui se tenaient tantôt dans les locaux de l'IME tantôt dans des espaces reconnus à Fort-de-France. « Il avait été le penseur de la création artistique caribéenne » , salue Victor Anicet. Il était aussi un homme qui s'impliquait dans le travail des artistes, à travers des visites ou des rencontres régulières dans les ateliers.
Edouard Glissant, avait facilité également le séjour et les expositions des peintres sud américains et de la Caraïbe. Une ouverture qu'il avait eue grâce à ses relations à l'UNESCO à une époque où l'organisation mondiale chargée de la culture et l'éducation était placée sous la direction du Sénégalais Amadou Moukhtar M'Bow. Ce dernier fera appel aux talents du Tiers-monde dont Edouard Glissant pour apporter leur savoir-faire au monde entier. Ainsi, en 1983, il est nommé responsable des relations culturelles, avant de prendre direction de la célèbre revue Courrier de l'UNESCO.
Fait rare : un numéro entier de cette publication avait été entièrement rédigé en créole.
En somme, la Martinique a été pour lui une terre d'expérimentation pour expliquer au monde la valeur de la création artistique. L'Unesco l'avait relié au monde entier, dont l'Afrique. En plus de ses relations privilégiées avec l'Egyptologue Cheick Anta Diop, le concepteur de la théorie de La Relation tisse de nouvel les pistes de pensée qui captent les jeunes Africains. Ils sont nombreux aujourd'hui à se réclamer sans complexe « disciple de Glissant » . Du reste, d'un des cinéastes qui a réalisé le film le plus accompli sur Glissant est le Malien Manthia Diawara responsable de la section cinéma de l'université de New-York.
Dans les pages denses et les sonnants de son roman-essai Sartorius (1997), Glissant bâtit un village imaginaire Batoutou, un peuple imaginaire parti d'Afrique pour essaimer ailleurs. Faire de la Caraïbe des terres où résonnent les échos du monde. Tel est le projet qu'il nourrissait depuis 20 ans à travers le prix Carbet de littérature : un rendez-vous où les voix du monde viennent s'abreuver annuellement à tour de rôle en Martinique, Guadeloupe et Guyane.

- Qui est Sylvie Glissant ?
Sylvie Sémavoine-Glissant (52 ans) a rencontré Edouard Glissant vers le milieu des années 1980. Elle était étudiante et lui dirigeait le Courrier de l'UNESCO. Elle est tombée amoureuse de cet homme et lui a consacré sa vie. A l'homme et à son oeuvre. « Elle n'était pas son assistante, témoigne Marie-Pierre Bousquet, une bonne amie du couple Glissant. Elle était impliquée dans son oeuvre. » Ils ont d'ailleurs écrit un livre ensemble, au Seuil, La Boudeuse à l'île de Pâque, sorti en 2007. « Elle est allée sur la Boudeuse pour lui, qui ne pouvait y aller, raconte encore Marie-Pierre Bousquet, et c'est elle qui a fait les illustrations. » Sylvie Glissant aurait pu faire une carrière à elle car elle peint et signe ses toiles sous le nom de Sylvie Séma. Elle n'a certes pas arrêté de peindre mais s'occuper d'Edouard, qui lui a donné un fils (Mathieu aujourd'hui âgé de 21 ans), a été un travail de tous les instants. En épousant l'homme, elle a épousé sa carrière et en a fait du coup sa propre carrière! « Toute la sécurité d'une indépendance professionnelle, elle y a renoncé par amour pour lui... » En 2003, Edouard et Sylvie ont exposé ensemble à la galerie de la chapelle du Verbe incarné à Avignon. Sylvie a présenté des encres illustrées par des textes d'Edouard...
Sylvie Glissant est restée quelque 35 ans aux côtés de son mari et, selon leur entourage, c'est elle qui a organisé son aventure professionnelle. « Sans elle, Edouard serait mort depuis longtemps, assure encore Marie-Pierre Bousquet. Elle surveillait son diabète, était d'une attention et d'une gentillesse permanente et sans faille... »
FXG (agence de presse GHM)- La pensée sur le bèlè
Sur les premiers enregistrements du bèlè par Franck Hubert, sortis à la fin des années 1960, Edouard avait écrit :
« Au loin des pâles rengaines tropicales, découvrez ici le vrai et si méconnu folklore de la Martinique. Ce que le peuple là-bas chante, ce qu'il rêve et ce qu'il lamente pour la première fois vous l'entendrez, vous le ressentirez. »
Grâce à l'obstination qu'ils mirent à vaincre tous les obstacles « techniques » , les jeunes gens responsables de ces enregistrements nous mènent sans relais au Morne Bezaudin, commune de Sainte-Marie, dans le nord-est de l'île. Ti Emile et Dame Joseph, les chanteurs de bel-air, ce sont des travailleurs, des ouvriers agricoles. Et aussi Félix et Féfé qui battent le tambour. Et aussi l'admirable rythmeur qui tout au long du disque anime les « ti-bois » . Je ne sais si le bel-air, danse martiniquaise, reprise à chaque fin de semaine comme pour marquer la pause et chanter la vie, s'apparente ou non à quelque cérémonie universelle du rituel populaire ; mais voici que par lui nous vient, du fond des âges, l'antique et sans rivale mélopée. C'est l'Afrique qui tout soudain nous prend. Alors il me plaît de reconnaître - ici accordée à une grave beauté et à une « connaissance » qui ne craint pas le rire ou la moquerie de soi-même - l'image réelle de la terre antillaise » .

- Les réactions
Alfred Almont, député
« Nous venons de perdre un chantre éloquent de la diversité et du métissage, un apôtre infatigable de cette civilisation de l'Universel à laquelle nous aspirons plus que jamais. Édouard Glissant était profondément engagé dans des actions visant « la connaissance de l'imaginaire des peuples dans leur diversité » , ce qui lui a valu d'être « Distinguished Professor » en littérature française à la City University of New York » .
Louis-Joseph Manscour, député, premier secrétaire fédéral de la FSM
« Illustre écrivain martiniquais, poète, essayiste qui a marqué de son empreinte la littérature antillaise. Nous retiendrons de lui, celui qui a toujours refusé l'enfermement en s'enracinant dans l'universel. Nous lui devons également les concepts d'antillanité, de créolisation et du Tout-Monde » .
Yvette Galot, présidente de la commission culture du Conseil régional
« Père fondateur de l'Institut Martiniquais d'Études, il était conscient de l'impérieuse nécessité d'éduquer, de former afin de maîtriser les enjeux économiques, sociaux et culturels indispensables à l'émancipation d'un Peuple et d'une Société adulte. Précurseur, infatigable humaniste novateur à la pugnacité audacieuse, son regard et ses analyses de la société nous feront désormais défaut.
Raymond Saint-Louis Augustin, maire de Fort-de-France.
La pensée d'Édouard Glissant est aussi une pensée de combat, pour nous Martiniquais et pour tous ceux qui ont subi une domination, mais aussi une pensée, une clé pour comprendre et vivre le monde d'aujourd'hui. Oser la Relation, quelle leçon pour un monde qui érige des murs et se déchire. Faire connaître sa pensée, se l'approprier et la vivifier ; tel est le meilleur hommage que nous puissions lui rendre »
Maurice Antiste, maire du François et conseiller régional
Son oeuvre restera un phare pour nombre de générations qui s'indignent des injustices qui traversent encore trop souvent le monde. Sa conception de l'universel consolide le Martiniquais dans la recherche de lui-même vers un « Tout Monde » . Nous perdons une plume absolue dont l'épaisseur du trait interrogera sans relâche notre devenir.
Gabriel Luce, porte-parole du Mpreom
« Idéologue, homme politique, poète, romancier, essayiste, passionné des arts, de l'histoire, de la philosophie, de la sociologie, créateur et animateur de diverses structures associatives, pédagogue, conférencier, Édouard glissant fut tour à tour ou simultanément tout cela, et ceci avec esprit d'avant-garde, de créativité, originalité, esthétique, subtilité, persévérance » .
Garcin Malsa, maire de Sainte-Anne
« La pensée de Glissant constitue un legs immense pour la compréhension de notre temps. Concepteur de l'Antillanité, basé sur le vécu antillais, il invente la théorie du Tout-Monde, à partir du processus de créolisation qui n'est qu'un emmêlement de toutes les cultures, des humanités. Notre pays perd un grand penseur humaniste, un théoricien de la question de l'identité antillaise et caribéenne » .
Nathalie Fanfant et Roger de Jaham, co-présidents de Tous Créoles
« Tristesse infinie face à l'incommensurable perte de la lumière de cette « Antillanité » comme suite logique à la « Négritude » de Césaire, puis de cette « Créolité » dont il fut le poète. Espoir car il nous laisse une oeuvre foisonnante et insuffisamment explorée, dont nous osons croire qu'elle sera le socle d'une « Créolité » enfin assumée par tous! »
Raymond Occolier, maire du Vauclin, président de l'association des maires de la Martinique.
« Ce symbole de la littérature créolophone aura incarné par le caractère incisif de son verbe, les valeurs d'un humanisme de justice et de liberté bienfaisant pour notre peuple. L'association des maires de la Martinique salue également la mémoire de celui qui dans le domaine de l'éducation aura oeuvré de façon décisive à la formation d'une partie de notre élite grâce à l'Institut Martiniquais d'Études » .
Alain Hauss, directeur des affaires culturelles (DRAC Martinique)
« Du Diamant à New York en passant par Paris, il a véhiculé sa conception du Tout Monde, opposant la mondialité à la mondialisation, défendant l'ouverture sur le monde et la mise en relation des cultures dans le respect et la complémentarité des différences. Il était un homme de combat que la DRAC a eu plaisir à accompagner dans ses projets » .
Gilbert Eustache, maire du Diamant
« Regards croisés, visions mêlées, il impose une certaine transversalité entre notions d'identité et de diversité. Aujourd'hui, sans conteste, nous perdons un grand humaniste, un grand penseur, un grand écrivain, co-fondateur de la littérature antillaise, un grand Homme. Sur ses pas, à la recherche de nous-mêmes, à la connaissance de l'autre, à la rencontre du monde, nous poursuivrons son oeuvre » .
Chamoiseau : « Glissant n'a pas besoin de fils spirituel »

Une forte complicité lie Patrick Chamoiseau et Edouard Glissant. La preuve, les manifestes qu'ils ont coécrits. Mais aussi, le Prix Goncourt 1992, fait couramment au penseur de la créolisation du monde. Cela dit, Chamoiseu récuse la filiation spirituelle. « Glissant a besoin que l'on réfléchisse avec lui, qu'avec lui on cherche sans cesse, qu'on propose sans fin, qu'on projette son esprit, qu'on affole son imaginaire, et qu'on essaye de rendre les choses encore un peu plus complexe » , déclarait-il dans France-Antilles du 20 septembre 2008

Au nom de la mémoire

(Serge Boissard)Ici Glissant ( à l'extrême-droite sur la photo est à côté de Marcel Manville compagnon et ami dans la lutte anticolonialiste des années 50 et 60. C'était à l'occasion du 150ème anniversaire de l'abolition de l'esclavage en 1998, mené par le collectif Devoir de mémoire. La retraite aux flambeaux à laquelle ils assistaient dans les rues de Fort-de-France, était l'occasion de saluer la mémoire de ceux qui ont été déportés d'Afrique vers les Amériques.


La littérature comme arme
La seconde édition du prix Carbet de littérature s'était déroulée à Cayenne. Edouard Glissant donnait à ce rendez-vous sur la terre natale de Damas une tonalité particulière : c'était l'anniversaire du 500e anniversaire de l'arrivée de Colomb dans les Amériques. De gauche à droite : Dany Laferrière (Haïti, Jean Bernabé (Martinique), Serge Patient (Guyane), Edouard Glissant et Elie Stephenson (Guyane).
Son double caribéen

(Michel Joseph)Avec l'écrivain sainte-lucien, Derek Walcoot dénommé « le vagabond des îles » , tellement sa pensée fuse dans la Caraïbe. En 1992, il était venu saluer Glissant, car il venait recevoir le prix Nobel de littérature. Certes Glissant avait des relations très personnelles avec tous les grands noms de la littérature et la pensée dans la Caraïbe. Mais avec Derek Walcott de Sainte-lucie, c'était l'ami frère.
Maître de la pensée

En 1991, Glissant avait passé de longs mois en Martinique. Comme toujours, il s'associait à toutes les invitations pour débattre et échanger sur les questions liées à l'écriture, la réappropriation de la terre ou la relation au monde. De gauche à droite : Glissant, Raphaël Confiant, Thierry Létang, Daniel Daubat dit Mandièlè et Adams Kwateh.- (FRANCE-ANTILLES MAGAZINE, MARS 2007)
« J'appelle créolisation, ce mouvement, ce conflit, cette attirance, ces expériences entre les cultures du monde. Nous ne vivons plus dans une sorte d'universel abstrait où tout le monde essaie de ressembler à un modèle culturel unique. Les cultures sont différentes les unes des autres, elles sont parfois opaques, parfois impénétrables » - Gérald Bloncourt et Edouard Glissant
En 1946, alors qu'il avait été expulsé d'Haïti, le jeune militant communiste avait été accueilli en Martinique, comme un héros : avec un groupe de jeunes, il venait de renverser le pouvoir en place à Port-au-Prince. Pour la première fois dans l'histoire de la Caraïbe et probablement du monde, des jeunes nourris à la poésie de Césaire et Breton faisaient « un coup d'Etat poétique » . 65 ans plus tard, cette photo a été offerte par son auteur, le poète Georges Desportes à Gérald Bloncourt, arrivé la semaine dernière à Fort-de-France pour une exposition. « Maintenant qu'Edouard est parti, toute ma génération a disparu » , confie-t-il.
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Edouard Glissant :
Des mornes de Bezaudin au sommet des cultures du monde
Adams Kwateh franceantilles.fr 03.02.2011

Il a vu le jour le jour à Sainte-Marie sur une habitation d’où il a cheminé avec fulgurance vers les cultures du monde. Itinéraire du penseur du Tout-Monde.

