NOU KA SONJÉ
YO
CÉ LI MINME KI LA
 
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TRINIDAD - CALYPSO

TRINIDAD - CALYPSO
1939-1959

 

Il est intéressant de comprendre que pour beaucoup, les éléments musicaux afro-américains ne sont arrivés aux États-Unis qu’après un long épisode aux Caraïbes. Pour schématiser, toute culture africaine étant strictement interdite sur le continent nord-américain jusqu’à l’abolition de l’esclavage, les apports musicaux africains ont essentiellement fait surface par le biais de Caribéens : dans les centaines d’îles des Antilles, les cultures africaines, mélangées, réinventées, créolisées, avaient bien mieux perduré que dans les immenses plantations et ghettos du continent. Des grandes réunions autorisées de percussionnistes à Congo Square, les fameuses bamboulas du dimanche à la Nouvelle-Orléans (auxquelles participaient des Caribéens) dès le XVIIIe siècle, jusqu’aux éléments qui ont constitué le jazz ou le rock and roll, la nouvelle substance musicale américaine s’est souvent concré­tisée et déployée aux Caraïbes d’abord. Les cultures africaines (notamment yoruba et ashanti) y étaient tout autant interdites, mais des évasions, émigrations, mouvements de résis­tance, de marronnage, des pratiques secrètes, des histoires très diffé­rentes dans ces myriades d’îles ont permis plus de mélanges et de créations nouvelles, bien distinctes de celles arrivées de l’Afrique originelle. Les apports européen, asiatique, sans oublier les indiens indigènes, ont contribué à engendrer les futures musiques afro-américaines, comme bientôt le calypso.

 

En même temps, leur dissémination dans les Caraïbes et le long du Mississippi s’intensifia au XIXe siècle : l’indépendance américaine en 1776 (départ de loyalistes et de leurs esclaves vers les Caraïbes), la révolution française de 1789 (départ de planteurs français et de leurs esclaves vers des îles où l’esclavage n’était pas aboli - comme la Trinité), la révolution haïtienne de 1802 (départ de nombreux planteurs haïtiens et de leurs esclaves vers la Louisiane), sans oublier la circulation des marins, qui diffusaient des chansons, tout cela a permis un afflux de ces cultures créoles sur le continent et une propagation de styles différents, jusqu’en Europe et même en Afrique. De la Guyane au Mississippi, la région des Caraïbes a exercé une influence extraordinaire et omniprésente sur la musique populaire du XXe siècle. Après de conséquentes métamorphoses à Cuba, la rumba cubaine, dont les racines sont angolaises et congolaises, a par exemple bouleversé la musique sub-saharienne ; le jazz, une culture des Caraïbes cristallisée à la Nouvelle-Orléans (qui peut être considérée comme une ville faisant culturellement partie des Caraïbes), a profondément marqué la planète entière. C’est le message que Sonny Rollins, le saxophoniste américain de jazz moderne (dont les parents étaient antillais, originaires des Îles Vierges) a voulu faire passer en 1956 avec sa composition calypso St-Thomas - un de ses plus grands succès. Avec le rap qu’il avait lui-même engendré, le reggae jamaïcain est devenu à la fin du XXe siècle la principale influence musicale en Afrique. Et que dire du blues, aux racines ouest africaines transfigurées au Texas et dans le delta du Mississippi, ou encore de la salsa cubaine/portoricaine qui a conquis New York et l’Amérique du Sud ?

 

Du junkanoo au rock, du reggae au rap, du bel air au calypso, ces musiques aux racines caribéennes présentent nombre d’analogies, mais elles sont distinctes et aussi variées que les pays qui les ont mises au monde. Alliant la stimulation du corps et la danse libre à des paroles souvent codées, à double sens, un mode d’expression hérité de l’esclavage, les musiques des Caraïbes sont toutes le fruit d’un processus de créolisation (c’est à dire une culture nouvelle, différente de celles d’Europe ou d’Afrique) : ne pouvant vivre libres, les créoles de diverses origines africaines ont longtemps cherché à libérer leur corps et leur âme par la musique. Ils ont ainsi créé des formes d’expression nouvelles, les reliant à la fois aux esprits présents dans leurs traditions africaines secrètes (d’origine principalement yoruba à la Trinité), avec lesquels ils communiquaient par des danses, et à un espace de délivrance situé dans l’instant présent, le temps d’une musique. Une puissante spiritualité tournée vers le lien, l’unité, la résistance et l’espoir, qui a engendré différentes formes de musique populaire.

Brassé dans le contexte de la colonisation, de l’esclavage et de la créolité, le mélange de différentes cultures africaines, amérindiennes et européennes a ainsi donné naissance aux negro spirituals et aux bamboulas, kumina, junkanoo, goombay, gwoka, ragtime, blues, mento, jazz, rumba, son, danzon, boléro, merengue, compas, biguine, gospel, rhythm and blues, soul, nyahbinghi, ska, rocksteady, reggae, rap, dub, salsa, rock and roll… et d’autres formes encore de musiques afro-caribéennes/afro-américaines. Il faudrait y ajouter la longue liste des musiques populaires d’Amérique du Sud ; La Louisiane, le Texas, la Jamaïque et Cuba restent sans doute les principaux relais de l’influence des musiques des Caraïbes sur le monde. Mais en termes d’influence, les îles de Trinité-et-Tobago se placent immédiatement après. En effet à cette liste de genres déjà impressionnante, il faut ajouter le calypso, un terme apparu vers 1900 à la Trinité (les premières traces fiables de l’existence de ce genre remontent à 1884). Notamment en raison de l’attrait exercé par le Trinidadien Lord Kitchener dans les années 1940-1960, et de son rival Mighty Sparrow à partir de 1956, cette musique va considérablement marquer les Caraïbes elles-mêmes, l’Amérique du Nord (via Harry Belafonte), l’Europe et l’Afrique. Le calypso contribuera au développement de diverses musiques africaines modernes comme le highlife du Ghana, et jusqu’en Ouganda. En Sierra Leone, l’influence des Krios, une communauté afro-caribéenne ayant obtenu son “retour” en Afrique (ils sont les descendants de loyalistes qui luttèrent aux côtés des Anglais contre l’indépendance des États-Unis au XVIIIe siècle) a considérablement influencé les musiques de la région. Un parcours des Caraïbes vers l’Afrique qui ressemble à celui effectué par la rumba au début du XXe siècle, et du reggae à partir des années 1970. En fait à bien des égards l’industrie du disque trinidadienne préfigurait celle de sa cousine, la Jamaïque, qui l’éclipsera progressivement dans les années 1960.

 Kaléïdoscope multi-culturel

“Je préfère la Trinité pour certaines raisons et la Jamaïque pour d’autres, c’est très différent. La société est différente. La Trinité est très riche et la Jamaïque excessivement pauvre. Ça montre qu’on peut devenir très tolérant dans une société riche, alors que chez les pauvres, on l’est beaucoup moins. Dans les sociétés riches, il y a une harmonie raciale totale dans un mélange de gens très difficile, comme les Indiens et les Noirs, qui s’entendent rarement. Mais ça va là-bas, parce qu’ils ont tellement d’argent que c’est dans leur intérêt de garder la société stable. Ils ont quelque chose à perdre. En Jamaïque, ils n’ont rien à perdre.” Mick Jagger à l’auteur, 1980.Dans les années 1950 à Trinité-et-Tobago, environ 40 % de la population avait des ancêtres venus d‘Inde, et 40 % d’Afrique. Elle comptait 19 % de métis et 1 % de descendants d’Européens. On y trouvait les religions catholique, hindoue, divers temples protestants, Spiritual Baptist, Orisa (Shan­go), anglicane et musulmane. Important exportateur de gaz naturel et de pétrole, la Trinité est située à l’extrême sud de l’arc des Antilles, dans les Îles Sous-le-Vent à moins de dix kilomètres des côtes du Venezuela (à 300 km au sud de la Martinique). Elle forme avec Tobago un état indépendant, voisin des îles de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, et anglophone comme nombre de petits pays de la région. Plus encore que ses voisins, cette nation a un patrimoine particulièrement cosmopolite. À une époque où l’on se mélangeait peu, elle abrita très tôt un véritable concentré des peuples du monde. Située à 32 km de la Trinité, l’île de Tobago fut d’abord colonisée par le Duché de Courlande (actuelle Lettonie) qui la peupla à partir de 1638, et fut cédée aux Britanniques en 1689.

 L’île de la Trinité, plus vaste, est une véritable cocotte-minute culturelle, un assemblage de plusieurs peuples. Les indiens Caraïbes et Taïnos de langue arawak y vivaient quand elle fut découverte par Christophe Colomb en 1498. Colonisée par l’Espagne trente-quatre ans plus tard, cette terre de 150 km de long est restée peu peuplée jusqu’à ce que la couronne espagnole y attire des milliers d’immigrants créoles français (surtout martiniquais, mais venus aussi de Sainte-Lucie et de la Guadeloupe) et dominicains au cours du XVIIIe siècle en leur offrant des terres pour leurs plantations. Les nouveaux venus amenèrent avec eux des Africains et Afro-caribéens de diverses origines. Ces esclaves, puis les employés afro-créoles des Français, ont construit les infrastructures et organisé les plantations d’un cacao local très résistant, le Trinitario (qui sera implanté dans le monde entier et fera la fortune de l’île entre 1870 et 1930). Peuplée d’Amérindiens, d’Espagnols, et de Caribéens très majoritairement francophones, en 1797 l’île fut ensuite conquise par les Anglais, qui y ajoutèrent une immigration venue d’Inde, de Chine, du Portugal et de Syrie - sans oublier des Britanniques qui s’y ajoutèrent à leur tour. En conséquence, les musiques populaires trinidadiennes sont très variées. Bien que les indigènes aient été décimés par les Espagnols, il ne faudrait pas pour autant ignorer l’apport des indiens Caraïbes et des Taïnos qui ont survécu à l’esclavage, aux massacres et aux épidémies ; des styles d’origine espagnole (aguilnados, parang, veiquoix, fandang et ses sous-genres mazanare, joropo, gallerón) subsistent aussi, souvent confondus avec ceux du proche Venezuela ; des pas de danse écossais (reel) ont imprégné la culture de Tobago ; l’influence des cantiques Sankey (baptistes, etc.) est très répandue, confortée par l’essor du gospel à partir des années 1930 ; différentes formes de musiques caribéennes venues de Guadeloupe, Martinique et Carriacou perdurent (bélè, ou bel air martiniquais) ; À cela s’ajoutent les principales formes musicales de Trinité-et-Tobago : les mu­siques indiennes traditionnelles, notamment bhojpuri (nord de l’Inde), sont toujours présentes.

D’autres ont disparu, mais les cantiques chantés en hindi et en sanskrit (védiques) étaient encore enseignés au XXe siècle. Une culture musicale indienne s’est développée distinctement de celle de la population afro-américaine, et s’y est mélangée parfois. Différentes musiques indiennes musulmanes sont notamment préservées, et leurs accompagnements (tambours tassa) pour combats au bâton rituels de la guerre sainte (jihad) se sont historiquement mélangés à ceux des joutes kalenda afro-trinidadiennes ; depuis, les populations d’origine indienne ont progressivement adapté leurs musiques à des instrumentations électriques (guitares, claviers, batterie, etc.). Naturellement, il faut souligner l’omniprésence historique du jazz dans la musique trinidadienne enregistrée au XXe siècle. Un style proche du jazz états-unien de l’époque était déjà présent sur les disques gravés à la Trinité par la marque Victor dans les années 1910, ce qui tend à conforter la thèse de l’origine caribéenne du genre. L’influence du jazz imprègne aussi les chansons de Lord Kitchener entendues sur cet album, qui servirent littéralement de modèle pour définir le style du calypso d’après-guerre.Enfin, une forte résilience de la culture yoruba (Nigeria, Ghana, Bénin, Togo) est observée à Trinité-et-Tobago. L’influence du calypso trinidadien sur le highlife ghanéen (puis, dans les années 1970-80 sur son dérivé, l’afrobeat anticolonial du Nigerian yoruba Fela Kuti, qui a joué du highlife au début de sa carrière) n’est pas un hasard, mais plutôt un lien ethnique renouvelé. Le mouvement religieux Orisa (lié à Shango, dieu du tonnerre yoruba) a connu à la Trinité une revitalisation postérieure aux enregistrements contenus dans cet album, mais des cérémonies incluant tambours (bien distincts des percussions et rythmes venus des Antilles françaises), transes, possessions, costumes blancs ou parfois rouges, sacrifices d’animaux, festins, communion spirituelle - et des rites nécromanciens hauts en couleur - prenaient déjà place dans les années 1940-60

 

La pratique orisa est répandue dans les classes sociales les moins favorisées, pas toujours revendiquée (cette tradition du secret remonte aux origines africaines), y compris chez des catholiques, baptistes et indiens qui y adhèrent en secret. Des mélanges syncrétiques entre saints chrétiens, divinités indiennes et orisas yorubas sont également avérés. La secte des Spiritual Baptists (Shouters, appelés Shakers à St-Vincent), dont les chants, tambours et rites ressemblent à ceux des Orisas, a subi au XXe siècle de fortes discriminations en raison d’un amalgame avec la “sorcellerie” dont l’accusa le pouvoir colonial. Appelées péjorativement “obeah”, les prati­ques spirituelles africaines aux Antilles ont toujours souffert d’une importante dévalorisation et répression depuis les temps de l’esclavage, ce qui expli­que partiellement le secret et le mystère qui les entoure. Habituellement discréditées et accusées de n’être que de simples escroqueries, elles ont très mauvaise réputation (excepté chez les Marrons du Suriname, qui n’ont pas subi ce regard colonial et utilisent l’obia comme une source de force spirituelle). En 1966 dans sa chanson Melda (Obeah Wedding), Mighty Sparrow réduira par exemple l’obeah à d’inefficaces “envoûtements” et “projets de mariage”, un “piège de nécromancie”.Nourri par ce riche passé, le calypso proprement dit est principalement dérivé des tambours des combats de bâton kalenda des carnavals, et de la tradition des chansons bélè (bel-air) d’origine martiniquaise. Après une première et prolifique phase de succès locaux par des artistes comme Houdini, Young Tiger et King Radio avant 1940, le calypso se métamorphosa au cours du XXe siècle, atteignant son apogée dans les années 1950 avec Lord Kitchener et Mighty Sparrow, avant de se diluer dans son succédané, la soca apparue à la fin des années 1970. L’étymologie du nom remonte à la fois à l’espagnol vénézuélien (caliso : une chanson sur un sujet d’actualité) à la langue caraïbe (carieto : chanson gaie) et du kaiso des Haoussas (nord de l’actuel Nigeria), sorte de “bravo” ou d’encouragement crié pendant les chants, et qui signifie plus précisément “bien fait, pas de pitié !” (traduction en patois : “sans humanité !”, terme utilisé dans Landing of Columbus de Lord Executor publié en 1926). Ajoutons que le terme “calypso” pourrait bien trouver une racine dans le vieux français carrousse (boire cul sec), et surtout carrousseaux (groupe de buveurs, de fêtards). La nymphe Calypso de l’Odyssée d’Homère n’aurait donc rien à voir avec le nom de cette musique.

 

Carnaval

Au XIXe siècle la langue créole locale (proche du créole franco-martiniquais), appelée patois, n’a pas été acceptée par les nouveaux colons britanniques, qui voulaient imposer la langue anglaise et promulguèrent des lois interdisant les expressions culturelles non-britanniques. Le patois, très majoritaire, était devenu le dialecte semi-clandestin de la résistance, et des esclaves en particulier. Cette interdiction concernait notamment la musique jouée au carnaval du Mardi-Gras. Le carnaval de la Trinité a lieu chaque année lors de la fête chrétienne du Mardi-Gras, qui chez les catholiques prend place le dernier jour avant le Carême, à la veille du mercredi des Cendres (situé 46 jours avant Pâques, qui a lieu le premier dimanche suivant la pleine lune, le 21 mars ou après). À l’origine, le mercredi des Cendres était le premier jour d’un jeûne partiel, le carême de quarante jours observé par les fidèles, faisant référence aux jeûnes de Moïse et de Jésus. Pendant les semaines suivant noël, qui précèdent le Mardi-Gras, les préparatifs des fêtes faisaient monter la tension. Pendant les carnavals du Mardi-Gras, lors de défilés aux flambeaux (“cannes brûlées” ou “canboulay”) avant l’aube, des groupes s’affrontaient dans des combats rituels au bâton, rythmés et encouragés par les maracas des chanteuses de bélè (un tambour) et les chansons de style “old kalenda”. Le kalenda est l’un des noms de ces affrontements au bâton. Dérivé de pratiques africaines, on retrouvait également ces chorégraphies de lutte dans le port de la Nouvelle-Orléans et à la Martinique (orthographe française : calinda). Les chansons kalenda sont dérivées des chants de combat interprétés lors de défilés du carnaval. On peut apprécier un morceau inspiré par ces combats à la fin du premier disque, Kalenda March, où l’on entend des tambours proches d’un rythme sans doute mandingue, tels qu’ils sont joués pendant les marches du carnaval :

 

Every year it’s carnival time don’t forget
That is Trinidad national fête
From carnival morning six bell chime
And everyone they would start to rhyme

À la suite d’affrontements avec la police lors des cannes brûlées de 1881, les tambours créoles ont été interdits en 1884. En conséquence, les styles de chants traditionnels sans percussions, en français, d’avant l’abolition de l’esclavage (1834), le kalenda (chant des lutteurs), le bongo (chant du lever), le bélè (ou bel air, venu de la Martinique) et le paseo vénézuélien revinrent en force. Les afro-trinidadiens exécutèrent alors des mascarades tolérées, où ils se moquaient de la hiérarchie et de la monarchie britanniques à travers leurs chants et leurs costumes chatoyants - et des musiques afférentes. Quant aux chansons improvisées sur des sujets d’actualité, comme au Venezuela elles furent appelées cariso, ou caliso, souvent interprétées en patois français créole jusqu’aux années 1930. La francophonie est progressivement passée de mode, mais de nombreux termes français ont perduré dans le dialecte local. Le premier “calipso” (sic) est publié en 1900 en anglais dans un journal de Port of Spain. Les chanteurs de calypso et leurs groupes participaient fréquemment à des concours publics et répétaient ensemble plusieurs semaines avant le carnaval, où ils devaient s’imposer coûte que coûte. Interdits, les tambours furent vite remplacés par des tubes de bois ou de bambou frappés sur le sol, les “tamboo-bamboo”, proches des quitiplas du Venezuela. Les tambours réapparurent au Mardi-Gras dès 1905.