Jeudi 3 février à 6 h 45 heure de Paris, Mathieu Edouard Glissant (Godby pour les intimes) rendait son dernier souffle à l’hôpital Georges-Pompidou après des mois de maladie due à des complications cardiaques. Fin de parcours d’un homme qui, durant cinquante ans, a marqué de sa forte empreinte la Martinique, la Caraïbe et le monde. Trois espaces qu’il a « conquis » par son engagement politique, sa revendication identitaire et son attachement à la reconnaissance des cultures. Il avait l’élégance des seigneurs de la pensée, sans pour autant se perdre dans l’érudition futile.
Son père, Jérôme-Paul-Edouard Glissant, né le 30 septembre 1901, était un géreur d’habitation. Sa mère Marie-Euphénie Godard, née le 3 septembre 1895, était lessiveuse le jour. La nuit, elle vendait des sucreries pour élever ses cinq enfants. A quelques semaines de la naissance d'Edouard à Bezaudin, le 21 septembre 1928, sa mère quitte le champ de canne pour venir vivre aux côtés de sa sœur dans le bourg du Lamentin. Edouard Glissant grandira sur les bords de la rivière Lézarde qui inspira son premier roman pour lequel il a obtenu le prix Renaudot en 1958.
Il était à la fois boy-scout et amateur de sport. Mais l’engagement politique n’était jamais très loin dans ses activités quotidiennes. C’est ainsi qu'avec d’autres, il fonda l’association Franc-Jeu. Une structure qui était une réponse à Jouer le Jeu, le célèbre appel à la jeunesse de Félix Eboué, le premier gouverneur noir de la France coloniale.
En entrant au lycée Schoelcher, pendant la Seconde guerre mondiale, en plein bouillonnement de résistance contre le régime vichyste en Martinique, Edouard était le fer de lance de tous les combats. « Nous reconnaissions en lui toutes les qualités d’un homme mûr », rappelle le poète Georges Desportes.
A Fort-de-France, iI avait élu domicile chez sa tante maternelle, la seule personne à même de pouvoir l’accueillir et lui faciliter les études secondaires. Malgré le dénuement total, le jeune Edouard a obtenu son bac en 1946. Il part en France pour des études de lettres. La sociologie et l’ethnologie prennent le dessus. Mais avant son départ pour Paris, la révolution des jeunes communistes haïtiens le rattrape. Il sympathise avec l’un d’eux Gérald Bloncourt qui avait été exilé à Fort-de-France par les autorités haïtiennes. Ce fut le début de sa prise de conscience pour une Caraïbe libre et indépendante de toutes les dominations. A la défense d’une personnalité martiniquaise, s’ajoutait le combat pour l’émancipation antillaise. Plus tard, il va conceptualiser cette notion dans l’antillanité. Avec le Sainte-Lucien Derek Walcott, prix Nobel de littérature 1992, le Barbadien George Laimng ou la Cubaine Nancy Morejon, l’écrivain martiniquais donnera ses lettres de noblesse à une société jeune et très complexe : les Antilles.

Un transmetteur de savoirs

En octobre 1993, l’Université des West-Indies l’élève au grade de docteur Honoris Causa. Le deuxième titre attribué à un francophone de la Caraïbe après Aimé Césaire en 1975.
Glissant était aussi un transmetteur des savoirs qui ne se basent sur des classiques occidentaux. L’ouverture au monde et le brassage de toutes les formes de création guidaient ses pas dans la création de l’IME (l'Institut martiniquais d’étude) en 1967. Des générations de jeunes Martiniquais qui ne trouvaient pas au lycée Schoelcher ont trouvé leur voie dans cette école. Ce fut aussi l’occasion de voir éclore des transmetteurs de savoirs : Roland Suvélor, François Rozas, Jacqueline Labbé ou Victor Anicet.
Cette expérience s’est déroulée après sa réhabilitation par les autorités françaises, car Edouard Glissant fut interdit de séjour en Martinique durant une longue période. Pour cause, il constituait avec Frantz Fanon, Guy Cabord-Masson et Marcel Manville, les éléments durs de la fronde contre le colonialisme français en Algérie. C’était au sein du Front antillo-guyanais qu’il affirmait son anti colonialisme et, pour finir, il s’était illustré ouvertement au sein de l’OJAM.
Parallèlement, son écriture marquait un cheminement en profondeur pour expliquer l’histoire et les hommes, au travers de personnages dont Mathieu Béluze, Marie-Célat. Des figures emblématiques de Martiniquais balancés entre le réel antillais et les rendez-vous manqués avec l’assimilation. Edouard Glissant mettait en exergue les racines multiples qui tirent leurs origines d’Asie, d’Afrique, d’Europe. « Nous ne sommes pas des êtres monolitiques », résumait-il pour annoncer le rhizome qui caractérise chaque personne. A la place d’un mot diversité, il place la diversalité. Au concept de créolité, il propose la créolisation du monde. Et voilà que dans un univers où l’occidentaliste et le populiste sur les questions d’origine se manifestent comme des tentacules, Edouard Glissant amène comme un rafraîchissement, le concept du Tout-Monde. Dès lors, il s’érige en passeur des cultures, distillant avec majesté et talent les enseignements dans les universités américaines. L’enfant de l’habitation du Nord-Atlantique est au sommet de la pyramide de l’universalité. Une posture qui lui vaut de nombreuses demandes dont celles de l’ancien président français Jacques Chirac et de son Premier ministre Dominique de Villepin. Il sera ainsi le président de « Mémoire de l’esclavage », fonction dans laquelle il ne se limitait pas à la représentation : ses livres et conférences ont fait entrer dans la conscience française et européenne la nécessité de tenir compte de ce contentieux historique qu’est la traite négrière.
Mais avant tout, Edouard Glissant était un poète de l’action : pour lui politique et poétique forment les armes miraculeuses qui libèrent l’homme.
Adams Kwateh franceantilles.fr 03.02.2011

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Edouard Glissant sera enterré au Diamant
franceantilles.fr 04.02.2011


Les obsèques du grand écrivain et poète martiniquais, disparu à l'âge de 82 ans, se dérouleront mercredi 9 février en l'église du Diamant, en Martinique, et la mise en terre au cimetière du Diamant.

La dépouille d'Edouard Glissant rejoindra lundi la Martinique.

A la veille de ses obsèques, une veillée poétique est organisée mardi au mémorial de l'esclavage Cap 110, situé Anse Cafard, au Diamant.
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L'ADIEU parisien à Edouard Glissant
F-X.G. France-Antilles Martinique 07.02.2011



Samedi, l'Eglise de Saint-Germain-des-Prés a accueilli la dépouille d'Edouard Glissant pour une messe bénédiction. 500 personnes, la famille, les amis et des anonymes sont venus rendre un dernier hommage au poète du tout-monde. Le père Benoît de Sinety, sensible au « génie de cet homme de la relation » , a choisi le prologue de l'évangile de Saint Jean . « Au commencement était le verbe... » « J'ai pu relire beaucoup de ses poèmes et retrouver sa langue magnifique » , confiait l'ecclésiastique avant la cérémonie. Il s'agissait de donner la bénédiction au défunt et de faire une prière « ensemble, pour se souvenir » . Au premier rang à droite, devant le catafalque, les politiques. Dominique de Villepin, Jean-Batiste Rotsen (chef de cabinet de Marie-Luce Penchard), Christiane Taubira, celle qui appelait Edouard « mon gros ours ou mon chat-tigre » , François Bayrou et Frédéric Mitterrand (arrivé juste au début de la cérémonie). Derrière eux, Jacques Martial et Renaud Donnedieu de Vabre (qui sont arrivés ensemble), et l'ancien ministre de l'outremer, Brigitte Girardin. Sur l'autre rangée, au premier rang, autour de Sylvie glissant, les enfants du poète, Mathieu, Pascal, Olivier, Jérôme et Barbara. Dans la nef, beaucoup de musiciens, Alain Jean-Marie, Mario Canonge, Eric Vincenot, Roland Pierre-Charles... Des comédiens, Firmine Richard, Alex Descas, Greg Germain, François Marthouret... Des gens de média, François Guilbeau (patron de F3), Marijosée Alie, Gora patel, Walès Kotra (FÔ), Laure Adler, Olivier Poivre d'Arvor (patron de France Culture), Edwy Plenel (patron de Mediapart)... Mais pas de presse nationale pour couvrir l'événement. Il y avait encore son éditrice Emmanuelle Collas (Galaade), Titouan Lamazou ou encore le cinéaste José Hayot. Daniel Maximin, le commissaire de l'année des outre-mer français, arrivé discrètement après le début de la cérémonie, est resté solitaire. Dehors, des écrans et des hauts-parleurs avaient été installés, ainsi que des barrières Vauban et trois policiers, mais les 1000 personnes attendues n'étaient pas là. Après la cérémonie, les discussions évoquaient les absences de personnalités comme le maire de Paris (quoique représenté par Firmine Richard et Jean-Claude Cadenet), la députée George Pau-Langevin (elle est en Israël), la ministre de l'Outre-mer (elle sera présente pour la sépulture en Martinique) ou celle des principales associations. Plus loin, on dit qu'il mérite lui aussi une plaque au Panthéon et un autre propose que l'on rebaptise la rue Myrrha à la Goutte d'or (celle citée par Marine Le Pen au sujet des prières des Musulmans dans la rue!) en rue Edouard-Glissant. « C'est LA rue de créolisation, la rue du tout-monde! » A la sortie du cercueil, une salve d'applaudissement a fusé telle une fulgurance faisant écho à la pensée d'Edouard Glissant. José Hayot est là avec ses deux fils, Théo et Léo. Edouard était le parrain de Léo. C'est à lui qu'il avait dit le jour de ses 80 ans : « Ne deviens pas un béké. » José Hayot sourit à cette évocation et rétorque : « Edouard a toujours donné de bons conseils à tout le monde! » Roland Pierre-Charles en profite pour glisser qu'il faut absolument voir ou revoir le film de José, Nord plage : « Il y a un long moment où Edouard parle. Il a les yeux fermés et on ne comprend rien! » Le musicien préfère retenir d'Edouard Glissant son travail à l'IME. « Il a récupéré tout un tas de gars que le lycée Schoelcher rejetait... »

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- « Les peuples qui s'ébranlent sont en écho complice avec Glissant »

(Régis Durand de Girard)Votre père, vice-recteur de la Martinique en 1959, partage avec Edouard Glissant le triste privilège d'avoir été victime de l'ordonnance du général de Gaulle...
Mon père est aujourd'hui le dernier survivant de ce qui s'est passé en face de l'église de Saint-Germain-des-Prés au 44 rue de Rennes, la création du front antillo-guyanais pour l'autonomie, en avril 1961. C'est cela qui a entraîné tous ceux qui étaient fonctionnaires à être sanctionnés, interdits d'enseigner et surtout interdits de Martinique... Qui ne pouvaient pas être... dans leur pays...
Vous êtes submergé par une vague d'émotion... Voulez-vous qu'on arrête ?
Non. L'émotion, il faut l'assumer. La pensée et l'oeuvre d'Edouard Glissant affleuraient d'une émotion vivante... Cette émotion, c'est de dire qu'Edouard Glissant, on peut l'enfermer dans une oeuvre immobile, des textes académiques qu'on apprend à l'école en oubliant combien c'est une oeuvre vivante qui s'est enracinée dans l'espérance de l'émancipation, dans ce moment de combat pour la négritude, dans le premier congrès des écrivains noirs qui a eu lieu à la Sorbonne à Paris. Mais en même temps, il a été voir au-delà. La force d'Edouard Glissant, ce qui fait que pour moi, il est vivant pour le siècle à venir, c'est qu'Edouard voyait combien les indépendances ne devaient pas imiter la domination et combien il fallait aussi imaginer un autre temps, le temps des authentiques libérations, le temps du tout-monde, le temps de l'identité-relation comme il disait.
Qu'en est-il de son message ?
Il y a une résonance formidable car le dernier colloque international sur l'oeuvre d'Edouard Glissant s'est tenu en Tunisie, à Carthage. Je pense que les peuples qui s'ébranlent aujourd'hui sont en écho complice avec le poète Edouard Glissant.
Propos recueillis par F-X.G. (agence de presse GHM)- Pour toujours au Diamant
Le conseil municipal de vendredi dernier a débuté par une minute de silence pour « honorer Edouard Glissant et tous les amis partis en ce début d'année » , a annoncé le maire du Diamant, Gilbert Eustache. Puis il a indiqué que conformément au voeu du poète-écrivain et à la demande de ses proches, il serait veillé et inhumé au Diamant, sa commune d'adoption depuis 20 ans. Celle-ci l'avait d'ailleurs honoré il y a un an de cela en inaugurant, en sa présence, une rue qui court du rond-point du Nègre marron au collège.
Mardi donc, après un détour par le collège qui porte son nom, Edouard Glissant arrivera au Diamant vers 16 heures. Il sera installé et veillé devant les statues du Mémorial du Cap 110, à l'anse Caffard, face à la mer et à la maison qu'il a occupée au cours de ces vingt dernières années. Equipe municipale et services techniques de la commune, épaulés par toutes les bonnes volontés, assurent la logistique de cet ultime moment.
La veillée prendra la forme d'une veillée poétique ; aucune allocution, aucun discours ne sera prononcé. Et elle se prolongera jusqu'au mercredi après-midi, jusqu'aux funérailles, en l'église du Diamant, funérailles célébrées par Monseigneur Méranville.
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- HUMEUR. Manque d'ambitions pour Cap 110 ?
Mardi soir, un hommage sera rendu à Edouard Glissant sur le site de Cap 110. Autour de ce Mémorial, érigé en 1998 à l'anse Caffard, à l'initiative de la ville du Diamant à l'occasion du 150 e anniversaire de l'abolition de l'esclavage, ils seront sûrement très nombreux à partager cet instant. La majesté des lieux, remarquablement mis en valeur par l'oeuvre artistique de Laurent Valère, invitera les uns et les autres à un double recueillement : le grand combat pour l'Homme mené par Edouard Glissant et l'hommage aux victimes de la traite esclavagiste. Une rencontre qui se veut fusionnelle face aux 15 bustes de personnages affligés présentés de manière serrée en triangle pour faire référence au commerce triangulaire.
Mais comment comprendre que, 13 ans après la réalisation artistique, aucune initiative n'ait été prise pour valoriser le site et prolonger ainsi le travail de l'artiste ? Comment comprendre que la ville, à part faire couper l'herbe autour de l'ensemble, oubliant d'ailleurs l'espace entre les statues, n'ait pas eu la moindre idée d'embellir le site par des plantations adaptées ? Et pourtant face au rocher, Cap 110 demeure l'un des monuments du Sud de la Martinique les plus visités et photographiés.
Si l'initiative de la ville au départ était excellente, force est de constater qu'aujourd'hui l'accompagnement n'a pas suivi. Certains diront « i bon kon sa » . Mais outre l'aspect environnemental qui mettrait en valeur ce Mémorial, l'entretien des statues est quasiment inexistant.
Construites en béton armé et blanchies au sable de Trinidad - et - Tobago, elles commencent à présenter des signes inquiétants de vieillissement. Sur l'une d'entre elles, le béton a éclaté et le fer est à nu.
Ici comme ailleurs, c'est une fois de plus la question de l'entretien élémentaire des grands sites touristiques qui pose problème.- Les réactions
- Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture
« Edouard Glissant va être lu de plus en plus car tout ce qu'il dit est tout ce dont nous avons besoin. Il y a la beauté de la langue, la puissance poétique extraordinaire qui était la sienne. Je pense que ce sentiment de perte, d'un côté ne sera jamais consolé parce qu'il n'écrira plus, et d'autre part, sera malgré tout un peu surmonté parce qu'il reste tous ses livres, ses textes... »
- Brigitte Girardin, ancien ministre de l'Outre-mer
« Il a toujours été très visionnaire et d'ailleurs, quoi de plus actuel que le tout-monde aujourd'hui! Il m'a toujours beaucoup inspirée, même dans ma réflexion économique sur l'outre-mer car il avait une grande vision très personnelle. Le développement endogène, c'était lui! Il a toujours été d'un grand conseil sur toutes les questions touchant à l'homme. »
- Renaud Donnedieu de Vabre, ancien ministre de la Culture
« J'avais une immense affection, et beaucoup d'admiration envers ce géant. C'est quelqu'un qui m'inspire beaucoup de respect et puis, son cri, parce que c'était un homme de passion, engagé, je l'ai au fond de moi-même pour essayer jour après jour de faire que la diversité, l'égalité, le respect, la liberté soient une valeur déclinée au quotidien. »
- L'Association métropolitaine des élus d'outre-mer
L'AMEDOM veillera à honorer la mémoire de cet ami martiniquais à qui le monde ultramarin doit les concepts de créolisation, d'antillanité et de « tout-monde » et rend hommage à sa lutte sans fin contre toutes les formes de racisme et de discrimination, la défense du métissage et bien d'autres combats qu'il aura su mener jusqu'au bout de sa vie. L'AMEDOM, compatissante aux côtés de ses proches, déplore la perte d'un grand homme de lettre et de pensée.
- Irina Bokova, directrice générale de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO)
« C'est une figure majeure de la littérature antillaise qui vient de s'éteindre mais aussi un écrivain engagé. L'oeuvre foisonnante qu'il nous laisse est un hommage au métissage et au concept de créolisation qui lui était si cher. L'UNESCO s'enorgueillit de l'avoir compté parmi ses collaborateurs puisqu'il avait dirigé le Courrier de l'UNESCO de 1982 à 1988 » .