Enregistrements fondateurs

Proche du jazz états-unien originel, et anglophone comme lui, le calypso mûrit simultanément au blues et au jazz, à la fin du XIXe siècle. Il évoque des similitudes avec les spectacles de Black minstrels américains. Il est enregistré dès 1914, soit trois ans avant le premier disque de jazz et six avant le succès Crazy Blues de Mama Smith, premier blues enregistré, qui lança le blues en tant que genre. Sa diffusion précède donc celle des musiques afro-états-uniennes. Un nombre conséquent d’enregistrements des années 1910-1920 a été réalisé à la Trinité par les disques Decca et Victor. Subversifs pour le pouvoir colonial, les tambours des musiques kalenda accompagnant les fameux combats de cannes brûlées n’ont évidemment pas été retenus pour ces précieuses séances historiques. Mais ces enregistrements pionniers dévoilent tout de même des musiques caribéennes significatives. On y retrouve un mélange hétéroclite de musiques coloniales, vénézuéliennes, latines, états-uniennes, britanniques, européennes, où le violon, le banjo et diverses influences s’entrechoquent dans un esprit proche de ce qui se faisait au Texas ou en Louisiane à cette époque, entre jazz (avec sa clarinette, l’anonyme Nancy des années 1910 évoque nettement le jazz états-unien - avec un zeste de klezmer), old time hillbilly, ragtime, spectacles de ménestrels et chansons populaires européennes en tous genres (mélodies latines et anglaises en particulier). Enregistré dès 1914, Lionel Belasco avait, lui, choisi un répertoire spécifiquement caribéen, tourné vers la Trinité. Son interprétation de Carmencita propose par exemple un rythme original. Les disques de Belasco montrent cette richesse d’influences que l’on retrouvera chez Sam Manning1, un autre Trini­dadien qui enregistra prolifiquement dès 1924 (notamment une version de Sly Mongoose, un traditionnel de mento jamaïcain également enregistré par Belasco - et par Charlie Parker en 1952). Ces enregistrements fondateurs du calypso chez Decca et Victor ont constitué la base du son des Caraïbes anglophones tel qu’il fut perçu pendant et après la Première Guerre Mondiale. À titre d’exemple, la biguine des Antilles françaises ne fut enregistrée que plus tard, en 1929 2.

Les musiques des Bahamas, de Haïti (les morceaux gravés par Alan Lomax dans les années 1930 ne parurent qu’en 2009), de Saint-Domingue et de Jamaïque ne firent l’objet de disques nombreux et significatifs qu’après-guerre. En revanche, à l’instar des enregistrements de son cubain3 (dès 1923) influents au Congo où ils furent à l’origine de la rumba moderne qui conquerra toute l’Afrique, dix ans plus tôt la diffusion très précoce de la musique trinidadienne permit au calypso d’influer fortement sur les autres musiques des Caraïbes. À une époque où les enregistrements n’étaient pas très nombreux - et en particulier les enregistrements de musiciens afro-américains - des artistes de Louisiane ont forcément écouté ces disques, et en ont vraisemblablement intégré des éléments dans le développement du jazz et d’autres musiques états-uniennes. Dès 1914, d’autres grands artistes de calypso ont enregistré, tel Jules Sims pour Victor (RCA). Puis ce seront Atilla The Hun, The Roaring Lion, The Tiger et d’autres vedettes réputées dans le style kalenda-calypso. Lord Invader, le trio Keskidee, The Caresser, Lord Executor ont chanté la gloire des lutteurs au bâton jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle le carnaval fut interdit. Le titre de “lord” (seigneur), très répandu chez les artistes trinidadiens, est une affirmation de leur puissance guerrière symbolique dans les joutes des carnavals.

Limbo

La danse (ou plutôt la contredanse, c’est à dire une danse folklorique exécutée par deux couples face à face) limbo est un aspect particulier de la musique populaire de Trinité-et-Tobago. Apparu dans les années 1950 où il est vite à la mode, le limbo consiste à passer sous une barre de bois en se penchant en arrière. La barre est posée sur deux piquets, et les danseurs qui touchent la barre - ou qui tombent en arrière - sont éliminés. La barre descend progressivement au son du calypso où le rythme est souvent joué par la clave (tibois aux Antilles francophones) et des maracas. La danse s’est exportée. Elle fit partie de la panoplie des activités proposée aux touristes aux Caraïbes, notamment sur les plages de Jamaïque. Son nom provient sans doute de l’anglais limber (s’échauffer) et du patois (anglais créole) limba (plier), mais il trouve probablement son origine dans la danse au bâton legba d’Afrique de l’ouest (Legba est aussi le nom d’un esprit vaudou haïtien). Le rythme souvent associé au limbo est bien connu dans les zones côtières d’Afrique de l’Ouest, notamment dans le makossa de la région de Douala au Cameroun, et il est répandu dans toutes les Caraïbes. Aux États-Unis il a rendu célèbre Bo Diddley, originaire du Mississippi, qui le jouait à la guitare et a notamment composé “Limbo”, enregistré à New York en 1959. Sur l’album “Around and Around” (1964) de ses disciples les Rolling Stones, le nom de rythme “limbo” est mentionné sous le titre Not Fade Away. On peut entendre ce schéma rythmique sur cet album, joué sur le tibois dans Marjorie’s Flirtation.

Calypso 1939-1959

Cette anthologie est consacrée à l’âge d’or du calypso. Cette musique avait déjà connu un demi-siècle de succès dans un style proche de celui des titres de Houdini ou King Radio aux chœurs et arrangements surannés entendus ici. Ce florilège présente surtout le son authentique du calypso moderne en version originale : Lord Invader, Lord Melody, Lord Kitchener, Mighty Sparrow et leurs concurrents. Comme dans le mento jamaïcain, le blues ou le rock and roll, les doubles sens du calypso de Lord Kitchener servent à communiquer des idées répréhensibles : allusions identitaires, spirituelles, contestataires - et surtout sexuelles. Joyeux, plein d’humour, de satire et d’arrogance, le calypso est cadré par le contexte des carnavals et des rivalités de clans - installés dans des “tentes” pendant les carnavals - et l’ambiance des combats de kalenda, interdits en 1910. Mais, plongeant sans doute ses racines dans le signifying (irrévérences et confrontations de fripons) que l’on retrouve aussi aux États-Unis, hérité de l’Afrique et des siècles de l’esclavage, l’esprit de défi et d’affrontement des écoles restera très présent symboliquement. On le retrouve dans la samba brésilienne, dans les clash des sound systems de reggae jamaïcains, dans le boasting du hip hop et dans d’autres îles de la mer des Caraïbes. Les chanteurs testaient le public dans des exercices de glorification de leur camp et d’eux-mêmes, et n’hésitaient pas à se moquer de leurs concurrents, comme ici dans la chanson Reply to Melody, où “King” Mighty Sparrow reproche à son concurrent Lord Melody de copier toutes ses innovations. Il en profite au passage pour l’insulter directement, et sans le moindre double sens.Les percussions se sont peu à peu diversifiées (cuillères, bouteilles).

Trinité-et-Tobago est un pays exportateur de pétrole, et dans les années 1940 les barils utilisés comme récipients ont donné naissance à une nouvelle et influente forme musicale, les steel bands (orchestres d’acier) dérivés des balafons bantous. Les couvercles de barils d’acier, creusés et accordés au marteau, puis soudés, forment ainsi des instruments de musique originaux, les steel drums au son puissant et facilement identifiable, joués avec des mailloches (maillets doux) ou des maillets de bois. Des orchestres se sont développés, interprétant le plus souvent des morceaux instrumentaux, mais ils accompagnent parfois des chanteurs, comme on peut l’entendre ici sur l’exquis Boys Days de Enid Mosier & Her Trinidad Steel Band. Enid Mosier était comédienne et chanteuse. Elle joua au côté de Pearl Bailey dans la comédie musicale de Truman Capote House of Flowers en 1954. Elle y interprétait, entre autres, Two Ladies in de Shade of de Banana Tree et Has I Let You Down? On peut découvrir cette excellente chanteuse sur l’album Enid Mosier & Her Trinidad Steel Band, où en dépit du titre, elle ne chante qu’un seul morceau dans le style calypso (le reste est dans un style music-hall). Fire Down Below de Beauty and the Brute Force Steel Band est y ici interprété par Dot Evans. Cette dernière composition est une reprise de la bande du film L’Enfer des tropiques (Fire Down Below, Robert Parrish, 1957). Ce classique contribuera au succès international du calypso en 1957.On peut y voir deux amis, joués par Jack Lemmon et Robert Mitchum, se disputer la belle Rita Hayworth à bord d’un bateau errant dans la région de Trinité-et-Tobago. C’est quelques semaines plus tôt, lors du tournage sur l’île de Tobago du film Dieu seul le sait (Heaven Knows, Mr. Allison, John Huston, 1957) que Robert Mitchum5 avait rencontré les chanteurs Mighty Sparrow et Lord Invader. Il enregistra aussitôt un album à succès, Calypso— Is Like So… qui parut en même temps que L’Enfer des Tropiques, dont l’action se situe dans la région de la Trinité. En 1969, Fire Down Below inspirera aussi une chanson de reggae du même nom au Jamaïcain Burning Spear.

King Radio, dont le Matilda de 1939 ouvre cet album, était l’une des vedettes d’avant-guerre à Trinité-et-Tobago. En 1955, cette composition deviendra le premier succès international de Harry Belafonte, qui orientera ensuite sa carrière vers le calypso4. Mais si Belafonte et Mitchum5 ont connu le succès avec leurs disques parus sous l’étiquette calypso, il faut rappeler que le premier succès américain du genre revint aux Andrew Sisters, les vedettes incontestées de la Deuxième Guerre Mondiale. C’est ce trio vocal célèbre qui reprit la chanson de Lord Invader Rum and Coca-Cola en 1944 et lança véritablement le genre calypso aux États-Unis5. Lord Invader (Rupert Westmore Grant, Port of Spain 13 décembre 1914 - New York 15 octobre 1961) décrit ici à demi-mot comment les prostituées au service des soldats américains en garnison à Point Kumana, sur l’île de la Trinité, boivent du rhum dilué dans du Coca-Cola pour adoucir leur tâche “working for the yankee dollar”. Pour cette chanson Invader a utilisé la mélodie d’une chanson folklorique martiniquaise, L’Année passée. Lionel Belasco, un des premiers Trinidadiens à avoir enregistré des disques (dès 1914) avait déposé le premier cette mélodie.