- Souvenirs de Jacqueline Labbé, artiste
« Parler de Glissant dans pareille circonstance demande une remontée dans l'année 1952. Eh oui...C'était en novembre. Nous habitions rue Tournefort non loin de la Sorbonne dans des pensions mitoyennes ; la mienne s'appelait Parisiana. En sa compagnie, il y avait notre Roland Suvélortous les deux étaient mariés. Dans leur pension défilaient pas mal d'étudiants et on peut dire que ça débattait sur la manière d'échapper au système établit, je pèse mes mots ; disons que c'était plutôt rouge coco.... Ils parlaient une langue érudite et moi qui débarquais... j'étais très admirative et fière de me trouver dans cette proximité. En Martinique, lorsque j'ai commencé le travail sur une esthétique mieux adaptée à la chevelure crépue, des camarades qui travaillaient à L'I M E, ont parlé à Edouard Glissant de mes projets qui dépassaient la cible chevelure, bien entendu. C'est ainsi que nous avons tous fréquenté quelques ateliers à l'I M E.
Glissant m'a encouragée, disant qu'il ne fallait rien renier de son héritage africain (la peau, les traits, etc) Qu'il ne fallait pas non plus chercher à persuader. Et disons que Glissant m'a révélé comment tournait le monde. Il disait que seul le travail et son exigence... Et comment vivre avec les autres. Que mon salon de coiffure transféré rue Garnier Pagès devra se convertir en laboratoire d'idées. Je cite quelques noms : Sardaby Raymond, Philippe Monjoly, Lucien Cilla et sa femme. D'autres passaient et laissaient des idées.
Voilà. Que ceux qui n'ont rien lu de lui se mettent en action. » -

(FRANCE-ANTILLES DU 10 MAI 2007)
L'héritage des mémoires de l'esclavage ne sera pas résolu tant que les communautés ne les auront pas échangées, au lieu de les confronter. Il est urgent d'ouvrir un lieu de réflexion.

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- Des navettes au départ de Sainte-Marie
Afin de permettre aux administrés samaritains de se rendre à la veillée d'Edouard Glissant, soirée de recueillement prévue ce mardi 08 février au Diamant, la municipalité de Sainte-Marie met en place un service de transport à l'usage des personnes voulant se rendre sur place. A cet effet, à compter de 18 heures précises, heure de rassemblement, des navettes seront mises à leur disposition aux trois points suivants :
- Parking Maison du Bèlè (Reculée)
- Place Eugène MONA (Morne des Esses)
- Place de l'Hôtel de Ville (Bourg)- Veillée de poésie demain soir à l'Anse Caffard
Le week-end a été marqué par un certain nombre de festivités saluant la mémoire d'Edouard Glissant. C'était le cas vendredi à l'Institut régional d'art visuel à Fort-de-France et samedi à l'espace Camille Darsières du Sermac ( Service municipal d'action culturel).
Demain ce sera la grande veillée au Diamant, la commune adoptive du poète. Edouard Glissant qui aimait donner aux mots toute la solennité nécessaire à susciter l'émotion, a émis le voeu que la veillée en son honneur se fasse en toute simplicité.
Il préférait dire « l'amitié autour de la poésie » . Du reste, la poésie était son unique patrie. C'est de cela qu'il s'agira demain à l'Anse-Caffard au Diamant en plein milieu du Mémorial. Chacun est convié à venir lire la poésie ou des textes dans toutes les langues. Que tous ceux qui jouent d'un instrument viennent partager les sons. Aucun protocole n'est imposé dans le déroulement de la soirée. Selon les proches du défunt, le maire du Diamant Gilbert Eustage accueillera les officiels dont la ministre Marie-Line Penchard.

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Derniers adieux ou l'éloge du Tout-Monde
Adams Kwateh France-Antilles Martinique 08.02.2011

Cet après-midi, le corps de l'écrivain fera un dernier tour au Lamentin avant une grande veillée au Diamant.


Depuis sa mort, jeudi 3 février, il est comme Oko, l'un des personnages de son roman Sartorius qui raconte l'histoire des habitants d'un monde invisible. L'Histoire est bâtie comme une Genèse : il y a l'exode , la quête. En effet, aujourd'hui débute pour lui un dernier périple qui va commencer par le Lamentin. Vers 13h 45, son corps va traverser les rues Bayardin et Ernest-Maugée où il avait habité avec sa mère et sa tante dès ses premiers mois. Dans les années trente et quarante, ces rues marquaient la frontière entre le bourg du Lamentin et la rivière. Cette dernière, connue sous le nom de La Lézarde sera le titre du roman de Glissant pour lequel il avait remporté le prix Renaudot en 1958. A chaque séjour en Martinique, Glissant ne manquait pas de revenir sur les lieux où habite sa nièce Victoire Léandre, épouse Sinosa.Après les lieux de l'enfance, son corps passera à la rue du France-Jeu, l'association qu'il avait fondée avec ses amis. L'association publie son premier numéro en 1945. L'année suivante, « Godbi » -c'était son petit nom-, part pour des études supérieures en France. Enfin, l'arrivée du cercueil est prévue à 14 heures 30 devant le collège qui porte son nom. Des élèves liront un dernier hommage pointé de poèmes à leur « parrain » . La transmission sera faite. La plus haute mission à laquelle tenait le penseur.Vers 15 h 30, le corps va cheminer vers le Mémorial du Diamant où, dès 17 heures, le public pourra venir déclamer des poèmes dans toutes les langues. La nuit sera consacrée aux mots, chants, récits, danses... Selon la volonté de la famille, il n'y aura pas de discours officiels. Le seul qui pourrait être prononcé serait celui du maire Gilbert Eustache, en guise de propos d'accueils des personnalités martiniquaises et françaises. Parmi ces dernières, il y a la ministre de l'Outremer, Marie-Luce Penchard et Frédéric Mitterrand, le ministre de la Culture. La députée guyanaise Christiane Taubira devrait également faire le déplacement. Une délégation guadeloupéenne est aussi attendue.Enfin, demain à 16 heures, une messe sera donnée en sa mémoire, avant son enterrement au Diamant.- Méditations sur les statues de l'Anse Caffard
Tout juste après l'érection du Mémorial de l'Anse Caffard par l'artiste Laurent Valère, Edouard Glissant évoque ce lieu sous le titre Ibos, en référence aux Africains transportés sur cette partie du Diamant dans un bateau clandestin.
« Les quinze statues rassemblées en un triangle dont la pointe donne au large, exactement sur la latitude de la Côte-de-l'Or en Afrique, sortent de terre, prises dans la roche qui se continue là sous l'eau, avec retenue et une dignité qui émeuvent. Bras collés au corps, la tête légèrement penchée, elles évoqueraient en bien moins colossal les statues de l'île de Pâques si elles ne regardaient pas avec une telle intensité, nous semble-t-il, vers la mer où ont chaviré tant de bateaux bourrés de nègres enferrés. L'ensemble est blanc, la couleur africaine du deuil, il faut croire que les vents de mer le teinteront peu à peu de grège. L'herbe s'amasse doucement et comme avec négligence dans la terre jaune. Une brochure intitulée Le mystère de l'Anse Caffard explique et présente la circonstance en même temps que l'oeuvre, qui est de M. Laurent Valère et de ses amis, sculpteur, architecte, fondeurs et manoeuvres. Après tant de furies, la douceur pâlie de cette contemplation.
Beauté du lieu où vous restez enfin, côtoyant les passants songeurs, les driveurs en alerte, vous arrêtant pensif devant canots chavirés qui font église aux crabes de mer et aux chiens errants. La baie s'enroule autour du rocher avec une précaution connaisseuse, nul ne repère là de ces cayes si évidentes qui ailleurs vous mettent en garde, la profondeur des courants fait qu'ils sont fallacieux et sournois, ils vous entraînent, vous qui vivez au large, jusqu'au fond de roches, de coraux et d'algues rouge-bleu, semé d'épaves anonymes et de corps emboulés qui entrent dans la nacre immaculée. Sur la plage vous vous baignez sans crainte, à côté de ce Léviathan qui veille là tout près. La rumeur dit que c'est alors que le temps est au beau que la mer est la plus perfide. Quand elle est en rage, rentrez vos canots!
Le bourg ne connaît ni la fixité de ceux du nord, Sainte-Marie ou Macouba, où la mer est douce, folle, meurtrière et interdite, ni la tassure frêle des communes du plein sud, Sainte-Luce, Sainte-Anne, où vous trempez dans l'eau chaude. A mi-chemin de ces extrêmes, la ville est préservée des rafales incompréhensibles de touristes, vous êtes libre de balancer vos corps dans ces rouleaux tout à fait accommodables, elle est sauve aussi de cette béance, jour après jour, qui marque ceux qui voient la mer et n'y entrent pas. L'arc de la baie a son climat, doux et sec et lumineux comme un coucher de soleil rouge.
De petits groupes visitent sans arrêt ces géants de pierre que voici là, dont la mesure est si humaine, ils sont graves et silencieux comme eux, la marmaille joue alentour, le poète vient et revient consulter ces témoins, et médite avec eux la mémoire des Eaux immenses » .


(Extrait de Sartorius, le roman des Batoutos, page 162-164, Egtions Gallimard, 1999).

- Révolutionnaire
Sur son site internet, notre confrère Le Nouvel Observateur donne la parole à Bertrand Dicale, qui publie ces jours-ci « Maudits métis » (J.C. Lattès). Ce dernier explique ce qu'Edouard Glissant a apporté à la pensée, tant du monde Noir que du monde tout court. Extraits.
« Edouard Glissant est un auteur qui a plus que compté pour ma génération. J'ai vécu, dans ma vie d'Antillais, une époque où on résumait l'identité antillaise à une identité exclusivement noire. Pourtant, dans plein d'endroits aux Antilles, comme à Cuba, on ne trouve pas de majorité noire. Là où Glissant intervient de façon révolutionnaire parmi les penseurs du XXème siècle, c'est qu'il a fondé sa théorie sur l'observation d'une réalité précise. Il a découvert que dans la créolité, l'addition des éléments donne un résultat supérieur à la somme. Que la conjugaison d'identités africaines, européennes, asiatiques et amérindiennes produit quelque chose d'entièrement différent. C'est cette dynamique qu'il appelle « créolisation » .
Glissant oppose les sociétés ataviques et les sociétés composites. La société atavique possède une logique simple : un territoire, un peuplement, une langue, un imaginaire. C'est une articulation verticale, enracinée dans le sol. L'identité composite est étrangement plus singulière. Pour prendre l'exemple antillais : la peau vient d'Afrique, la cuisine est fondée sur une valeur française, mais elle utilise le curry qui vient d'Inde, les produits locaux se mélangent au riz, qui ne pousse pas aux Antilles, le droit est latin, la langue française, les maladies et le climat sont américains.
Edouard Glissant a cette intuition de regarder l'évidence. C'est à partir de petites choses qu'il a théorisé l'idée du « tout-monde » , ou du « chaos-monde » , selon laquelle le monde expérimente ce qui est arrivé aux terres créoles il y a quelques siècles. A partir des années 1990, c'est dans la cuisine, ou la musique, qu'il trouve les exemples les plus flagrants de la créolisation du monde. Ces dix ou quinze dernières années, sa réflexion a notamment été nourrie par le succès mondial de Kassav.
Une métaphore de l'humanité à venir
L'idée de génie, c'est de prendre une poignée d'îles et un peuple de 400 000 personnes pour une métaphore de l'humanité à venir. Glissant a aussi apporté cela : le lieu de l'évènement matrice, de l'évènement qui désigne l'avenir, ce n'est pas New-York ou Shanghai. Ce n'est pas nécessairement un lieu de puissance. Prenez les banlieues françaises : les produits culturels sont américains, la langue est française, la nourriture est tantôt italienne, tantôt chinoise, l'origine est africaine. Le monde entier devient le carrefour du monde entier. Pour comprendre le devenir de l'humanité, cette vision est une extraordinaire boîte à outils » .- Ce que nous lègue Edouard
« Ce qu'il nous lègue est le soleil d une conscience nouvelle, mûrie sur plus de cinquante ans : celle qu'incarne la nécessité pour les peuples anciennement dominés de connaître ce qu'il appelait, en 1956, dans un de ses plus beaux poèmes, Les Indes, « et l'une et l'autre face des choses » . Cette exigence drue le liait en fraternité à Kateb Yacine, le « vagabond sublime de Kabylie » dont il partagea un temps la destinée littéraire et politique, elle lui faisait porter la voix de poètes et d'artistes d'Amérique du Sud, de la Caraïbe, d'Afrique.
Mais ce qu'il nous lègue presque au même moment que cette lucide réappropriation de notre Histoire commune, c'est aussi la générosité de la penser dans un futur qui ne soit pas pris en otage par le ressentiment, c'est un dépassement de la conscience éclairante vers ce qu'il appelait une poétique de la Relation : tout le contraire d'une riposte procédurière et grinçante. Aussi, conscience et réappropriation sont-elles grandies par la projection même de ce pacte relationnel, dignité à laquelle il tenait tant, et qui ne consentait pas à traîner un sempi ternel goût d amertume au sortir des ruminations des épouvantes de l'Histoire. C'est cette générosité qui lui faisait aimer le chant profond des langues dans la sienne, leur tremblement hors du système monolingue, en même temps qu'elle lui ordonnait de mettre à distance les odes à l'universel, dont l'honneur fut trop souvent bafoué selon lui.
Ce qu'il nous lègue est aussi une façon différente de concevoir les poétiques et les esthétiques, un autre rapport au paysage, à l'écriture, où la répétition n'est plus un défaut mais une singularité accumulative - ce qu'il nommait « entassement » -, d'autres manières de narrations, des mangroves d'histoires mêlées de toute la violence de leurs noeuds. C'est aussi une sensibilité accrue aux mondes composites, aux archipels tenaces, aux créolisations jouées non seulement dans la Caraïbe mais en tous lieux du Tout-monde.
Ce que je lui dois personnellement, c est que du jour où j'ai rencontré son oeuvre, sa pensée, je n'ai plus rien lu comme avant. Honneur et respect à son opacité, en ce jour. »