Le dépôt de chansons traditionnelles était monnaie courante à l’époque. C’est par ce truchement que Harry Belafonte put s’approprier des compositions jamaïcaines comme Day O, qui le rendit célèbre en 1956. Ainsi quand la version de Rum and Coca-Cola par les Andrew Sisters devint un succès aux États-Unis, Belasco attaqua en justice pour exiger les droits de la musique, qu’il n’avait pas composée, mais qui lui appartenait. Lord Invader en fit alors de même pour les paroles. Les deux ont gagné leur procès, et ont ainsi gagné plus de cent mille dollars. La chanson Yankee Dollars (1943), sur le même thème, prend un angle plus clairement antico­lonial : Lord Invader s’y plaint que la femme qu’il convoite préfère un soldat américain et ses dollars à un indigène sans le sou. C’est aussi en 1943 que le populaire thème du cocktail des îles, aussi revigorant qu’aphrodisiaque, a également inspiré à un autre Trinidadien, Wilmoth Houdini, son Gin and Coconut Water. On retrouvera ce thème dans le Coconut Water Rum and Gin de Vincent Martin6 aux Bahamas ou Take Her to Jamaica de Lord Messam (disponible dans le volume Jamaica Mento 1951-1958 dans cette série). Loin des Andrew Sisters, aux Antilles mêmes le succès de la musique trinidadienne d’après-guerre est lar­gement à créditer à Lord Kitchener, dont la qualité des compositions, des paroles, des interpré­tations et des productions ont placé la barre très haut.

Lord Kitchener

L’artiste le plus aimé de son peuple pendant un demi-siècle, il fut probablement l’auteur compositeur interprète le plus marquant de l’histoire de son pays. Apprécié pour la qualité de ses airs inoubliables comme pour ses paroles remarquables, toujours pleines d’humour et de clins d’œil, il composa des chansons pour danser, mais aussi pour exprimer des commentaires politiques et sociaux, sur l’histoire et sur son sujet favori, les relations sexuelles. Lord Kitchener a gagné le Carnival Road March annuel de la Trinité dix fois (plus que quiconque) et dix-huit fois le concours des Panorama Tunes (versions instrumentales, notamment par les steel bands) : ses mélodies accrocheuses sont interprétées par les steel bands dans toutes le Caraïbes. Ses enregistrements ont lancé la nouvelle vague du calypso dans son pays. Ils ont considérablement marqué l’influent style highlife du Ghana (qui se métamorphosera dans les années 1960 en afrobeat) et le mento jamaïcain. Sa carrière a duré plus de soixante ans, nous offrant des succès majeurs pendant un demi-siècle, une quarantaine d’albums et des centaines de compositions de qualité. Mais comme la plupart des artistes des Caraïbes, Lord Kitchener, l’un des deux véritables géants du calypso - et le plus grand - n’en est pas moins méconnu du grand public.Fils d’un forgeron réputé, Lord Kitchener dit “The Grandmaster” (Aldwyn Roberts, 18 mars 1922-février 2000) est né à Arima sur l’île de la Trinité. Il fréquente à l’âge de cinq ans l’école publique Arima Boys Government School. Son père lui a enseigné les rudiments de la guitare, et il compose ses premiers calypsos à l’âge de dix ans. Il en a quatorze quand ses parents décèdent, et il doit quitter l’école pour entrer dans la vie active. Il est si grand et maigre que sa sœur l’appelle “Bean” (haricot), inspirée par le conte anglais Jack et le haricot magique (qui pousse jusqu’au ciel). Il s’accompagne à la guitare, et trouve aussitôt son premier travail de chanteur : Bean joue pour les employés de la compagnie d’eau locale pendant qu’ils posent des tuyaux.

En 1937 à Arima il rejoint une modeste “tente” (base des artistes de calypso, toujours rivaux d’autres “tentes”) de bambou, et vise le professionnalisme. Son premier succès en scène est Shops Close Too Early, avec lequel le jeune Aldwyn, 15 ans, gagne en 1938 un concours amateur organisé par la municipalité d’Arima. Il détiendra le titre de “roi du calypso” local jusqu’en 1942, où il rejoint la Roving Brigade, une troupe itinérante qui se produit dans les cinémas de l’île. Il est alors découvert par Johnny Khan, qui le recrute pour son premier engagement professionnel (pour un dollar la soirée) dans une tente au côté de célébrités comme Tiger, Roaring Lion, Pretender et Attila The Hun. Sa chanson Green Fig (également appelée Mary, I am Tired and Disgusted) est un succès immédiat. Il y raconte que sa femme, qui le trompe, ne se fatigue même plus à lui cuisiner un bon repas. Drôle, charmant, élégant, grand (1 m 85), mince et talentueux, il est promis à un avenir brillant. Suivant le conseil du chanteur Pretender, il s’installe en 1944 à la capitale Port-of-Spain dans le but de devenir un calypsonian professionnel. Son nom d’artiste lui est alors attribué par un autre chanteur de calypso, Growling Tiger : ce sera Lord Kitchener, du nom d’un héros national de l’empire britannique, un militaire à grosse moustache responsable de l’usage systématique de la mitrailleuse par les Anglais au cours de la Première Guerre Mondiale, et dont le portrait arborait les affiches de recrutement de l’armée : “Britons want YOU - Join your country’s army - God Save the King”.

Lord Kitchener se produit dans des tentes pendant la saison du carnaval et parvient le reste du temps à vivre de ses concerts, notamment dans les bases militaires américaines. En 1945, il chante Green Fig en présence du Président américain Harry S. Truman en visite dans l’île, et séduit Port-of-Spain avec sa nouvelle composition I Am a Worrier (“je suis un inquiéteur”), un jeu de mot avec warrior (guerrier). Appelé Kitch par ses nombreux admirateurs, le chanteur est déjà l’un des artistes les plus appréciés de l’île grâce à ses musiques soignées, aux mélodies et aux harmonies recherchées, et à son formidable talent de parolier. Interprète désopilant, il fait rire le public avec ses saynètes de la vie quotidienne, où il met en scène et en rimes différents personnages. Il triomphe au carnaval de 1946 avec Tie Tongue Mopsy (un sketch sur une fille atteinte d’ankyloglossie, qui demande à son amoureux endormi de partir avant l’arrivée de sa grand-mère), suivi de Chinese Never Had a VJ Day (“Les Chinois n’ont jamais eu de fête commémorant la victoire sur le Japon”) et le Jump in the Line attribué à Raymond Bell. Il est désormais suffisamment connu pour ouvrir sa propre tente, la “Young Brigade” évoquant son nouveau style. Il y lance Lord Zigfield, Lord Melody, Mighty Killer, Sir Galba, Spoiler et Viking. Lord Kitchener remporte le prix du carnaval 1947 avec Scandal in St Ann’s, Mount Olga et toujours Tie Tongue Mopsy, et part chanter aux îles d’Aruba et Curaçao à la fin de l’année. Puis, accompagné par le chanteur de calypso Lord Beginner, il s’installe six mois en Jamaïque, où il fait sensation avec ses concerts et enseigne le calypso. Les paroles très osées à double sens, dont il est déjà le maître incontesté, sont appréciées en Jamaïque. Et comme Belafonte plus tard, il puise une partie de son inspiration dans le répertoire mento, équivalent jamaïcain du calypso trinidadien.

C’est en 1948 qu’il embarque avec Lord Beginner sur le paquebot M.V. Windrush, devenu depuis un symbole de l’émigration des Antillais vers la Grande-Bretagne. En débarquant à Tilbury le 21 juin 1948, il est filmé par les actualités cinématographiques de la BBC en train de chanter sa nouvelle composition, écrite pendant la croisière : London Is the Place for Me. Le West Indian Club de Londres voit le film et l’engage aussitôt. Il chantera bientôt dans trois clubs différents chaque soir. Il gagne de l’argent, porte des chaussures voyantes, un chapeau de feutre fedora (également appelé borsalino), des habits zoot d’une grande élégance, et séduit nombre de femmes. Au point que, dans un splendide élan d’auto-dérision, il liste dans Woman’s Figure tous les atouts physiques que doivent posséder ses prétendantes ! Lord Kitchener restera quinze ans en Angleterre. C’est là qu’il enregistrera enfin les succès scéniques qui l’avaient rendu célèbre à la Trinité. Kitch, Come Go to Bed donne le ton : ce grand classique raconte comment une femme folle de lui l’appelle par son petit nom pour l’attirer dans son lit. My Wife’s Nightie rapporte comment une maîtresse d’une nuit a dérobé la robe de chambre de son épouse partie en voyage, ce qui le met dans un grand embarras :

She came for one night with Kitchener
She seems of a decent character
But when I woke up in the morning
My wife’s pretty nightie was missing
Come back with me wife’s nightie
Cynthia you know it’s dishonesty
I am going to charge you for larceny

Il grave des 78 tours pour les sociétés EMI-Parlophone (qui lanceront les Beatles dans les années 1960) sous la direction du journaliste du Melody Maker Denis Preston aux studios d’Abbey Road, Melodisc (la marque britannique de l’Autrichien Emil Shalit, également fondateur des disques Bluebeat, fut l’une des premières consacrée aux musiques du monde, et aux Caraïbes en particulier) et Lyragon, la marque pour laquelle travailla l’ancien associé de Shalit, Jack Chilkes, à partir de novembre 1952. Ses premiers disques plaisent aux Caraïbes, où ils sont exportés en quantité. Grâce à la qualité de ses seuls enregistrements, il parviendra à rester au premier plan à la Trinité. Il grave par exemple Drink-a-Rum, une chanson à boire : le matin du 26 décembre, les participants se lèvent traditionnellement avant l’aube pour défiler en ville. Les rites afro-caribéens utilisent le rhum, en anglais spirit (esprit), comme un liquide de purification qui écarte les mauvais esprits. En ce sens, l’évocation du rhum par Kitch renvoie aux ancêtres africains et à leurs pratiques de possession par les esprits des défunts lors de transes stimulées par une musique entraînante. Une fois installé à Londres, son point de vue sur la Grande-Bretagne évoluera considérablement. Il critiquera la société britannique (qui accueille mal les immigrés antillais affluant à l’approche des indépendances), la cuisine anglaise et le froid, mais toujours avec humour, et avec un sens de l’anecdote qui élargit sa popularité dans les Antilles anglophones : Trinité-et-Tobago, Grenade, Bahamas, Îles Vierges, Domi­nique, Jamaïque, Barbade, Sainte Lucie et des dizaines d’autres îles, sans oublier la diaspora caribéenne vivant en Angleterre et ailleurs. Il incorpore dans le calypso des éléments de jazz, de mento et de rumba, comme on peut l’entendre ici dans Rhumba Anna. Il se produit aussi avec succès à New York, Washington D.C. et sur toute la côte est américaine.

Fatigué de la vie de noctambule, ses revenus confortables lui permettent de ralentir ses activités. Il se marie en 1953 avec Marjorie, avec qui il aura un fils et pour qui il écrit peut-être l’excellent Mar­jorie’s Flirtation sur le thème des Américains qui s’approprient les femmes locales.

Marjorie I am tired of you
‘Cause you are not really true uh huh
For every time I walk down the Strand
I can hear you were talking to some Yankee man (I’m going to beat you)
He was a big Yankee man (I’m going to beat you)
He was a rough Yankee man (I’m going to beat you)

C’est peut-être aussi sa nouvelle belle-mère qui lui inspire le comique Nosey Mother-in-Law. Tout en continuant à chanter dans toute la Grande-Bretagne, Kitch s’installe dans la ville humide et glaciale de Manchester, et y ouvre une boîte de nuit, qu’il agrandira bientôt. Il achète une maison à deux appartements. Au sommet de sa créativité et de sa gloire en 1953, Kitch compose et enregistre à nouveau. Ses chansons à double sens sont de plus en plus osées. Black Pudding évoque directement son sexe noir ; la séduction des hommes de peau colorée était à cette époque de ségrégation raciale un sujet tabou. Affirmer qu’un Noir pouvait séduire - et, en sous-entendu, séduire une femme blanche - était en 1955 profondément subversif.

When Doreen came to my café
This is what she had to say
Mister your pudding is sweet
That’s the kind I love to eat
Black pudding, ain’t it lovely
Black pudding, sweet like honey
Black pudding, nice and tasty
Big and juicy
First she took a little bite
Boy your pudding is just right
This will have me feeling fit
I could eat up all of it

Alors que la majorité des Antillais est notoirement homophobe, Lord Kitchener est même capable d’aborder le sujet délicat de l’homosexualité avec sourire et tolérance dans le sketch Romeo, où il refuse les avances insistantes du chauffeur :

Will you keep on driving, Romeo
And stop interfering, Romeo
I haven’t got the feeling, Romeo
If you continue smooching, Romeo
I’m going to tell me mummy, Romeo
That you want to kiss me, Romeo
And if I let you kiss me, Romeo
You may tell somebody, Romeo
Don‘t try to kiss me, Romeo
Don’t try to touch me, Romeo
For if I let you touch me, Romeo
You may tell somebody, Romeo

Il prend aussi position avec des paroles plus engagées, comme Beware Tokyo, Africa my Home (où il fait allusion au mouvement de Marcus Garvey pour le “retour” en Afrique, qui inspira notamment le mouvement Rastafari jamaïcain) et If You’re Not White, You’re Considered Black, où il proteste contre le racisme. Sans véritablement atteindre la consécration planétaire, ses grands succès parviennent à dépasser le cadre des Antilles : Lord Kitchener le héros populaire des Caraïbes anglophones sera à sa manière le premier précurseur de Bob Marley. Dans ce registre, il est bientôt suivi par le new-yorkais d’origine jamaïcaine Harry Belafonte, qui obtient son premier tube avec la chanson trinidadienne Matilda enregistrée en 1955. Contrairement à Kitch, Belafonte réussira à toucher un très large public blanc. Il deviendra aussi un symbole de la lutte pour les droits civiques des afro-américains. Alors qu’en 1944 aux États-Unis les superstars blanches les Andrew Sisters avaient fait de Rum and Coca-Cola le premier véritable succès international du genre calypso, le talent de Kitch contribue à mettre l’étiquette calypso en vogue, et diffuse des morceaux très engagés pour l’époque. Il inspire nombre de musiciens antillais, notamment les artistes de mento jamaïcain Count Lasher6 et le Chin’s Calypso Sextet7. Il suscite aussi la vocation de Trinidadiens comme Mighty Sparrow, qui en son absence à la Trinité devient son principal rival. En 1956, après le succès de sa reprise du Matilda de King Radio, Harry Belafonte publie “Calypso”, premier album de l’histoire vendu à un million d’exemplaires.

Les tubes de Belafonte sont en réalité des compositions de mento jamaïcain pour la plupart, mais ce disque célèbre achève de lancer l’étiquette calypso dans le grand public international. Kitch retourne alors aux États-Unis, où il est engagé dans la Calypso Revue de l’acteur et producteur trinidadien Geoffrey Holder, mais cette production est un échec. Un film est aussi annoncé, mais il ne sera jamais tourné. Après quelques concerts, Lord Kitchener rentre à Londres, où il enregistre en 1956 Mad Bomber, un morceau consacré au paranoïaque qui terrorisa New York avec des attentats à la bombe. Il chante aussi en Afrique, où son calypso marque fortement le highlife du Ghana, qui fut la première des colonies africaines à obtenir l’indépendance, un événement qu’il saluera avec Birth of Ghana en 1957.Pendant cette période de la mode calypso, d’autres artistes enregistrent des titres de Lord Kitchener, mais ses remarquables compositions lui sont rarement créditées. Les Jamaïcains Lord Flea & His Calypsonians interprètent un dérivé de Kitch’s Be-Bop Calypso8 dans le film Bop Girl Goes Calypso. Une chanson en réponse à cet hommage au jazz moderne est aussi gravée sous le nom de Calypso Bebop par le Trinidadien Young Tiger (George Browne), qui au contraire considère le be-bop comme “une monstruosité”. Kitch ne bénéficie pas vraiment de la vogue calypso. Alors que Blind Blake (aux Bahamas), Henri Salvador (Mathilda), Dario Moreno (Day O, J’aime la vie tranquille), Chuck Berry (Jamaica Farewell), Robert Mitchum et bien d’autres vendent des disques étiquetés calypso, l’Europe et l’Amérique passent largement à côté de la grande vedette trinidadienne du genre.

En revanche chez les afro-caribéens, la popularité de l’authentique roi du calypso sera durable - et immaculée. Son hilarant Dr. Kitch (1963) marquera notamment son époque, inspirant par exemple au Jamaïcain Lee “Scratch” Perry son rocksteady Doctor Dick (1966). Ce fameux chanteur et producteur de reggae, qui fait ses débuts en studio en 1963, est fortement marqué par Lord Kitchener : il enregistre lui aussi sur le thème de la belle-mère avec le ska Mother in Law, et c’est une approche humoristique influencée par celle de Kitch qui fera son succès. Après seize ans d’exil, l’enfant prodigue fait finalement son retour triomphal à la Trinité au carnaval de 1963, quelques mois après la déclaration d’indépendance de son pays. Kitch y fonde la Calypso Revue, qui continuera longtemps en tant que “tente” à part entière, et remporte avec elle le prix de la Road March en 1963, 1964, 1965, 1967 et 1968, et cinq de plus entre 1970 et 1976. Il pleut pendant le carnaval de 1972 et l’année suivante, Kitch remportera le prix avec Rainorama, qui relate le déluge de l’an passé. Il critique la soca, un rythme trinidadien à la mode qui diminue beaucoup l’importance des paroles, mais l’adopte à son tour et remportera quantité de succès dans ce style, comme Calypso Bum Bum, premier tube international du genre en 1978. La revue de Kitch accueillera nombre de nouveaux artistes, qu’il parrainera jusqu‘à sa disparition. Il collectionnera les succès jusqu’à la fin. Certaines de ses chansons sont devenues des classiques interprétés par les orchestres de steel drums (Pan in a Minor, Iron Man, Bee’s Melody, Mystery Band et Guitar Pan en particulier) dans toutes les Antilles et au-delà. “J’ai essayé de rendre le calypso plus intelligent et la soca plus dansable” dira-t-il au magazine Billboard.Toujours en costume cravate et borsalino, il se produira sur scène jusqu’à la fin des années 1990.