Par Samia Kassab-Charfi (Université de Tunis)- Le retour en terre martiniquaise

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- Bloncourt : l'ami du « serment premier »
Février 1946. Gérald Bloncourt, jeune communiste expulsé d'Haïti, est exilé à Fort-de-France. Il avait 19 ans. A Fort-de-France, il fait la connaissance d'un groupe de jeunes, l'un d'eux était Edouard Glissant. Il avait 17 ans. En cette année où la Martinique devenait département français, le jeune Edouard passait son bac.
De cette époque, date une profonde amitié entre Bloncourt et Glissant. S'influençaient-ils mutuellement ? Dans le Paris des années 50 où ils étudiaient, celui qui allait devenir l'écrivain célèbre avait renoué avec un artiste et photographe engagé pour Haïti. Deux destinés séparées par les formes de création artistique, mais confondues dans leurs intentions poétiques et politiques. Depuis le 27 janvier dernier, date de son arrivée à Fort-de-France en vue d'une exposition de ses photos à la bibliothèque Schoelcher, Gérald Bloncourt est comme envahi par un sentiment de vie. « Les retrouvailles avec ma terre d'adoption me donnent des énergies nouvelles pour avancer » , s'émerveille ce jeune homme de 84 ans. Il rappelle la mémoire de ses amis d'enfance : Sonson Boisneuf, Eugène Dervain, Roland Suvélor. Puis le silence. Il parle de la maladie d'Edouard Glissant. « Je n'ai pas le courage d'aller le voir à l'hôpital à Paris » , regrette-t-il. Le lendemain, 3 février, la nouvelle du décès de Glissant lui parvient. Quelques jours avant, le libraire Gilles Alexandre lui offre une reproduction d'une photo où il était avec Glissant en 1946. C'est l'oeuvre de Georges Desportes.
L'octogénaire se reprend. Vendredi soir. C'est le vernissage de l'exposition de ses photos sur le thème : Un artiste engagé. Il pèse 200 000 photos réalisées sur 50 ans. Dans l'assistance, il y a son épouse, ses enfants, ses compagnons de lutte de l'époque dont l'écrivain Georges Mauvois et l'ancien opticien André Constant. Il y avait aussi Georges Desportes. « A présent, nous ne sommes que deux survivants de notre génération » .
Gérald Bloncourt sera ce soir et demain au chevet de son ami d'enfance. Pour les derniers adieux à Edouard, l'ami du « serment premier » , comme dirait Césaire.
- INTERVIEW FRANCE-ANTILLES (SEPTEMBRE 1997)
Nous avons tellement été habitués à prévoir, à bâtir des plans surtout sous la pression des idéologies et des systèmes politiques que nous avons peur du Tout monde que j'appelle un chaos monde pas parce qu'il est en désordre mais parce qu'il est imprévisible.- Circulation au Lamentin
A l'occasion de l'hommage rendu ce mardi 8 février à l'écrivain Edouard Glissant au collège de Place d'Armes portant son nom, des dispositions ont été prises pour la circulation, le stationnement et le transport.
La circulation et le stationnement seront interdits sur la portion de Route Départementale 3 entre le rond-point menant à la rue Léon-Gontran Damas et la rue Case-Nègres entre 13h et 16h. La circulation sera déviée dans les rues avoisinantes.
Les places de stationnement situées le long de la RD3 seront réservées aux véhicules du convoi funéraire, aux membres de la famille et aux officiels. Ces places seront bloquées par un dispositif de barrières Vauban.
Concernant le transport collectif, seuls les deux arrêts de bus situés le long des établissements scolaires de Place d'Armes ne seront pas desservis dans le créneau horaire prévu pour la manifestation. Pour le transport scolaire, compte tenu de la fin des cours à 17h, l'interdiction de circulation et de stationnement étant déjà levée, les bus scolaires pourront récupérer les élèves aux emplacements habituels.- Circulation au Diamant
- Mardi 8 février : La circulation sera régulée par la mise en place de barrages filtrants de 17 h à 23 h sur la D 37 aux abords du Mémorial de l'Anse Caffard.
Un service de navette au départ du bourg sera mis en place afin d'acheminer les visiteurs sur le lieu de la veillée au Mémorial Cap 110.
- Mercredi 9 février : la circulation et le stationnement seront interdits à la rue Justin Roc de 12 h à 19 h dans sa portion comprise entre le rond-point situé à la rue A et T Duvile et le restaurant Planète. Deux déviations seront mises en place : de l'avenue des Arawaks vers la VC 13 et du Rond point du Neg Marron vers la D7.
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Lycée Schoelcher -1940
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Dans les années quarante, le Lycée Schoelcher

forme l'élite martiniquaise
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BIBLIOGRAPHIE DE L'ŒUVRE


- Soleil de la conscience, Paris, Editions Falaize, 1956, rééd., « Poétique I », Gallimard, 1997.

- L’Intention poétique, Paris, Editions du Seuil, coll. « Pierres vives », 1969, rééd. « Poétique II », Gallimard, 1997.

- Le Discours antillais, Paris, Editions du Seuil, 1981.

- Poétique de la Relation, Paris, Gallimard, 1990.

- Faulkner, Mississipi, Paris, Stock, 1996.

- Introduction à une poétique du Divers, Paris, Gallimard, 1996.

- Traité du Tout-Monde, Poétique IV, Paris, Gallimard, 1997.

- La cohée du Lamentin, Poétique V, Paris, Gallimard, 2005.

- Une nouvelle région du monde, Esthétique I, Paris, Gallimard, 2006.

- Mémoires des esclavages. La fondation d'un centre national pour la mémoire des esclavages et de leurs abolitions, Préface de Dominique de Villepin, Paris, Gallimard / La Documentation française, 2007.

- La terre magnétique. Les errances de Rapa Nui, l'île de Paques, en collaboration avec Sylvie Séma, Paris, Editions du Seuil, coll. "Peuples de l'eau", 2007.

- Quand les murs tombent. L'identité nationale hors-la-loi ?, avec Patrick Chamoiseau, Paris, Editions Galaade / Institut du Tout-monde, 2007.

- Une journée avec Edouard Glissant, avec Jeanne Wiltord, Pierre-Christophe Cathelineau, Esther Tellermann, Association lacanienne internationale, 2007.

- Les entretiens de Baton Rouge, avec Alexandre Leupin, Paris, Gallimard, 2008.

- L'intraitable beauté du monde. Adresse à Barack Obama, avec Patrick Chamoiseau, Paris, Editions Galaade / Institut du Tout-monde, 2009.

- Manifeste pour les "produits" de haute nécessité, avec Patrick Chamoiseau, Ernest Breleur, Serge Domi, Gérard Delver, Guillaume Pigeard de Gurbert, Olivier Portecop, Olivier Pulvar, Jean-Claude William, Paris, Editions Galaade / Institut du Tout-monde, 2009.

- Philosophie de la Relation. Poésie en étendue, Paris, Gallimard, 2009.

- La terre le feu l'eau et les vents. Une anthologie de la poésie du Tout-monde, Paris, Editions Galaade / Institut du Tout-monde, 2010.

- 10 mai : Mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions, Paris, Editions Galaade / Institut du Tout-monde, 2010.

- L'imaginaire des langues. Entretiens avec Lise Gauvin (1991-2009), Paris, Gallimard, 2010.

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ROMANS

- La Lézarde, roman, Paris, Editions du Seuil, 1958, rééd. Coll. « Points-Roman », 1984 et coll. « Points », 1995.

- Le quatrième siècle, Paris, Editions du Seuil, 1964.

- Malemort, Paris, Editions du Seuil, 1975.

- La Case du commandeur, Paris, Editions du Seuil, 1981, rééd., Paris, Gallimard, 1997.

- Mahagony, Paris, Editions du Seuil, 1987.

- Tout-Monde, Paris, Gallimard, 1993.

- Sartorius : le roman des Batoutos, Paris, Gallimard, 1999.

- Ormerod, Paris, Gallimard, 2003.

POÉSIE

- Un champ d’îles, frontispice de Wolfgang Paalen, Paris, Instance, 1953.

- La Terre inquiète, lithographies de Wilfredo Lam, Paris, Editions du Dragon, coll. « Instance ».

- Les Indes : poèmes de l’une et l’autre terre, eaux-fortes d’Enrique Zanartu, Paris, Editions Falaize, 1956.

- Le Sel noir, Paris, Editions du Seuil, 1960.

- Le Sang rivé, Paris, Présence africaine, 1961.

- Poèmes : Un champ d’îles ; La terre inquiète ; Les Indes, Paris, Editions du Seuil, 1965, rééd. Coll. « Points littérature », 1985.

- Boises : histoire naturelle d’une aridité, frontispice de Cárdenas, Fort-de-France, Acoma, 1979, rééd. Gallimard coll. « Poésie », 1983, rééd. Gallimard, 1997.

- Le Sel noir ; Le sang rivé ; Boises, préface de Jacques Berque, Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 1983.

- Pays rêvé, pays réel, Paris, Editions du Seuil, 1985, rééd. Gallimard coll. « Poésie », 2000 (suivi de Fastes et Les Grands Chaos).

- Poèmes complets : Le sang rivé ; Un champ d’îles, La Terre inquiète ; Les Indes ; Le Sel noir ; Boises ; Pays rêvé, pays réel, Les Grands Chaos, Paris,Gallimard, 1994.

- Bibliographie de l'oeuvre

- Traductions publiées

- Bibliographie critique sélective
SOMMAIRE
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TRADUCTIONS PUBLIEES
Une pensée archipélique

Edouard Glissant
THÉATRE

Monsieur Toussaint, Paris, Editions du Seuil, 1961, rééd. Acoma,1978, rééd. Editions du Seuil, 1986, nouvelle édition, Paris, Gallimard, 1998.
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TRADUCTIONS PUBLIEES

ANGLAIS

- Les Indes > The Indies, traduit du français par Dominique O’Neill, suivi du texte original, Toronto, Editions du GREF, 1992.

- La Lézarde > The Ripening, traduit du français par Frances Frenaye, New York, G. Braziller, 1959.
- La Lézarde > The Ripening, traduction nouvelle de Michael Dash, Kingston (Jamaïque), Londres, Heinemann educational Books, 1985.
- Le sel noir > Black salt poems, traduit du français par Betsy Wing, Ann Arbor, University of Michigan Press, 1999.
- Monsieur Toussaint > Monsieur Toussaint, traduit du français par Joseph G. Foster et Barbara A. Franklin, Washington, Three Continents Press, 1981.
- Monsieur Toussaint > Monsieur Toussaint, traduit par J. Michael Dash, Boulder (Colodado), Lynne Rienner Publishers, 2005.
- Le quatrième siècle > The fourth Century, traduit du français par Betsy Wing, Ann Arbor, University of Michigan Press, 2001.
- Le Discours antillais > Caribbean Discourse : Selected Essays, traduit du français par Michael J. Dash, Charlottesville, Virginie, University Press of Virginia, 1989, rééd. en poche, 1992.
- Poétique de la Relation > Poetics of Relation, traduit du français par Betsy Wing, Ann Arbor, University of Michigan Press, 1997.
- Poèmes complets > Collected Poems of Edouard Glissant, traduit du français par Jeff Humpreys, University of Minnesota Press, 2005.
- Faulkner, Mississipi > Faulkner, Mississipi, traduit du français par Barbara Lewis et Thomas C. Spear, New York, Farrar Staus Giroux, 1999 / Chicago, University of Chicago Press, 2000.

ESPAGNOL

- Soleil de la conscience > Sol de la consciencia, traduit du français par Teresa Gallego Urrutia, Barcelone, Ediciones del Cobre, 2004.

- La Lézarde > El Lagarto, traduit du français par M. Christine Chazelle et Jaime Del Palacio, Mexico, Ed. Era, 1973 / La Havane, Editorial Arte y Literatura, 1980 / Barcelone, Ediciones del Bronce, 2001.

- Fastes > Fastos, traduit du français par Nancy Morejon, Matanzas, Ediciones Vigia, 1998.

- Fastes et autres poèmes > Fastos y otros poemas, traduit du français par Nancy Morejon, Fondo editorial Casa de las Americas, 2002.

- Faulkner, Mississipi > Faulkner, Mississipi, traduit du français par Matilde París, Mexico, Turner Fundo de Cultura economica, Mexico, 2002.
- Introduction à une poétique du Divers > Introduccion a una poetica de lodiverso, traduit du français par Luis Cayo Pérez Bueno, Barcelone, Ediciones El Cobre, 2002.

PORTUGUAIS
- Le quatrième siècle > O quarto Século, traduit du français par Cleone Augusto Rodrigues, Rio de Janeiro, Editora Guanabra, 1986.

ALLEMAND

- La Lézarde > Sturzflut. Das Lied von Martinique, traduit du français par Paul Baudisch, Munich, Kindler Verlag, 1959.

- La case du commandeur > Die Hütte des Aufsehers, traduit du français par Beate Thill, Heidelberg, Verlag Das Wunderhorn, 1983.

- Le discours antillais > Zersplitterte Welten : Der Diskurs der Antillen, traduit du français par Beate Thill, Heidelberg, Verlag Das Wunderhorn, 1986.

- Mahagony > Mahagony, traduit du français par Beate Thill, Heidelberg, Verlag Das Wunderhorn, 1989.

- Le quatrième siècle > Die Entdecker der Nacht, traduit du français par Beate Thill,Heidelberg, Verlag Das Wunderhorn, 1991.

- Traité du Tout-Monde > Traktat über die Welt, traduit du français par Beate Thill,Heidelberg, Verlag Das Wunderhorn, 1999.

-Le Sel noir et autres poèmes > Schwarzes Saltz, traduit du français par Beate Thill,Heidelberg, Verlag Das Wunderhorn, 2002.

ITALIEN

- Le quatrième siècle > Il quarto secolo, traduit du français par Elena Pessini, Edizioni Lavoro, 2003, Prix Grinzane Cavour.

- Introduction à unepoétique du Divers > Poeticadel Diverso, traduit par Francesca Neri, Rome, Meltemi,1998.

JAPONAIS

- La Lézarde, traduit du français par Kunio Gendai Kikahu Shitsu,2004.

- Poétique de la Relation, traduit du français par Suga Keijiro,2001.

- Traité du Tout-Monde, Misuzu Shobo,2000.


VIETNAMIEN

- Mahagony, Hanoï, Union des Ecrivains, 1999.