Une pétition incitera le gouvernement trinidadien à lui décerner la Trinity Cross, plus haute distinction civile du pays. Mais en fin de compte les autorités ne lui ont proposé qu’une médaille moins prestigieuse, qu’il refusa. Pareillement, sa famille rejeta l’offre d’obsèques nationales : “Kitch est un homme du peuple, et même s’il ne porte pas de costume, tout homme ordinaire doit avoir la possibilité de venir aux obsèques” déclara une amie de la famille au quotidien Trinidad Express. Son fils Kernal et sa fille Quewina sont à leur tour devenus des artistes de calypso réputés.Mighty SparrowMighty Sparrow (Slinger Francisco, 9 juillet 1935) est né à Grand Roy, un village de pêcheurs sur l’île de la Grenade, d’une famille pauvre. “The Calypso King of the World” est, avec Lord Kitchener, l’artiste qui a dominé le calypso après la Deuxième Guerre mondiale. Utilisant largement la formule musicale qui a fait le succès de son grand rival, il reste vivre principalement à la Trinité (Kitch était exilé en Angleterre). Il est réputé pour ses paroles drôles, à l’occasion très crues, qui confinent parfois à la vulgarité, comme par exemple ici dans Reply to Melody. Sparrow a gagné le concours du Carnaval Road March huit fois, soit deux de moins que Kitch. Mais comme lui, il n’est jamais parvenu à atteindre le grand public comme Harry Belafonte a pu l’accomplir (notamment en choisissant un répertoire aux paroles moins explicites). Il a apporté une nouvelle sensibilité au calypso.Sparrow a débarqué à la Trinité à l’âge d’un an. Il est choisi pour chanter baryton et ténor, en latin, dans le chœur de garçons (chants grégoriens, cantiques) de l’école catholique de St-Patrick. Il écoute aussi du calypso, des groupes vocaux américains, et les vedettes de son temps : Nat “King” Cole, Frankie Laine, Sarah Vaughan, Ella Fitzgerald, Frank Sinatra, etc.

À 14 ans, il rejoint un steel band du quartier. Il a pour habitude de gesticuler sur scène, contrairement à ses concurrents, plus statiques. Plus âgés que lui, les musiciens disent qu’il devrait se concentrer sur le chant plutôt que de se mouvoir comme un moineau. Le surnom Mighty Sparrow (le moineau puissant), dit The Birdie, est resté. Il rejoint en 1955 le groupe Gayap, qui soutient la candidature du futur Premier Ministre, Eric Williams. Son succès coïncide avec l’élection de Williams quand, à dix-neuf ans, il remporte son premier concours de la Carnaval Road March en 1956 avec Jean and Dinah (qui sera repris avec succès aux États-Unis par Robert Mitchum en 1957), l’année du succès mondial de Belafonte, qui l’enregistrera à son tour en 1972. La chanson met en scène des prostituées qui vendent leurs services aux soldats américains : la guerre est finie, il n’y a presque plus de soldats et Sparrow peut “toutes les avoir gratuitement”. Il ne reçoit que quarante dollars pour tout prix, et organise l’année suivante une grève suivie par la moitié des participants, qui boycottent le concours. Il enregistre la chanson Carnaval Boycott et monte un syndicat de musiciens. Il refuse la compétition pendant trois ans tout en se produisant en parallèle du carnaval officiel. Il remporte malgré tout le concours en 1958 avec P.A.Y.E. (pay as you earn), qui explique au peuple le fonctionnement des impôts et fait écho à une campagne du parti de droite élu, le PNM. Deux autres chansons ont autant de succès à ce même carnaval : Teresa et Russian Satellite, où il proteste contre le sort réservé à la chienne Laïka, cruellement morte de chaleur (la propagande disait à l’époque qu’elle avait été empoisonnée) dans le premier satellite de l’histoire à contenir un animal.

Murder murder everywhere
These people must ever care
Murder murder everywhere
I wish these people would ever care
This time it’s really out of place
Over a thousand mile in space
They poisoned the food for the puppy
Oh Lord this is more than cruelty
Although they’re trying their best
They’re all making a mess with the Russian satellite
They should be all sent to prison for the dog that they poisoned in the Russian satellite
Two spotnicks in the sky had everybody hypnotized
Now I am very sorry for the poor little puppy in the Russian satellite

Sparrow écrira aussi des chansons d’amour pour des femmes de différentes origines : Espagne (Margarita), Inde (Marajhin), Suriname (Paramaribo en 1998), etc. Teresa est une sérénade adressée à une femme latine - et intéressée, comme tant de ses personnages féminins.

You’re worse than a dog Teresa
Yeah you break me heart
This morning you take me dollar
And now you’re playing smart
This morning you come we talk we business quiet and soft
Every time I come you’re making excuses and trying to put it off
You’re bawlin’ now ‘Sparrow let me go
Boy don’t hold me so
Me mother will knowSparrow darling wait ‘til tomorrow’
Teresa I love you
And I always thinking of you
Yo te quiero mucho
I really can’t wait for tomorrow

L’album “King Sparrow’s Calypso Carnival”, dont plusieurs titres de cette anthologie sont extraits, est publié en 1958. Il contient le délicieux Short Little Shorts, qui relate qu’un policier arrête une jeune femme portant des bermudas trop courts, et que le gouverneur, amoureux d’elle, fait changer la loi pour autoriser le port des shorts courts. Dans No More Rocking and Rolling, Sparrow raconte que le rock ‘n’ roll souffre de la popularité du calypso.

I said calypso sweeping the place like if she come out of space
Mama calypso sweeping the place like if she come out of space
I can remember rock and roll
Had the whole place under control
Since calypso leave Trinidad
Rock and roll really suffering bad
No more rocking no more rolling
No more jumping up like a fool
Whether you’re crazy or lazy
Man you just got to take it cool
This is calypso
And everyone know
It is strictly rhythm and rhyme
Whether young or old
Jump in the line
And shake your body in time!

Sparrow cherche à toucher le public américain et part pour New York en 1958. Il avait déjà enregistré pour la marque américaine Cook, mais avec l’aide de Belafonte, il est engagé par RCA Victor, une marque américaine qui ne saura pas bien exploiter son calypso populaire, cru et proche de la rue. En revanche à la Trinité, son succès est considérable. Il lance alors sa propre marque de disques, National Records (album “The Slave”), distribués en Angleterre par les disques Island. Dans au moins deux chansons (William The Conqueror et dans Leave the Damn Doctor en réponse à une critique chantée par Growling Tiger) il soutiendra ouvertement Eric Williams et le PNM (People’s National Movement), le parti conservateur de droite élu en 1956 (le PNM restera aux affaires jusqu’en 1986) qui obtiendra l’indépendance du pays en 1962. Avec ses paroles soignées et ses interprétations splendides, Sparrow trouve un public en Grande-Bretagne, et remporte la Road March de 1960 avec Ten to One Is Murder (qui relate un incident où Sparrow a été accusé d’avoir tiré sur un homme). Son morceau Congo Man (1965), où il se moque des Africains, qu’il associe au cannibalisme, et des femmes, créera une polémique de plus. Chaque année, Mighty Sparrow produira un album ou une série de chansons retentissante, remportant les championnats en alternance avec Lord Kitchener jusqu’au retour de celui-ci à la Trinité en 1962. À la fin des années 1970, il passera lui aussi au style soca, et continuera à dominer la musique populaire trinidadienne jusqu’aux années 2000. Mighty Sparrow a fait de nombreux émules, comme The Sparrow, dont le nom prête à confusion. On l’entend ici interpréter le classique Brown Skin Girl, que Harry Belafonte reprit sur son célèbre album “Calypso”, et un standard populaire dans le répertoire mento jamaïcain, Hol ‘Em Joe. Comme d’autres chansons de cette anthologie, Brown Skin Girl se réfère au comportement des soldats américains, qui en garnison à la Trinité ne reconnaissaient pas toujours leurs enfants nés de rencontres éphémères.

Lord Melody

Lord Melody (Fitzroy Alexander, 1926-26 septembre 1988) est né à San Fernando (Trinité-et-Tobago). Élevé dans un orphelinat, il est encore adolescent quand Lord Kitchener le prend sous son aile et le lance dans sa troupe The Young Brigade. Il se fait connaître avec Berlin on a Donkey (qui se moque d’Adolf Hitler) et Boo Boo Man, tournant en dérision sa supposée laideur. Quand en 1947 Kitchener s’exile en Angleterre, Melody est déjà l’un de ses rivaux. Excellent parolier comme son maître, il s’associera en duo avec Mighty Sparrow, et profiteront ensemble de l’absence de Kitchener en mettant leur propre rivalité en scène avec humour, comme on peut l’entendre ici dans le Reply to Melody de Sparrow avec qui il a gravé plusieurs grands succès. Melody écrit aussi plusieurs chansons où il se moque de sa propre image, comme on peut entendre ici dans Creature from the Black Lagoon. C’est dans le sillage du succès de Harry Belafonte que Lord Melody publie son premier album “Sings Calypso” en 1957, suivi de “Again” en 1958, également pour la marque américaine Cook. Il effectue plusieurs tournées dans les Caraïbes, qui lui inspirent sans doute Life in Brazil, où il raconte ses conquêtes au Brésil et prononce quelques mots de portugais:

Too much whisky too much wine
Too much women I left behind
The whole of Brazil was going mad
To see the life from Trinidad (…)
The whole of Brazil was paint in white
Twenty girls for myself each night
What they wanted I do not know
I wonder why women love me so
When I finish eat they will scrub me mouth
Then one by one I walk them out
When I finish walking they’ll scratch me head
Mama I nearly dead!Gloria gloria gloria! (…)
Helena buy me a Cadillac
Gloria jealous, why give it back
Lolita buy me a couple suitI no lie I speak the truth
The whole of Brazil wanted me
To be president of the industry
I said no, they said yes, I said no they said yes
They said you we adore!