SLOVAQUE

La Lézarde > Jašterica, traduit du français parTeréziaSokolová, Bratislava,Solvenskǐspisovatel’,1962.


BULGARE

Le quatrième siècle > CetvyriatVek, traduit du français par Mario Dobtchev, Sofia, NarodnaKultura, 1985
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BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE SELECTIVE


- Outil bibliographique de référence (jusqu’en 1993) : Alain Baudot, Bibliographie annotée d’Edouard Glissant, Toronto, Editions du GREF, 1993.

- Debra L. Anderson, Decolonizing the Text : Glissantian reading in caribbean en african-american literatures, New York, P. Lang, 1995.

- Diva Barbaro Damato, Edouard Glissant ; Poetica e Politica, Sao Paulo, Annablume Editora, 1996.

- Carminela Biondi et Elena Pessini, Rêver le monde, Ecrire le monde. Théorie et narrations d’Edouard Glissant, Bologne, CLUEB, 2004.

- Celia Britton, Edouard Glissant and postcolonial theory : strategy of languages and resistance, Charlottesville, University Press of Virginia, 1999.
- Bernadette Cailler, Conquérants de la nuit nue : Edouard Glissant et l’H(h)istoire antillaise, Tübingen, Gunter Narr Verlag, 1988.

- Dominique Chancé, Edouard Glissant : Un « traité du déparler », Karthala, 2002.

- Jacques Chevrier (textes réunis par), Poétiques d’Edouard Glissant, Actes du colloque international de la Sorbonne, 11-13 mars 1998, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 1999.

- Suzanne Crosta, Le Marronnage créateur : Dynamique textuelle chez Edouard Glissant, Québec, GRELCA, coll. « Essais », 1991.

- Georges Desportes, La paraphilosophie d'Edouard Glissant, Paris, L'Harmattan, 2007.

- Michael Dash, Edouard Glissant, Londres, Cambridge University Press, 1995.
- Yves-Alain Favre et Antonio Ferreira de Britto (textes réunis par), Horizons d’Edouard Glissant, Actes du colloque international de Porto, 24-27 octobre 1990, Pau, J&D Editions, 1992.

- Romuald Fonkoua, Essai sur la mesure du monde au XXe siècle, Edouard Glissant, Paris, Honoré Champion, « Bibliothèque de littérature générale et comparée », 2002.

- Jean-Paul Madou, Edouard Glissant. De mémoire d’arbres, Amsterdam / Atlanta, ElenaPessini(textes réunis et présentés par),Du pays auTout-Monde, écritures d’Edouard Glissant, Actes ducolloque de Parme du 18 mai 1995, Parme,InstitutodiLingue eLitteratureromanze, 1998.

- Daniel Radford,Edouard Glissant, Paris, Seghers, « Poètesd’aujourd’hui », 1982.


SOURCE : lire la Suite Veuillez Cliqué ICI
http://www.edouardglissant.fr/bibliographie.html#ANCHOR_Text5 -
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photos : Jean-Marc Etifier
 
Edouard GLISSANT
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FRANCE-MARTINIQUE-LITERATURE-GLISSANT-FUNERAL


A picture taken on February 8, 2011 shows the coffin and a painted portrait of late French Martinican poet Edouard Glissant, who died on February 3, 2011 during a mourning ceremony in Le Diamant, southern Martinique, in the French West Indies. Born in Sainte-Marie, Martinique, on Sept. 21, 1928, Glissant was among the generation of French Caribbean poets who came to prominence in the 1950s and included the late Aime Cesaire. Glissant published more than 20 books, including collections of poetry and critical analyses. AFP PHOTO / PATRICE COPPEE
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Traduire Français
FRANCE-MARTINIQUE-LITTÉRATURE-GLISSANT-FUNÉRAILLES.

Une photo prise sur 8 février 2011 montre le cercueil et un portrait peint du poète fin de français martiniquais Edouard Glissant, décédé le 3 février 2011 lors d'une cérémonie de deuil dans Le Diamant, southern Martinique, dans les Antilles françaises. Né à Sainte-Marie, Martinique, le 21 septembre 1928, Glissant était parmi la génération des poètes français Caraïbes qui s'est fait connaître dans les années 1950 et inclus la fin Aime Cesaire. Glissant a publié plus de vingt ouvrages, notamment des recueils de poésie et d'analyses critiques. AFP PHOTO / PATRICE COPPÉE

Edouard Glissant : Monsieur Tout-Monde
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Edouard Glissant : Monsieur Tout-Monde

vendredi 19 novembre 2010, par Emmanuel Lemieux

Tags : Créolisation , Edouard Glissant , Gallimard , Institut du Tout-monde , Lise Gauvin

Édouard Glissant est un intellectuel du nouveau monde à l’oeuvre, celui de la pensée « archipélique » et de la diversité dans la mondialisation.
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Dans L’imaginaire des lagunes, utile livre d’entretiens avec la romancière québecquoise Lise Gauvin, qui vient de paraître chez Gallimard, Edouard Glissant forge son optimisme quand à l’avenir de la fonction d’écrivain : " C’est vrai qu’il y a eu déperdition de la chose littéraire avec l’apparition des éclats médiatiques, mais je crois qu’on y retournera. De même qu’on retourne à cette idée qu’il faut nettoyer quelque chose de la planète, on retourne à cette idée qu’il faut écouter la voix des écrivains. Cela ne leur procure aucun statut particulier, aucun avantage de fonction, mais leur crée, comme on dit, des devoirs nouveaux, qui sont, et sont uniquement, de littérature."

Edouard Glissant, doyen des intellectuels martiniquais, s’est toujours mêlé de ce qui le regardait, c’est-à-dire des affaires publiques, c’est-à-dire des affaires qui concernent tout le monde et chacun d’entre nous. Natif de Sainte-Marie (Martinique), Édouard Glissant (1928) se décrit comme un écrivain de langue française, plutôt que comme un auteur francophone. Et c’est dans cette langue qu’il détrousse les lieux communs et fourbit des outils poétiques comme la créolité, la pensée archipélique, le tout-monde.

C’est en 1946 que l’étudiant en ethnographie au musée de l’Homme et en philosophie à la Sorbonne découvre la France et ses paysages au carré. Indépendantiste – et interdit un temps de séjour aux Antilles de 1959 à 1965 –, auteur à ce jour d’une cinquantaine d’ouvrages (essais, romans, poésie), dont un prix Renaudot 1958 (La Lézarde, Gallimard), il a été aussi rédacteur en chef du Courrier de l’Unesco, et est professeur en littérature française à la City University de New York.

En 2006, le président Chirac l’a chargé de mission pour la création d’un Centre national de la traite et de l’esclavage. Le poète et philosophe, amateur de William Faulkner, a créé à Paris, l’Institut du Tout-monde en 2007, pour « faire avancer la connaissance des phénomènes et des processus de créolisation, et contribuer à diffuser l’extraordinaire diversité des imaginaires des peuples. » C’est dans cette matrice intellectuelle que se forge la vision séduisante d’Édouard Glissant, celle du « Tout-monde » travaillé par la créolisation. Il rencontre un écho certain chez des indépendantistes et des écologistes, mais pas qu’ici. Il est aussi très écouté de New York à Tunis en passant par Madrid et Tokyo pour ce qu’il a à dire du monde, qu’il façonne en imaginaire autant qu’il en est façonné, et de la recomposition des identités dans le contexte de la mondialisation. La France l’écoute et le lit un peu moins. La France a toujours autant de mal à concevoir sa créolisation.

Dans toutes les langues du monde

« J’écris en présence de toutes les langues du monde. Elles résonnent des échos et des obscurités et des silences les unes des autres », écrit-il dans sa Philosophie de la Relation (Gallimard), un texte poétique mais aussi un essai politique : ces mots-là convoquent les relations humaines, sociales, et les utopies durables. Édouard Glissant n’est pas un intellectuel insulaire, mais « archipélique » : décentré et métissé. Dans ses prises de position politiques et ses textes, il veut convaincre que l’archipel, entité géographique, peut fonctionner comme métaphore utile pour ce qui concerne des réformes nécessaires, celles d’un nouveau regard pour le nouveau monde à l’œuvre. Qu’il s’agisse de la culture, de la littérature, des relations humaines et bien entendu de la politique et de l’économie. Indépendantiste martiniquais mais aussi penseur du monde, Édouard Glissant fait l’éloge des petites nations, des micro-pays. Il en est certain, de là surgira, dans ces nœuds complexes de relations concentrées, le nouveau souffle du monde. Résonne également sa notion de « créolisation » qu’il préfère à la « négritude » d’Aimé Césaire. Cette identité-là est ouverture et non pas fermeture.

« Pwofitasion » et « lyannaj »

2010 remue encore des conflits sociaux qui ont frappé les sociétés ultra-marines. « Contrairement à ce que laissait entendre le silence de la Métropole, les peuples de Guadeloupe et de Martinique, depuis trois cents ans, n’ont cessé de se révolter. Il y a eu des massacres, des fusillades et des répressions que les Français de la Métropole n’ont ni vus ni entendus, explique Édouard Glissant. Une histoire s’est pourtant formée là, et que l’on aurait pu connaître depuis longtemps. En 1981, j’essayais de la décrire dans un essai, Le Discours antillais (Gallimard, poche 1997 – ndlr), qui n’a suscité aucun écho dans l’opinion française, ni d’ailleurs par ici. »

Le mouvement sans précédent dans les Antilles, de janvier à mars 2009, qui est parti de la Guadeloupe, puis a entraîné la Martinique, la Guyane, et au loin la Réunion, s’appellait « Lyannaj kont pwofitasion ». « Les médias se sont attardés, s’agisant de ce LKP, sur pwofitasion, mais beaucoup moins sur lyannaj. La pwofitasion est la source de la colère, le lyannaj, ce qui allie, lie et relie cela qui était désolidarisé. La dynamique du lyannaj nous rappelle la solidarité non discriminante du rhizome, tel que considéré par Deleuze et Guattari. Aux Antilles, le discours porte certes la marque composite d’un syncrétisme des cultures. Les mots bougent comme l’argile, se transforment, s’inventent sans cesse et disent un monde nouveau. Le créole n’est pas une langue fixée en toutes choses. Il faut savoir écouter ses glissements de sens et les formations poétiques de ses mots. » Ces mots-là, « pwofitasion » et « lyannaj », viennent de loin et ont précédé puis symbolisé une colère mais aussi un espoir inédits aux Antilles. »

Produits de « haute nécessité »

Édouard Glissant a corédigé avec Patrick Chamoiseau et des intellectuels antillais, un manifeste « pour les produits de haute-nécessité » Que disent-ils ? « Qu’aux Antilles, nous avons besoin, tout autant que du souci du panier de la ménagère à prix enfin vivable, d’utopies où le politique serait en premier lieu un art qui installe l’individu, sa relation à l’Autre, au centre d’un projet commun. Ce sont ces produits de nature politique, intellectuelle, spirituelle, que nous appelons de « haute nécessité ». Les premiers de ces produits concernent la fin de l’irresponsabilité collective dans la vie du pays, l’appréciation de la « gratuité » (s’éloigner des obsessions du profit), qui entraîne aux actes partagés. Les Antilles, avec la créolisation, tout comme de nombreux « lieux » de notre univers, sont bien équipées pour aborder le nouveau cadre moderne des relations et des contacts, dans ce que j’appelle le « Tout-monde ».

Le Tout-Monde chez Glissant est fait de l’épaisseur des langues. « Nous sommes tous multilingues aujourd’hui, même si nous ne savons pratiquer qu’une langue ! On ne parle plus vraiment sa propre langue comme autrefois, de manière monolingue, car on n’ignore plus qu’il y a bien d’autres manières d’exprimer les choses. Notre sensibilité à la mondialité a créé un nouvel imaginaire, une nouvelle poétique de la Relation. Je peux saisir le sens, et m’émouvoir, d’une déclaration dont je ne comprends pas la langue. » L’intellectuel martiniquais décrit le monde, même sous la régie de la mondialisation économique, comme un tissu de mondes infinis et de détails enlacés.

« Ce n’est plus ce bloc de cinq continents, de quatre races, et de quelques grandes civilisations et mythes unificateurs, qu’on nous a enseignés. Nous sommes entrés dans son infini détail. Nous vivons des relations indémêlables, un lyannaj de cultures, des rhizomes d’identité, une multiplicité incessante. Pour moi, ce processus du Tout-monde est inextricable, on ne peut en dégager le chemin de manière claire et immédiatement efficace. Le monde n’est plus seulement un ensemble d’États-nations qui se juxtaposeraient, s’opposeraient et en même temps, tendraient tous vers un objectif commun, la domination universelle. Ce monde-là se renforçait dans les grands mythes unificateurs qui faisaient le ciment des nations et la calamité collective des guerres et des conquêtes. Au contraire, le « Tout-monde » que nous commençons à peine à découvrir, en nous et autour de nous, est semblable à un tissu vivant, non de semblables qui s’opposent, mais de différences qui s’accordent. » Le « Tout-monde » a besoin d’une nouvelle philosophie de la Relation, « où l’on ne chercherait pas le semblable, mais le différent ».

Changer en échangeant

L’avenir du monde est archipélique. « La France, dans son expansion, a eu le génie d’imposer ou de suggérer des formes variées d’acculturation. Sa culture incline et sa politique force à imposer l’assimilation. Elle n’a pas pu le faire en Indochine et en Algérie, mais durant des décennies, les Antilles moins résistantes (moins étendues, moins peuplées, moins ancrées dans des traditions millénaires, moins pourvues en richesses naturelles) ont subi une tentative d’assimilation intégrale. Cette assimilation française nous a démunis, tous, face au « Tout-monde ». C’est le métissage et, plus avant, la créolisation, qui soutiennent la fraternité à l’ère de la globalisation, et non plus l’idéal républicain donné comme valeur universelle. Je le propose depuis longtemps : « je peux changer, en échangeant avec l’Autre, sans me perdre pourtant ni me dénaturer. »

Comment retrouver du lyannaj ? « Notre problème et notre travail communs, anciens colonisés comme anciens colonisateurs, est de soulever les valeurs non contraignantes adaptées à ce monde pluriel qui, pour moi, est un archipel. » Il croit à la force des petits pays, et à leurs frontières : plus il y aura de vraies frontières, plus il y aura de points de passage entre nous tous. Les frontières de Glissant ne constituent pas des murs infranchissables, ni des barrières indignes. Les vraies frontières ne séparent pas pour distinguer, elles distinguent pour relier. « Comme il y a eu des États-nations, il y aura des Nations-relation. » explique-t-il.

Il en est sûr, les petites unités sont l’avenir du Tout-monde. Créer mille « lieux » plutôt que deux cents : « cela permet, grâce à une différenciation grandissante, de produire de l’inédit là où l’on voudrait imposer avec plus ou moins de brutalité, une uniformisation globalisée de la consommation, de l’économie et de la culture. La pensée archipélique autorise et renforce tout ce qui est diversité. » Or, cette année, la métropole et la République « une et indivisible » ont reçu un écho inédit de la part des Antilles. » La poussée des prix du pétrole et des produits de première nécessité, le rétrécissement permanent des salaires, ont déclenché le mouvement LKP, qui a rappelé aussi aux Antillais « que nous avons d’abord la nécessité de nous vivre comme tels et d’en soutenir la responsabilité. C’est bien là une révolution ».