Son Boo Boo Man sera repris en 1957 par Robert Mitchum (sous le nom de Mama Look a Boo Boo), puis par Harry Belafonte. Lord Melody perdra de la popularité après son grand classique de 1962, Shame and Scandal, qu’il enregistrera plusieurs fois. Ce morceau sera aussi enregistré en Jamaïque en version ska par King Bravo, par Peter Tosh & the Wailers accompagné par les Skatalites, et par le groupe de mento les Hiltonaires. Son cancer est diagnostiqué dès le début des années 70. Il lutte contre la maladie, rejoint le mouvement Rastafari et gravera un album de reggae, “I Man”, qui contient les singles Brown Sugar et Rastaman Be Careful en 1979. En 1982, il sortira aussi l’album de soca “Lola”. Des années après sa mort, le groupe anglais Madness fera de son Shame and Scandal un succès international (2005).

Les deux îles ont engendré nombre d’artistes de calypso. Parmi eux, le vétéran de la “old brigade” Lord Beginner (Egbert Moore) émigrera à Londres en 1947 sur le même paquebot que Lord Kitchener, et enregistrera comme lui pour Parlophone au début des années 1950. Il est représenté ici avec Louise, arrangé dans le style et le son moderne d’après-guerre, qui a fait le succès de Kitch. The Duke of Iron (Cecil Anderson, 1906-1968) fait partie de la génération d’avant-guerre. Le géant du saxophone Sonny Rollins composera Duke of Iron à sa mémoire. Le légendaire Duke a enregistré dès les années 1930 pour nombre de marques (dont Decca et RCA), enregistrant The Naughty Fly qui inspirera les chanteurs jamaïcains de mento Lord Flea et Lord Fly. Excellent pianiste, il jouait aussi du quatro (sorte de ukélélé). Sa bonne diction en anglais lui a ouvert les portes de New York, où il s’est installé en 1923 et abondamment produit, composant et interprétant des chansons souvent très osées, comme le classique Big Bamboo. En plus de Calypso Be-Bop, Young Tiger (né Edric Browne, 4 mai 1920-23 mars 2007, puis rebaptisé George) est également représenté ici avec son Trinidad, qui de sa belle voix grave vante les mérites de l’île “pays du calypso et des flamants roses”, et trace un parallèle entre les pêcheurs et les femmes qui vont à la pêche des hommes dans She Like It, He Like It. Young Tiger a été élevé dans la religion des Spiritual Baptists et le contexte des traditions yorubas où règne le Dieu Shango. Il s’intéresse au mouvement de libération des Noirs. Il s’installe en Écosse en 1941, puis fait carrière à Londres, où il se consacrera à la restauration en 1970. Il a reçu son nom d’artiste de Growling Tiger, une légende du calypso dont il a repris en 1953 le morceau Single Man.

The Roaring Lion

The Roaring Lion (Hubert Raphael Charles rebaptisé Rafael de Leon, né en 1908 à Aroquita, au nord de la Trinité, décédé en 1999), “le lion rugissant”, a été élevé par des parents adoptifs. Connu pour ses costumes toujours impeccables, il devint l’une des grandes légendes du calypso d’avant-guerre grâce à son talent de parolier, capable d’extrapoler des paroles sur tout thème donné. The Lion est aussi capable de créer des mélodies accrocheuses, sur lesquelles il développe son style de paroles personnel, riche en rimes, interprété avec élocution et rapidité. Sa carrière commence en 1928. Il enregistrera prolifiquement des années 1930 aux années 1950. En 1934, le marchand de phonographes et producteur Aduardo Sa Gomes l’envoie enregistrer à New York avec le chanteur Attila The Hun : ils sont les premiers calypsonians à graver un disque à l’étranger. Ses war calypsos (insultes), précurseurs des batailles de rappeurs, sont particulièrement réputés. Devenu historien du calypso, il se produira sur scène jusqu’à la fin de sa longue vie après avoir dérivé, comme ses collègues, vers la soca. Dans son livre Calypso from France to Trinidad: 800 Years of History, il fait remonter les racines de cette musique à la France, d’où vinrent des chansons arrivées à la Trinité par les colons des Antilles françaises. Dans sa chanson Trinidad, the Land of Calypso, il insistenéanmoins sur l’origine trinidadienne du calypso. The Lion interprète ici le standard Mary Ann, Kalenda March (sur les combats de bâton des carnavals, sur fond de tambours) et encourage sa femme Melda à se brosser les dents, se laver les mains et se curer les ongles dans Wash Your Hands.

Melodisc avait sorti en 78 tours le Malumbo d’Eric Hayden, qui reprend ici le Mama Don’t Like du pianiste américain Charles “Cow Cow” Davenport (originaire de l’Alabama). Des variantes de ce titre furent enregistrées par Lord Lebby en Jamaïque, et aux sud des États-Unis : Washboard Sam (qui évolua de l’Arkansas à Memphis) en 1935, Julia Lee (Kansas City) en 1947 et Bo Diddley (qui était originaire du Mississippi) en 1962. Mighty Terror (Fitzgerald Cornelius Henry, Arouca, Trinité, 13 janvier 1921-14 mars 2007) a commencé sa carrière en 1948 dans la tente Calypso Palace à Port-of-Spain. L’année suivante il rejoint la tente Young Brigade fondée par Lord Kitchener. Il enregistre pour Eduardo Sa Gomes en 1951, Christopher en 1952 et Dial en 1953. Terror embarque alors pour l’Angleterre où il poursuit sa carrière de chanteur dans les boîtes antillaises de la capitale britannique. Il enregistre en 1954 pour Melodisc et gagne le prix de Calypso King of Great Britain lors d’un concert donné en 1957 à la suite d’exactions contre la communauté antillaise de l’ouest de Londres. Ce concert aura ensuite lieu chaque année, et deviendra le fameux carnaval annuel de Notting Hill Gate. Il sera souvent en tournée avec Lord Kitchener jusqu’en 1964, et rentrera à la Trinité en 1965, où il continuera une carrière de calypsonian. Sa chanson Chinese Children Calling Me Daddy aborde humoristiquement le thème de l’adultère : sa femme le trompe et des enfants chinois l’appellent papa !

The Charmer

Quant au titre Female Boxer de The Charmer (Louis Eugene Walcott, 11 mai 1933, né d’un père jamaïcain dans le Bronx à New York), il raconte un combat contre une femme boxeuse (qui gagne). Une curiosité à plusieurs titres : d’abord par son thème, ensuite par son origine, qui n’est pas précisément trinidadienne, mais fait néanmoins partie de l’histoire du calypso - et par l’identité de son compositeur interprète. Avant le succès de Belafonte, qui a bouleversé le destin de cette musique en 1956, les endroits où l’on pouvait écouter des musiciens de calypso étaient rares aux États-Unis. Abandonné par son père, le jeune Louis est élevé dans le quartier antillais de Roxbury à Boston par sa mère originaire de l’île Saint-Kitts. Brillant élève, il devient vite un violoniste accompli, à tel point qu’il est invité à jouer dans l’émission de télé Amateur Hour de Ted Mack. Louis découvre alors le calypso à un concert du groupe new-yorkais de Gerald Clark qui se produit dans son quartier. En 1950, il part étudier au Winston Salem Teacher’s College en Caroline du Nord, où il monte un groupe de calypso. Très marqué par le racisme, et fasciné notamment par les paroles engagées souvent présentes dans ce style, qui représente alors un moyen d‘expression assez libre dans la communauté afro-américaine des États-Unis, il compose la chanson America Is No Democracy qui rappelle qu’une grande partie des afro-américains n’ont toujours pas le droit de vote ; après avoir été diplômé des Latin School et English High School de Boston, il abandonne ses études à l’été 1953 et devient chanteur professionnel sous le nom de The Charmer. Il interprète des standards comme Hol ‘Em Joe, Ugly Woman, Mary Ann, Brown Skin Girl et compose Is She Is, or Is She Ain’t (inspiré par les opérations de changement de sexe de Christie Jorgensen), Don’t Touch Me Nylon, et le Female Boxer inclus ici.

The Charmer était connu pour son Stone Cold Men et sa reprise du Zombie Jamboree (composé en 1953 par Conrad Eugene Mauge, Jr. et popularisé par Lord Intruder) sortie chez Melodisc, qui met en scène des fantômes dans un cimetière de New York. Il enregistre en 1953-54 une douzaine de titres pour les influents disques Monogram de Manuel M. Warner, également propriétaire des disques Ritmo et Paragon spécialisés dans les musiques des Caraïbes. Ces disques sont diffusés aux États-Unis et dans toutes les Antilles. Monogram exploitait les enregistrements de plusieurs artistes de calypso, dont Lord Kitchener, The Lion et Duke of Iron. The Charmer y est accompagné par des musiciens originaires des îles Vierges, Johnny McCleverty & His Calypso Boys, et il a suffisamment de succès pour être engagé à New York dans le Calypso Follies Show du Blue Angel, un des rares endroits aux États-Unis où l’on peut découvrir les musiques des Caraïbes. En 1955 The Charmer continue les tournées. Un jour à Chicago il se rend à une conférence d’Elijah Muhammad, leader du mouvement Nation of Islam dont Malcolm X est membre. Impressionné, il se convertit et prend un temps le nom de Louis X. Mais Elijah Muhammad considère que la musique n’est pas compatible avec les principes de l’Islam. Préférant s’engager pour une cause politico-religieuse, Louis abandonne sa carrière de musicien. Elijah Muhammad lui donne alors un nouveau nom : Louis Farrakhan, qui succèdera plus tard à son maître. À cette époque, la décolonisation en marche et le mouvement états-unien pour les droits civiques se mettait en place.