Édouard Glissant recommande plus de contrôle de la part des ultra-marins. « Comment pourrions-nous par exemple organiser cette vie autonome, si nous ne contrôlions pas de près les circuits de l’import-export ? Plus, il faudrait nous penser dans notre environnement des Amériques, pour faciliter notre auto-suffisance alimentaire et énergétique. »

La créolisation n’est pas à confondre avec le métissage, c’est la leçon américaine de l’élection de Barack Obama. « D’ailleurs les États-Unis sont faiblement métissées en comparaison du Brésil et des pays de la Caraïbe, analyse Edouard Glissant. Cela n’a rien à voir non plus avec le multiculturalisme, le melting-pot ou encore l’hybridation. La créolisation réintroduit la réelle multiplicité du peuple des États-Unis qui n’est pas seulement blanche ou noire, mais également latino, coréenne ouasiatique – populations qui ne sont pas encore « métissées ».

Mais l’élection de Barack Obama à la présidence de la république aura été inattendue dans un pays où toute idée de rencontre et de mélange paraissait inconcevable, et était repoussée violemment par les populations blanche et noire. « Les Noirs se sont d’ailleurs et d’abord méfiés de ce phénomène politique qui n’était « pas assez noir » à leurs yeux. Barack Obama est inattendu parce que sa victoire électorale ne signifie pas seulement la victoire des Noirs, mais le dépassement de l’histoire du pays par le pays lui-même », affirme Édouard Glissant. « Cette créolisation concourt à l’évolution des sociétés modernes. Elle s’oppose aux poussées traditionnelles de l’exclusive religieuse ou étatique, à la prétention de suprématie raciale ou ethnique. Ce que j’appelle les processus de créolisation est cette combinaison des rythmes et des différences du monde. »

Les Antilles jouent ainsi avec des influences multiples, celles des visions insulaires, celles des cultures issues des plantations de la canne, du maïs et du piment, celles des héritages africains, hindous, amérindiens et européens. Le Tout-Monde tient dans une phrase d’Édouard Glissant : « Agis dans ton lieu, pense avec le monde. »

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Repères :

A lire :
■ L’Imaginaire des langues, entretiens avec Lise Gauvin (1991-2009), Gallimard, 14,90 euros.
■ Philosophie de la Relation (Gallimard)
■ Manifeste pour les « produits » de haute-nécessité (Éditions Galaade et Institut du Tout-monde), cosigné avec des militants martiniquais dont Patrick Chamoiseau,
■ Quand les murs tombent, et L’Intraitable beauté du monde, adresse à Barack Obama, Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, Galaade et Institut du Tout-Monde.
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SOURCE : ARTICLE DE
http://www.lesinfluences.fr/Monsieur-Tout-Monde.html
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3 février 2011
L’hommage de Raphaël Confiant à Edouard Glissant


Après le décès de l’écrivain Edouard Glissant à l’âge de 82 ans, voici l’hommage que lui rend l’un de ses pairs, et non des moindres, Raphaël Confiant.


Chronique du temps présent

Souvenirs du Tout-monde…

Seuls les voyages ont le pouvoir de faire se rencontrer les écrivains. Hors de leur lieu d’origine, ils cessent soudain d’être des gens renfermés et égocentriques. Je n’ai pour ma part rencontré Edouard Glissant que très rarement à la Martinique, mais dans ce qu’il a appelé le « Tout-monde », oui, nous nous sommes souvent vus. Contrairement aux artistes (musiciens, chanteurs etc.) ou aux sportifs, les écrivains ne gagnent pas d’argent ou très peu. Leur seul privilège est de pouvoir voyager un peu partout sans avoir à débourser quoi que ce soit, alors nous en profitons. Les souvenirs les plus forts que j’ai de cet immense écrivain se situent donc forcément hors de notre terre natale, quoique partout où nous allons nous n’avons cesse de parler d’elle, d’évoquer son histoire tragique, sa langue et sa culture déclinantes, l’impasse politique dans laquelle elle se trouve depuis un demi-siècle.

Edouard Glissant fait partie des trois écrivains (avec Aimé Césaire ou Frantz Fanon) qui ont réussi cette chose extraordinaire : faire exister la minuscule Martinique sur la carte du monde. Connaissez-vous la république autonome du Borchkhotorstan ? Non, je suppose. Elle est pourtant plus vaste que Cuba et plus peuplée que la Jamaïque et fait partie de la Fédération de Russie. Alors, Glissant, au début, m’intimidait.

Jusqu’à ce que je découvre un grand…timide. En tout cas à l’oral d’où peut-être son élocution lente, voire hachée. A l’écrit par contre, sa parole est d’une majesté qui en impose. Je me souviens que lors du baptême du collège de Places d’Armes (Lamentin) à son nom, il avait souri lorsque, invité à prendre la parole, j’avais avoué avoir lu, à l’âge de 18 ans, trois pages de son fameux roman « La Lézarde » (Prix Renaudot 1958) et avoir refermé immédiatement l’ouvrage pour ne le rouvrir qu’à l’âge de trente ans. Pourquoi ? Parce que j’y avais découverte une écriture si puissante que je m’étais dis que si jamais je m’y enfonçais, si je continuais à lire l’ouvrage, jamais je ne pourrais devenir écrivain à mon tour.

Cette écriture n’a jamais cessé de m’impressionner, même si, comme je l’avouais à Glissant, j’avais cessé de la comprendre. Autant ses essais me semblaient limpides, autant ses romans, à partir de « Malemort » (1975), m’ont paru de plus en plus hermétiques.

LOUISIANE

Glissant est le premier, dans la sphère francophone en tout cas, à avoir analysé (et célébré) le processus de créolisation qui a donné naissance à nos sociétés, prenant congé d’un seul coup ce qu’il appelait nos arrière-mondes à savoir l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Mais prendre congé ne signifie nullement rejeter ou renier comme insinuent certains esprits obtus, mais tout simplement vouloir habiter son lieu et son histoire.

Chercher à exprimer sa propre parole. Que nous le voulions ou nom, notre lieu de naissance est l’Habitation. C’est dans l’enfer esclavagiste que nos ancêtres se sont peu à peu redressés, qu’ils ont cessé d’être des sous-hommes ou des bêtes de somme et qu’ils ont créé de toute pièce une nouvelle langue et une nouvelle culture pour devenir des êtres humains à part entière. « Créole » vient du latin « creare » qui signifie « créer ».

Tout cela Glissant l’exprime et l’expose dans des analyses, brillantes, parfois géniales, qui déroutent l’universitaire pur jus. C’est que sa pensée fonctionne tout à la fois avec des concepts et des métaphores, ce qui est mal vu de l’institution académique où seul le concept, dit scientifique, a droit de cité. La métaphore, elle, est laissée aux poètes. De plus, Glissant avait cet art magistral qui consiste à emprunter des idées, à les retravailler et à les recycler de manière souvent fulgurante sans toujours…citer ses sources. Autre motif d’agacement des universitaires pour qui la bibliographie est un élément fondamental de leur démarche.

Nous en riions et nous chamaillions tous les deux chaque fois que nous nous rencontrions, lui défendant bec et ongles sa manière de faire, moi, privilégiant la manière universitaire. Et cela jusque sur les bayous de Louisiane ! Ces mangroves magnifiques aux mille entrelacements qu’en 1991, alors qu’il était directeur du Centre d’Etudes Francophones de l’Université de Bâton-Rouge, il nous invita à parcourir, à l’occasion d’un colloque sur le système de plantation. Chaque soir, ce dispendieux, cet homme au grand cœur, tenait table ouverte, dans sa maison située au bord d’un lac et nous, les participants au colloque, l’entourions comme s’il avait parole d’oracle. Un jour, en débarquant sur la terre ferme, nous vîmes une boutique, au sens créole du terme, perdue au fin fond des bayous.

Une boutique comme en en trouvait jadis dans la campagne du Lorrain ou de Sainte-Marie. Elle avait pour enseigne : « CREOLE BELLE ». Se tournant vers moi, Glissant me lança, souriant énigmatiquement comme à son habitude : « Ou wè ! ». mais il n’était pas pour autant un partisan acharné de l’écriture en créole et critiquait sévèrement la graphie du GEREC.

Pour lui, il fallait laisser cette langue vivre librement, dans son imprévisible et sa fulgurance, non l’emprisonner dans les rets de l’alphabet. Evidemment, auteur de cinq livres en créole, je n’étais absolument pas d’accord avec pareille idée. Je trouvais que Glissant sous-estimait trop l’effrayant processus de décréolisation qui commença à affecter nos sociétés à compter de la fin des années 60.

POETIQUE CREOLE

L’auteur de « Malemort » préférait partir à la recherche de ce qu’il a appelé « la poétique créole » c’est-à-dire cette manière particulière que nous avons, en tant que peuple, d’organiser notre discours, d’élaborer une rhétorique qui nous est propre. Et cette poétique forgée dans l’oralité, dans les contes, les « titim », les chants mais aussi la parole quotidienne devait pouvoir irriguer notre écriture en langue française, contraints que nous étions d’utiliser cette langue au stade historique où nous nous trouvions.

Cette quête glissantienne produit à la fois une langue superbe et des textes profonds quoique énigmatiques. On peut prendre plaisir à lire Glissant sans tout comprendre, même quand on est Antillais. C’est souvent mon cas. Je me suis d’ailleurs toujours demandé comment faisaient les traducteurs de son œuvre. Lorsqu’il reçut le prestigieux Prix Puterbaugh en Oklahoma (Etats-Unis), j’étais à ses côtés dans cet état où toutes les tribus indiennes chassées par la conquête de l’Ouest étaient venues s’échouer.

Et, c’est non sans une incrédulité et une admiration sans bornes que j’ai pu voir des universitaires étasuniens, anglais, canadiens, allemands, sud-américains et même un Letton décortiquer son œuvre comme si celle-ci était d’une évidente luminosité. Quand je faisais remarquer à Glissant que ces gens le comprenait mieux que moi je ne l’aurais pu, il me rétorquait en riant, de sa voix légèrement féminine (mais non pas efféminée) : « Ou two kouyon ! » (Tu es trop bête !). Plus sérieusement, il affirmait, non sans une certaine vantardise : « Mes lecteurs sont futurs ! ». Autrement dit, les Antillais ne comprennent pas mes livres aujourd’hui, mais leurs petits-enfants oui ! J’étais, pour ma part, sceptique quant à une telle prédiction.



TRAJECTOIRE

Glissant n’était pas qu’un intellectuel et un écrivain. C’était aussi un militant de la cause nationale Martiniquaise qui fut arrêté à l’aéroport du Lamentin et gardé à vue lors de l’affaire de l’OJAM (1965). Avant cela, en 1958, lorsqu’il obtint le Prix Renaudot pour son roman « La Lézarde », il se rendit au quartier Plateau Didier, habité entièrement à l’époque par la caste békée, et fit l’acquisition d’une imposante villa qu’il transforma en école : l’IME (Institut Martiniquais d’Etudes). Lorsque le vieux Béké ruiné, qui vendait sa maison, vit ce jeune Nègre trentenaire frapper à sa porte et lui dire qu’il se portait acquéreur de sa maison, mise en vente depuis peu, il eut un sourire de commisération.

« Ce n’est pas dans vos moyens, mon bon ami… » fit-il à Glissant ignorait à qui il avait affaire. Donc, Glissant aurait fort bien pu devenir fonctionnaire de l’Education Nationale Française et toucher les 40%. Il a préféré utiliser l’argent de son prix littéraire pour monter une école (qui existe encore aujourd’hui) laquelle récupéra des années durant les exclus du système pour en faire des élèves sérieux et plus tard des citoyens. Ceci mérite le respect ! D’où le caractère odieux des réactions qui suivirent l’octroi par le Conseil général et le Conseil Régional ce la Martinique d’une somme de 11.000 euros pour rapatrier Glissant, très malade, d’un hôpital étasunien très onéreux à un hôpital français. Quelles insanités n’a-t-on pas entendues sur certains sites-web antillais et dans les émissions « Coups de gueule » de diverses radios locales !

Que Glissant n’ai pas choisi de s’impliquer directement dans la politique martiniquaise ne signifie pas qu’il n’ait pas joué un rôle éminent dans notre prise de conscience collective.

Un intellectuel n’a pas forcément la fibre politicienne et Aimé Césaire aimait à rappeler que le Parti communiste était venu le chercher. Glissant, en élaborant le discours de l’Antillanité, nous a donné les armes théoriques pour nous ancrer dans une réalité dont nous avait détourné la francité et que la négritude englobait dans un monde trop vaste et de toute façon fantasmatique, le « monde noir ».

TOUT-MONDE

Directeur du « Courrier de l’Unesco » à Paris, puis professeur dans les universités de Bâton-Rouge et de New-York, Glissant, dans la deuxième partie de sa vie, fut en prise directe avec ce phénomène majeur qu’est la mondialisation ou globalisation. Il compris alors qu’il nous était désormais impossible de définir notre place dans le monde à partir de notre seule réalité caribéenne et insulaire, qu’il nous fallait de toute urgence élaborer une pensée qui nous permette de nous greffer à ce phénomène, de toute façon irréversible, sans pour autant nous perdre.

On n’aura pas assez souligné que cette pensée, connu sous le nom de « Tout-Monde », est une traduction de l’expression créole « Tout moun ». On n’aura pas assez souligné le fait que selon Glissant, l’archipel caraïbe avait été le lieu d’une première mondialisation au XVIIe siècle et que celle que nous vivons présentement n’en est que la deuxième. Ce qui signifie que nous, Antillais, sommes mieux préparés que tout autre peuple, à affronter les défis découlant de cette mise en rapport immédiate et brutale de presque toutes les langues, les cultures, les religions, brefs tous les imaginaires de la planète.

Ce faisant, Glissant tentait de nous sortir du face à face stérilisant « Martinique-France » et nous indiquait l’impérieuse nécessité qu’il y avait à nous penser en dehors de cette cage dorée à l’intérieur de laquelle nous dépérissons depuis un demi-siècle sans même nous en rendre compte.

Cette pensée du « Tout monde » n’aura pas été comprise par…tout le monde. D’aucuns y verront une désertion du combat national martiniquais, une dilution de notre pensée dans le vaste courant intellectuel occidental qui remet en question l’Occident ; d’autres, mesquins, y verront une tentative de se faire remarquer par le jury du Prix Nobel de littérature (il est vrai que Glissant a été neuf fois nobélisable). Moi-même, j’avais des réserves, mais d’une toute autre nature. J’étais perplexe devant une pensée__et Glissant n’est pas le seul concerné__qui s’élabore dans le ventre même de la bête, dans les universités yankees les plus prestigieuses et qui de ce fait, perdait peu à peu le contact avec la réalité du Tiers-Monde.

Trop de grands intellectuels antillais, africains, arabes, indiens et chinois délivrent leur savoir aux Etats-Unis où ils ont tendance à s’installer, souvent définitivement, et ne réalisent pas que les critiques qu’ils peuvent porter au système capitaliste étasunien, à la globalisation sous l’égide de Coca-Cola-Hollywood-General Motors sont tolérées par ledit système avant d’être digérées. Cela s’appelle « la tolérance répressive ».

GRAND ŒUVRE

L’écrivain Glissant a toujours travaillé au difficile. Loin des séductions de l’écriture tropicalisante ou du réalisme merveilleux.

Il a produit une œuvre exigeante, qui demande à ce qu’on fasse des efforts pour la pénétrer, qu’on paie même une sorte de droit d’entrée conceptuel. C’est là sa grandeur et son honneur. Cela en dépit des défauts, des incohérences ou des démissions que l’on peut trouver chez lui comme chez tout homme. Comme chez chacun d’entre nous.

L’homme physique n’étant désormais plus là, ne serait-il pas temps pour nous de nous plonger dans ses textes, de nous battre avec la prose touffue de ses romans, avec la profondeur parfois opaque de ses essais ? Glissant a quelque chose à nous dire que nous n’avons pas encore compris. Ce quelque chose n’est pas parole d’Evangile. Ni une vérité révélée.

C’est la Parole de nous-mêmes…

Raphaël Confiant
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Collège Edouard GLISSANT
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Collège Edouard GLISSANT

BP 283

97286 Le Lamentin Cedex 2


Le Collège - Présentation du collège
Créé au Lamentin en 1975, le collège de Place d'Armes a été 2 années durant (1973 à 1975) l'annexe du collège Petit Manoir.
Le nouveau collège a été inauguré le 15 décembre 2000, l'occupation effective des nouveaux locaux s'étant effectuée en Janvier 2001.
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C'est un établissement scolaire moderne, offrant aux élèves de bonnes conditions d'études, aux enseignants des équipements à la hauteur de leurs ambitions pédagogiques, à tous les personnels de bonnes facilités de travail.
Actuellement le collège compte environ 890 élèves répartis en 35 divisions :

30 divisions pour le collège : 7 classes de 3ème, 8 classes de 4ème, 8 classes de 5 ème et 7 classes de 6 ème.
4 divisions pour la SEGPA (Section d' Enseignement Général et Adapté)
1 ULIS (Unité Localisée pour l'Inclusion Scolaire)



Liste des classes


Les options proposées : Latin, DP3, DP6, Créole.
Les langues vivantes étudiées : LV1 Anglais, LV2 Espagnol, Allemand
Sections sportives : Handball, Football
L' établissement bénéficie également des services de :

1 médecin scolaire
1 infirmière
1 secrétaire médicale
1 assistante sociale
1 COP (Conseiller d'Orientation Psychologue)
1 assistante de langue étrangère (anglais)
1 assistante de langue étrangère (espagnol)
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Le Collège - Administration
LA DIRECTION

Le Principal : Mr CHAUMONO Marcel

Le Principal-adjoint : Mme RETORY Evelyne

La Directrice de la SEGPA : Mme MAUVOIS Patricia


POUR EN SAVOIR PLUS
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Voir l'inauguration du collège
EDOUARD GLISSANT :Bio-Bibliograhie express
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EDOUARD GLISSANT :Bio-Bibliograhie express

Edouard Glissant est né le 21 septembre 1928 à Bezaudin (Sainte Marie).Il a moins de deux mois, quand sa mère le prend sous le bras, traverse Sainte Marie, Gros Morne pour se rendre au Lamentin où elle s’installe.(voir « la Cohée du Lamentin « )Dès lors, il vit avec sa famille à la rue Ernest Maugée « dans deux petites pièces obscures,presque des cages de planches ».
Glissant grandit au Lamentin, et y fait ses études primaires.A neuf ans,il est enfant de chœur, « c’est là dit-il que j’ai fait l’apprentissage de la lutte des classes . Les enfants de chœur étaient payés :5 centimes pour un enterrement de 3è classe,10 centimes pour un enterrement de 1è classe « .
En 1938, Glissant entre au Lycée Schoelcher où il fait de brillantes études.A partir de 1940, il a comme professeur de lettres un certain Aimé Césaire qui réveille le Lycée de sa torpeur coloniale.
En 1943,il fonde avec quelques amis le Groupe Culturel Franc- Jeu « jeunesse militante, aux idées bouillonnantes, saturée de politique,de poésie,de littérature «. Ce Groupe a, entre autres particularités, d’avoir des membres ayant tous( à l’exception d’un seul)un surnom.Ainsi Glissant se surnomme Godbi, Georges Guannel Apocal ,Emile Anais Atikil,Stanislas Quitman Bikif, Laurent Ortolé Totol etc etc
Le 28 septembre 1946,quelques jours avant de regagner la France pour des études supérieures,Glissant prononce à la mairie du Lamentin, au nom du Franc-Jeu,un discours retentissant( Dépouillée,vaincue) qui frappe par ses qualités littéraires et aussi par l’insolence de son jeune auteur.
1946 :s’inscrit à la Sorbonne pour des études supérieures
1951 :obtient la licence de philosophie
Principales œuvres
Poésie
Un champ d’iles 1953
La terre inquiète 1955
Les Indes 1956
Pays rêvé pays réel 1985
Romans
La Lézarde 1958 Prix Renaudot
Le quatrième siècle 1962 Prix Charles Veillon
La case du commandeur 1981
Tout-Monde 1993
Théâtre
Monsieur Toussaint 1961
Essais
Soleil de la conscience 1956
L’Intention poétique 1969
Le Discours Antillais 1981
Poétique de la Relation 1990
Traité du Tout-Monde 1997
Edouard Glissant disparait le 3 février 2011 à Paris.Il est enterré au cimetière du Diamant en Martinique.
EDOUARD GLISSANT

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Personnages et Généalogie dans les romans d’Edouard Glissant

Joseph POLIUS

Les peuples ont besoin de mythes pour conjurer la mort, mais surtout pour organiser(codifier le symbolique, amarrer l’indicible) et constituer l’individu dans son vivre quotidien.
Ces mythes sont en effet la matrice culturelle ou magique, qui dans une communauté humaine donnée, pose une logique, une cohérence, entre naitre, vivre et mourir. Ainsi le mythe de l’Orun (le ciel) et l’Ayé(la terre) chez les Yorubas, ou le condomblé dans l’imaginaire baroque des communautés africaines du Brésil.
C’est peu de dire qu’Edouard Glissant s’est très tôt senti interpelé par la situation des Noirs victimes de la traite, arrachés de leurs terres, expulsés de leurs pratiques culturelles, amputés de leurs dieux ; et n’arrivant sur leurs différents lieux d’esclavage, au mieux qu’avec « des traces de cultures, des traces de dieux, des traces de langues »
Aussi, dès « la Lézarde », Edouard Glissant s’ est jubilatoirement évertué à bâtir une généalogie officielle et précise pour un peuple orphelin, mieux, pour des humanités vidées d’elles mêmes , congédiées de l’histoire, lobotomisées, frappée d’une déshumanisation que l’on a voulue définitive, puisque visant à chosifier en « biens meubles » , par définition hors toute cosmogonie culturellement repérable.Livre après livre, « vision prophétique du passée oblige », le poète a identifié, reconnu, nommé les hommes qui manquaient à l’histoire,puis validé des épopées,mis au jour aussi des lachetés, ou des existences remarquablement ordinaires.
Si Glissant fait de papa Longoué un modèle de résistance culturelle,une mémoire,un imaginaire vivant,une manière d’éternité d’homme qui ainsi s’assume, c’est toutefois ODONO(celui qui souffle sur les trois roches de feu) qui est l’Ancêtre fondamental.Il est l’un des premiers transbordés en terre antillaise, chef d’ailleurs d’une bande de premiers marrons.Il arrive en Martinique en 1715.Sa progéniture chemine par Eudoxie vers 1770, puis par Anatolie Celat en 1820, puis par Ceci Celat en 1835, et peut-être Ti-René Celat . Mais encore « le premier Béluse engendra Anne,celui-là qui avait tué Liberté le fils. Et Anne engendra Saint-Yves et Stéfanise, celle-là qui vécut avec Apostrophe, le fils du frère de l’homme que son père avait tué. Et Saint-Yves engendra Zéphirin. Et Zéphirin etc ». La descendance initiale d’Odono se capillarise donc , en une imposante arborescence qui traverse ,plusieurs familles, tout le 20 ième siècle, et se territorialise sur une multitude d’habitations du pays.
A travers une saga « en débouler de feu », Glissant recrée à la manière africaine , une mythologie partageable, et tente ainsi de « renforcer la mémoire de tous », en sorte que le « peuple garde la trace de sa route ». Chaque Martiniquais dès lors,peut valablement se positionner dans un arbre généalogique complexe certes,paradoxal parfois,mais hautement crédible.
Avec les Odono, Longoué, Béluse, Targin etc, nous avons là, les ascendants qui ont labouré pour nous le pays de l’Avant. C’est ainsi que nait notre COMMENCEMENT, notre seconde Genèse(Digenèse dit l’auteur).
Le passé ainsi transcendé, grâce au fil retissé des origines, ouvre donc à l’audace de nouveaux déploiements de nous-mêmes, vers des alchimies humaines vertigineusement inédites.

Des Personnages hors généalogie

Dans un univers romanesque largement marqué par la quête de mémoire,où de surcroît aucun des protagonistes n’est là par hasard ,on est légitimement étonné de croiser des personnages hors généalogie, sans lien aucun avec les ancêtres emblématiques. C’est d’abord le cas de « ceux du Franc-Jeu » : les Apocal,Godby,Babe-Sapin,Atikil,Totol, Macaron,Sonderlo,Chine, Biquif,Prisca, etc ,tous grands connaisseurs de l’écosystème lamentinois, tous praticiens de la Lézarde, de ses rives, ses courants, ses sangsues…Tous intuitivement dépositaires d’un savoir que l’on ne sait pas nommer.
Cette cohorte de compagnons lumineux,avance dans l’œuvre de Glissant en fugacité suave(la Case du Commandeur),en dires mystérieux(Tout-Monde),ou en gouverneurs d’une nature fantasmée et immensurable,où adolescents, ils ont ensemble appris « à fréquenter le temps »,malgré selon Apocal, « ces lieux chargés » (Ormerod)
Essayons de comprendre comment ces personnages, dont Glissant parle avec tendresse et connivence,arpentent dans le halètement des utopies,le paysage narratif du poète.Trois constats sont à mon avis à considérer :
1)c’est tout d’abord le
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Edouard Glissant

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Patrick Chamoiseau
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RECITATION POUR ED


L’AFFECTUEUSE REVERENCE

par Patrick Chamoiseau



Cher Maître, la Lézarde du pays réel a traversé la contrée des rocailles, notre vieille vallée des larmes, notre allée des soupirs, elle a connu sans rémission le delta des ravages, l’océan des douleurs, puis de l’autre connaissance du pays des sans chapeau…

Mais la lézarde du pays rêvé n’a jamais quitté les mornes, elle n’a jamais cessé d’arpenter les hauteurs où l’ombre et la lumière dont d’une même intention, et jamais déserté la vigilance des cimes –– c’est par cette exigence qu’il lui a été donné d’irriguer le pays, en fondocs et racines, de fréquenter le long secret des acacias, l’éternité des très vieux acomats, les soifs de la rocaille du côté des Salines, et cette angoisse qui sert d’humus aux bois sans chaînes des nègres marrons. Et c’est au vif de cette topographie devenue éminente, ces cannes à sucre et ces vieilles cases, la ruine des grandes usines, squelettes de Bitation, qu’elle a tramé une claire vision du monde, qu’elle a ramené le monde à l’alchimie du lieu, qu’elle a versé le monde aux circulations souterraines de l’igname et des bleutés de la dachine, si bien que pas une seule poussière de ce petit pays, pas une maille de ses misères ou de ses tragédies, n’a pu nourrir le moindre enfermement, un quelconque renoncement, toujours l’espérance la plus haute, toujours le soleil même fragile de la plus haute conscience, et c’est parce que son eau était de poésie, ses doums et ses bassins, de poésie toute pure, qu’elle a su faire vision, dégager des futurs, confier aux pupilles en alerte le scintillements des avenirs.

La lézarde a aussi enfanté des poètes – t’a distingué poète – ; de Sainte Marie à Lamentin, des Salines au Diamant, elle a laissé des souvenirs et toutes ces traces dont la fragilité forge la résistance, et dont la brièveté éternise la durée, je vois, je vois l’émotion dans les hauteurs de Bezaudin là où la case originelle a disparu, je vois cet amour du Lamentin au cœur des flèches violettes, dans les panaches maintenant invisibles des longues cheminées, je vois cette écoute attentive des usines (jadis féroces) avalées par la rouille, je vois aussi la plage ardente qu’il fallait chaque matin déchiffrer, et la confession du sable noir qui filtrait des volcans oubliés pour renverser la blancheur des coraux, je vois les bains avec la chaussure bleue, et le punch à préserver des mouches, le carême qui asphyxie le vieux ventilateur, le poisson rouge à écailler pour le bon court-bouillon, et j’entends encore cette célébration renouvelée du tinen et du djol polius, cette justice toujours rendue aux bonda-man-jacques jaunes, et les colères, les mauvaises foi, et l’amitié, et les indignations, et encore les colères, et toujours l’amitié, et surtout cette tendresse exigeante, flagellante et toute pleine d’oxygène, qui forçait le gibier à conserver le cap, sans une flatterie ni un seul compliment, avec juste la manière du commandeur sublime.


Maintenant, cher Maître, j’ai l’impression qu’un acoma de cent mille ans s’est effondré, qu’à Sainte-Marie, qu’au Lamentin, et qu’ici au Diamant, et même dans chaque parcelle de cette fixe tragédie qu’est le pays réel, un pan de paysage s’est laissé envahir par cette brume des déroutes que craignent les pêcheurs, et qu’il y a une solitude irrémédiable qui accable le guerrier –, mais je sais aussi que wè mizè pa mô, que les vérités meurent mais que le vivant reste, et donc que l’acoma n’a jamais été aussi puissant, sa grande livrée frémit déjà sous l’alizé de ces futurs qui nous sont pour l’instant impensables, que les obscurités des paysages énigmatiques vont désormais non pas se dissiper, non pas se dire ou même se dévoiler, mais au contraire s’offrir à ces éblouissements très lents qui changent l’imaginaire, et qui constitueront à coup sur l’âme tutélaire de notre pays rêvé. Tant de richesses nous ont été données. Tant d’humanité, de puissance poétique, d’océans visionnaires, que nous n’avons en vérité perdu que l’aptitude à en jauger l’ampleur, et que nous sommes plus que jamais appelés à connaissance, à devenirs inarrêtables, entre sources et deltas, de cette mer qui diffracte l’atavique aux cheminements tremblants et composites qu’offrent les archipels. C’est la grâce des poètes que de ne pas mourir. Leur poésie fascine tous les espaces et conditionne le temps, elle leur offre le lit de ces feuilles qui guérissent dont ils ont su le rêve, et ces petits hôtels où l’amour se retire, et ces villes invisibles où l’errance fait soleil, et tout un monde tissé comme une région nouvelle, une région de jeunesse, à même l’inextricable du monde. Et comme ils ont vécu de cette célébration, que leur âme (ce très pur souffle du rêve) était de poésie, qu’à chaque répit de la souffrance filtrait la poésie, leur vie même s’est transmutée mythologie de poésie – depuis le voyage initial par les descentes de Bezaudin, jusqu'aux guerres anticolonialistes, l’avion pourri de Ben Bella, le couscous délavé par la sueur, ces belles aux shorts serrés qui à Cuba portaient la mitraillette, et puis Racine qui donnait la leçon et l’injure Ce n’est pas les Troyens mais c’est Hector que l’on poursuit, tous ces récits et tous ces rires, et cette vigilance qui savait s’indigner contre le retour incessant des ombres et des vieilles barbaries. Poésie encore, poésie toujours, poésie jusqu'au bout, qui fait que la jeunesse du poète n’est affectée d’aucune douleur ni altérée d’une disparition. Son corps seul, son corps seul, comme un rempart, un bouclier qui pleure et qui chante en même temps, et qui fait stèle en demeurant. Il nous reste à lire les poèmes, tous les poèmes dont nous lestons nos chairs, les lire dans toutes les langues, dans le concert des amitiés et des langages, avec la complicité des musiciens et des conteurs, et la solennité malicieuse des flambeaux. Nous voilà en grande peine au tiret des tristesses, sur la stase d’une virgule insondable des douleurs, pourtant voici quand même venu le temps de la joie poétique, de cette foudre qui ne frappe qu’en amour et beauté, qui nous change dans l’échange, et qui relie, et qui relaye, et qui relate infiniment.

Cher Maître, j’aimerais pouvoir chanter, et me trouver une allégresse, et rire encore de la vallée des larmes, et ramener le comique de l’allée des soupirs, – mais il est quand même difficile d’envisager que plus personne ne te verra filer un pas de biguine à la manière ancienne, ou marier le citron et le sucre dans les cinquante degrés de la fraternité, – là se trouve la grande peine, là se tient la déveine la plus folle, celle qui n’a pas de paupières et qui nous fixe maintenant,– nous n’avons que la ressource d’en faire une beauté,
et dès lors j’imagine la Lézarde…

… J’imagine la lézarde…

… elle dévale sans quitter les hauteurs, je vois ses eaux refléter les magnolias de Faulkner, la rose de porcelaine qui jamais ne se brise, le sourire de Paul Niger au-dessus de l’avion, je vois Priska, Tikilik, Apocal, l’impatience coléreuse de Fanon, l’Annonciation considérable que signifie Césaire, ces Indes inattendues qui surprirent Saint John Perse, et le jasmin de Nedjma parmi les acacias, et le coucher de soleil sur la femme du Diamant, je vois Carthage et Carthagène, Wilfredo Lam dans sa jungle verticale, et Matta, Cardenas et Ségui, et ce bon Segalen qui déchiffre l’errance, je vois même Mycéa dont aucun mot n’a su nous rendre compte, et si le vent souffle, et que l’arbre du voyageur commence à me parler, cet arbre que tu as ressuscité lors du dernier cyclone, s’il te nomme (on me l’a dit) « âme vivante du monde », et que tout un peuple de fromagers en assume l’écho, je leur dirai qu’il est probable que tu refuses ce signe, ou cet insigne, mais que moi pour ma part, j’ai donné révérence depuis le chant du pipiri, et que depuis je n’ai jamais cessé, que la révérence a été affectueuse, et que maintenant comme pour les vents qui viennent l’affection, toute l’affection, restera révérente.

Patrick CHAMOISEAU
Hommage prononcé lors de la veille culturelle,
à l’Anse Caffard, au Diamant, le 08 02 2011.



Ernest Pépin
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POUR EDOUARD GLISSANT


Tant de paroles offertes aux mains du monde
Remaillées aux fleuves souterrains
De grands chaos nous guettaient en bordure de nos îles
De grands rêves soulevaient nos vagues
Et enfouissaient les mots sous les sables du monde

Voici que pleurent les filaos

Nous avons passé le seuil des Indes
Passé le seuil des syllabes inconsolées
Car nul n’est à l’abri du silence
Et la vie est toujours un piège qui recommence
Et ce que nous habitons c’est la pensée du monde

Ivresse des mots
Malemort des mots
Nous sonnerons les pluies métisses
Nous ameuterons la Lézarde
Car
Nous sommes un peuple de traces prophétiques
De paroles dénouées

De paroles volées au mur de l’horizon
Et le conte en nous a toujours fait sa ronde


Pays fêlé et de mers dilatées aux flancs du monde
Nous en savons l’usage et le boucan de soleil noir

Le balan du souffrir
L’allégresse des argiles
La roche ingouvernable aux portes des rivières

Pays de sel

Le poète a jeté les dés des secrets
Tapissé le gouffre de nos lumières
Et défroissé les midis de la mer
Naissance des naissances
Le poète fait foule
Et sa mort justifie le soleil des consciences

Chacun inventera ses mots
Chacun sondera son propre sel
Allumera

Sa propre bougie
Sa propre étoile
Pour mieux se souvenir que
Le ciel s’est incliné pour ramasser sa lumière
Mais il nous appartient
Son rêve nous appartient




Nous garderons l’empreinte du Prince
Nous avons rendez-vous avec l’informulable
Sa parole

Est un siècle
Une jungle en veilleuse
Ame inquiète du monde
Un archipel aux yeux d’éclipse

Sa parole
Tant de soleils déménagés
Tant d’océans bouclés aux chevilles des racines
Tant de villes enjambées
Tant d’étoiles déterrées
Je parle au nom d’un poète
D’une écriture totale et totalement indélébile

Et je regarde mûrir l’horizon
Et je demande l’hospitalité du Tout-Monde
Et je plante un acomat
Et je ceins le rocher du Diamant
Qui emprunte ton visage à venir
Cette louange couronnée d’oiseaux marins
Ce gardien royal inspiré par tes songes
Et dans ce lieu
Où la pierre se fait flamme
Dans ce lieu de beauté intraitable
Je regarde passer l’âme du monde
La belle parole du monde



Ernest Pépin

Faugas le 04 février 2011

Par Manuel Norvat
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Monsieur Glissant

Par Manuel Norvat



Auteur d'une thèse en cours d'écriture sur l'œuvre d'Edouard Glissant, Manuel Norvat, met l'accent sur la tonalité phénoménologique de cette pensée polyphonique du Divers : une «philopoétique».


Ouvert à la diversité du monde, Édouard Glissant aura relayé à travers son œuvre une parole irriguée par la poésie : c'est-à-dire la création d'un langage, d'une musique. Sa maison, située au Sud de la Martinique, dans la commune du Diamant, concentre et diffracte, du bord de mer où elle se trouve, tous les lieux et tous les êtres qui lui sont chers. La joaillerie et le tragique des rouleaux d'écumes qui la lèchent, mais aussi les mousses des forêts subtropicales et subversives de la route de la Trace et tant d'autres paysages archipélagiques et continentaux, de villes et de campagnes, de fonds marins ou d'étoiles lointaines tourbillonnent grâce à lui jusqu'au vertige dans notre imaginaire, désormais relié à partir d'un lieu réel ou symbolique que nous pouvons choisir. Oui, les éléments qu'il a glorifiés semblent dire comme lui : «Vis dans ton lieu et pense avec le monde».
De La Lézarde à L'intraitable beauté du monde (écrit avec Patrick Chamoiseau), de Pays rêvé, pays réel, en passant par Le discours antillais, Poétique de la relation ou Les Grands Chaos - livres écrits comme autant de «redites en spirales» de sa poétique - il parlait depuis son lieu d'élection : la Martinique. Voilà que la mort a emporté ce poète du Divers, mais à présent la pensée d'Édouard Glissant nous habite plus encore que jamais. C'est pour cela qu'on peut, par-delà le corset des bienséances langagières, l'appeler, non pas «feu» ou «défunt», mais tout simplement Monsieur Glissant.
Le monde était la préoccupation privilégiée d'Édouard Glissant. Il l'exprima un jour en ces termes : «S'agissant de poésie et de politique, je crois avoir toujours obéi à un instinct qui me portait d'abord à considérer que l'objet le plus haut de la poésie était le monde : le monde en devenir, le monde tel qu'il nous bouscule, le monde tel qu'il nous est obscur, le monde tel que nous voulons y entrer». Cet allant, ce goût pour l'altérité, puisque le monde tel qu'il est appréhendé par Édouard Glissant n'est qu'altérité ; ce souci du monde, de l'ouverture, du laisser advenir au lieu d'un enclos de soi, envahissait toute sa personnalité.
L'œuvre d'Édouard Glissant, résolument dégagée de tout entêtement identitaire ou essentialiste, s'attache à exalter la Relation qu'il a si bellement enrichie d'un nouveau souffle. Il l'exprime, au-delà d'une théorie qui relèverait uniquement du champ de la philosophie, par des formes multiples («de cri en paroles, de contes en poèmes») s'accordant au gai savoir, un savoir qui intègre la plénitude de la vie et la poétique d'un homme issu d'une culture de métissage parmi tant d'autres : la culture créole. Ainsi, les créations d'Édouard Glissant autour de la Relation, loin d'être logocentriques, étaient aussi marquées par des voyages et des rencontres inédites. En témoigne le livre sur l'île de Pâques intitulé La terre magnétique écrit avec sa femme, Sylvie.
Langage entre philosophie et littérature (ce que j'ai nommé une «philopoétique» dans la thèse que je consacre à son œuvre) le cheminement de la pensée et de l'écriture d'Édouard Glissant (son «soleil de la conscience») est passé par la phénoménologie. La formation philosophique et l'itinéraire intellectuel de cet auteur tend à favoriser ce parti pris. Ainsi, dans son livre Soleil de la conscience, le mot conscience est à considérer dans le cadre de l'approche phénoménologique. La phénoménologie est un discours anté-conceptuel de la conscience s'opposant à une Logique et à une Encyclopédie. La phénoménologie s'intéresse à l'être conscient de soi et du monde. Le monde : «la forêt de phénomènes» dont parlait Aimé Césaire dans la revue Tropiques. Dans ce monde parcouru de senteurs imprévisibles de lys sauvages et de jasmins, les réflexions et les créations d'Édouard Glissant ne se sont jamais détournées des histoires des peuples. Car sa poétique engageait aussi une politique.
L'homme était timide pour tous. Il déployait une rhétorique inquiète, laquelle à mon avis minorait sa voix puisque les échanges avec lui étaient ponctués de silences et d'écoute en grande complicité avec ses yeux mi-clos auxquels s'associait souvent son humour intarissable. Son œuvre m'a profondément marqué depuis ce long temps que je la fréquente. C'est elle, en effet, qui m'a mené à Victor Segalen, Saint-John Perse, William Faulkner, Kateb Yacine, Yves Bonnefoy et tant d'autres, comme autant de corrélats ou de ramifications de ma «glissantothèque». Son œuvre hèle aussi tous les arts de la création. Car pour Édouard Glissant la littérature n'avait pas de place privilégiée. Il créait avec Matta, Augustin Cárdenas, Victor Anicet, Jacques Coursil, pour ne citer que ceux-là, inséparables de sa parole. Mais aussi ses lecteurs : Alain Baudot, Bernadette Cailler, Lilian Pestre de Almeida, Jean-Pol Madou, Edwy Plenel, Loïc Céry, Raphaël Lauro, Joseph Polius, Samia Kassab, José Hayot, ô répondeurs émérites.
L'un des hommages que j'ai pu lui rendre de son vivant fut par le rattachement de sa création fictionnelle à ma vie, puisque les prénoms de mes enfants proviennent de ceux de personnages glissantiens : mon fils Raphaël (qui faillit bien s'appeler Thaël) évoque le personnage de Raphaël Targin, et ma fille Mycéa, vient de celui de Marie Célat. La mort des personnages est impossible. Mathieu en est un fameux, recommencé.
Édouard Glissant nous rassemble depuis son cimetière marin.
Poète, à jamais.

 
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Actualités

Pour saluer Edouard Glissant

publié le 3 février 2011.


Nous l’aimions. Moi, l’équipe toute entière du festival, les écrivains qui en forment la famille, et le public qui, à chacune de ses venues à Saint-Malo, se pressait pour l’écouter. Ce dernier l’avait véritablement découvert en 1997, lors de l’édition que nous avions consacrée aux littératures de la Caraïbe, et cette découverte fut pour tous un coup de cœur. Comme sa réflexion sur le « Tout Monde » rejoignait ce que nous développions à travers le festival depuis sa création, d’une « littérature monde » ! Les deux concepts ne se recouvraient pas comme certains ont pu le dire, tout simplement parce que leur généalogie différait. L’un partait du questionnement de tout ce qui constituait son identité antillaise, qu’il agrandissait sans cesse à travers les idées d’identités multiples, d’identité rhizome, de créolisation du monde (à ne pas confondre avec la créolité). L’autre partait de la situation de la littérature française, s’efforçait de l’arracher aux dogmes qui l’étouffaient pour l’ouvrir aux vents du monde. Ces deux idées, et ces deux parcours, se rencontrèrent à Saint-Malo, au sens précis qu’Edouard Glissant donnait à ce mot de rencontre dans son Traité du Tout monde (1997) : non pas confusion, mélange, mais mise en relation dans un processus dynamique d’échanges. Et c’est en ce sens là aussi qu’il fut un des signataires du « Manifeste pour une littérature-monde en français ».
Au cœur de cette rencontre, il y avait une même conviction de l’urgence de la beauté, une même vision de ce que nous disions, l’un et l’autre, le « poème » en chaque homme : cette dimension de grandeur en chaque homme qui le fonde en son humanité. Je songe à cet instant au manifeste dont il fut un des inspirateurs, écrit en pleine grève dans les Antilles, en 2009, dont j’extrais ces quelques lignes : elles disent tout à la fois ce qui était le foyer vivant de sa création, et comme un engagement d’écrivain implique, à ce niveau d’exigence, une conception du monde, et de la politique :


« Derrière le prosaïque du "pouvoir d’achat" ou du "panier de la ménagère", se profile l’essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l’existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine s’articule entre les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) et l’aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d’honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d’amour, de temps libre affecté à l’accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique) »
[…]
« Nous appelons à une haute politique, à un art politique, qui installe l’individu, sa relation à l’Autre, au centre d’un projet commun où règne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté ».

Une pensée des temps présents, qui vaut pour tous : Edouard Glissant, toujours vivant.

Michel Le Bris

Pour en savoir plus sur Edouard Glissant.
 SOURCE :
http://www.etonnants-voyageurs.com/spip.php?article6982  
L’hommage de Raphaël Confiant à Edouard Glissant
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L’hommage de Raphaël Confiant à Edouard Glissant
 
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