Pour nombre d’Américains, le désir de renouer avec leurs racines africaines passait par la conversion à cette religion d’origine arabe, qui par beaucoup était considérée être la grande religion africaine (en 1979, Lord Melody préfèrera, lui, le mouvement rasta jamaïcain qui se réfère à la chrétienté éthiopienne), alors qu’à la Trinité même la spiritualité Orisa des Yorubas a été préservée. À New York, de nombreux musiciens de jazz ont choisi la voie musulmane. Le nationalisme noir radical hérité du mouvement de Marcus Garvey a pu sembler être une solution logique face aux injustices de la société blanche. Mais comme tous les nationalismes, il a renforcé la division des peuples, en l’occurrence parce que sa logique soutient implicitement une forme de ségrégation raciale.Pourtant c’est ainsi qu’un talentueux chanteur de calypso devint le très controversé leader d’une partie importante de la communauté afro-américaine (comme Garvey avant lui, Farrakhan sera largement considéré être un politicien extrémiste). Alors que la Nation of Islam prendra beaucoup d’ampleur dans les années 1960, l’excellent orateur Farrakhan, ex-The Charmer, sera notamment accusé d’avoir participé, par ses menaces publi­ques, à l’instigation du meurtre de Malcolm X, qui venait de quitter l’organisation en réponse à des dérives autocratiques. En dépit d’une popularité certaine, ses déclarations antisémites et homophobes exclueront Farrakhan des personnalités fréquentables de la sphère politique. Lors de sa campagne présidentielle en 2008, Barack Obama refusera par exemple son soutien. Mais son témoignage musical, teinté d’humour, de machisme et d’ironie comme tant de calypsos, était loin de laisser augurer un tel avenir.
Bruno BLUM
© Frémeaux & Associés

Photos du livret : Collections Bruno Blum & Fabrice Uriac

1 Écouter les deux volumes de Sam Manning, West Indian Jazz, 1924-1927 et 1927-1930, Jazz Oracle BDW 8028 et 8029.
2 Écouter Biguine, l’âge d’or des bals cabarets antillais de Paris, volumes 1 (1929-1940) et 2 (1929-1940) (FA007 et FA027), Swing Caraïbe (FA069) et Ernest Léardée, rythmes des Antilles (FA5177), tous chez Frémeaux et Associés.
3 Écouter Cuba 1923-1995, Frémeaux et Associés FA157 et Cuba 1926-1937-Bal à la Havane, Frémeaux et Associés FA5134.
4 Écouter Matilda sur l’album Harry Belafonte, Calypso-Mento-Folk 1954-1957, Frémeaux et Associés FA5234.
5 Écouter Jean and Dinah et Mama Look a Boo Boo interprétés par Robert Mitchum, ainsi que la version de Rum and Coca-Cola par les Andrew Sisters sur l’album Calypso dans la série Anthologie des musiques de danse du monde (référence FA5339).
6 Écouter Bahamas Goombay 1950-1959, Frémeaux et Associés FA5302.
7 Écouter Jamaica, Mento 1951-1958, Frémeaux et Associés FA5275.
8 Kitch’s Be-Bop Calypso a été repris par Lord Flea sous le nom de Calypso Be-Bop, à écouter dans le volume Calypso de la série Anthologie des Musiques de danse du monde, référence FA5339 ; Une version de Kitch, Take It Easy enregistrée par Charlie Adamson sous le nom de Is It That You Really Love Me figure sur l’album Bahamas 1951-1958, référence FA5302.

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Drapeau de

Trinité-et-Tobago

 
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  Armoiries de

Trinité-et-Tobago

 
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République de

Trinité-et-Tobago

 La Trinité-et-Tobago,

en forme longue la République de

Trinité-et-Tobago, en anglais :

Republic of Trinidad and Tobago,

est un État insulaire des Caraïbes situé

dans la mer des Antilles, au large du

Venezuela. Membre du Commonwealth,

la langue officielle en est l’anglais.

Trinité-et-Tobago est composée de

deux îles distantes de 32 km :

Trinité et Tobago. La capitale de ce pays

est Port-d'Espagne. Scarborough

est le chef-lieu de l’île de Tobago.

 

 
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Histoire

 700 ans avant

l'arrivée de Christophe Colomb

à La Trinité, l’île était peuplée

par de nombreux indiens

Caraïbes ou Arawaks.

Au moment de la colonisation

par les Espagnols, on comptait

40 000 Amérindiens. Pour cette population,

l’île de la Trinité servait de transit

entre l’Amérique du Sud et la Caraïbe.

 
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La colonisation

 Colonisation courlandaise à Tobago.

En 1498, lors de son troisième voyage,

Christophe Colomb débarque sur l’île

qu'il baptise Trinidad (La Trinité). En 1532,

l’Espagne s’empare de l’île ; débute la période

de la colonisation espagnole. Les Français

conquièrent La Trinité en même temps que

Tobago pendant la guerre de Hollande.

Le traité de Nimègue en 1678, entérine

la possession de la Trinité pour le roi

Louis XIV aux dépens des Espagnols,

comme celle de Tobago, aux dépens des

Hollandais. L’origine diverse de ses habitants

donne naissance à une culture

particulière à l’île, dont le carnaval

est un élément essentiel. Deux langues

y coexistent : le créole et le français,

qui devient la langue véhiculaire.

En effet, cette île est à prédominance

française malgré sa colonisation par

les Espagnols. Ce phénomène va

faire dire à Eric Eustace Williams,

historien trinidadien et Premier ministre

de son pays de 1962 à 1981 : « L’Espagne

règne, mais la France gouverne[1] ».En 1797,

les îles de La Trinité et de Tobago sont

conquises par les Anglais auxquels elles

sont officiellement attribuées en 1802

par la Paix d'Amiens. Tobago fait partie

de la Windward Islands Colony (la colonie

des îles-du-Vent) jusqu’en 1899, où elle est

rattachée à La Trinité pour former une

seule colonie, afin de lui apporter une plus

grande stabilité financière. Tobago devient

alors une annexe de l’île de la Trinité.Le

Cacao Criollo, introduit par les Espagnols

en 1525, est décimé en 1727[2] par des

épidémies (Phytophthora) amenant les

planteurs amérindiens, dont c'était la seule

exportation[3], à créer en 1757 un mélange

avec l'autre variété, plus robuste, le forestero,

pour créer le cacao Trinitario. Cette innovation

est soutenue en 1783 par l'arrivée

d'immigrants français créoles, alors que

l'île est encore très peu peuplée: seulement

2813 habitants dont 2082 sont des

Amérindiens, soit une proportion de trois

quarts, connue dans aucune autre île

de la Caraïbe[3]. Mais dès 1789, les

Amérindiens ne représentent plus que

11 % de la population.Forte de sa réussite,

la culture du cacao Trinitario est introduite

au Sri Lanka en 1834 et en 1880. Sa culture

s'étend ensuite à Singapour, aux îles Fiji

et Samoa, en Tanzanie, à Madagascar et

à Java[4].Dès 1830, Trinité-et-Tobago en

était le troisième producteur au monde[2]

après le Venezuela et l'Équateur. La pénurie

de main d'œuvre sur les plantations fut

compensée entre 1838 et 1917,

par l'arrivée de 500000 Indiens

dans la Caraïbe[5] dont une partie

à Trinité-et-Tobago. Entre 1866

et 1870, sous l'administration du

gouverneur Gordoen, l'île décida

d'attribuer les « terres de la Couronne »

à des petits planteurs, le plus souvent des

anciens esclaves, et les forêts de la plaine

centrale devinrent des cacaoyères[6]. Près

de 7000 des 11000 esclaves avaient en effet

quitté les plantations de leurs ex-maîtres[6].

Trinité-et-Tobago connut dans la foulée un

« âge d'or du cacao » entre 1870 et 1930,

année où sa production était de 30000 tonnes,

puis une chute[7], face à la montée

en puissance des pays africains.

 
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L’indépendance

de l’île[modifier | modifier le code]

En 1962, Trinité-et-Tobago

devient un État indépendant.

Le début des années 1970 marque

pour cette île une période de grave

crise économique et sociale.

Le choc pétrolier de 1973 engendre

une hausse rapide des revenus

pétroliers du pays. Au début de

l’année 1975, le taux de chômage

atteint 17 % et celui de l’inflation 23 %.

En 1976, le pays devient une république

au sein du Commonwealth. Dans les années

1990, l’île vit un essor économique

grâce aux revenus du pétrole.

 
Vign_Lord_Melody

Lord Melody

(1926 – 26 septembre 1988)

était un calypsonian

 populaire, surtout connu

pour les singles tels que

"Boo Boo Man", "

Créature du lac noir", "

Honte & scandale", "

Jonah et la cuisson au four",

"Juanita" et "Rastaman soyez prudent".

Carrière de la mélodie s'étend

sur une quarantaine d'années,

depuis les débuts de la musique

populaire calypso à son étreinte

d'un son reggae-influencé

dans les années 1970

 
Vign_44LORD-K

Lord Kitchener

(calypsonian)

Aldwyn Roberts Né le 18 avril 1922 –

Décédé-le- 11 février 2000),

plus connu sous le nom de scène

Lord Kitchener (ou "Kitch"),

fut l'un des plus renommée

calypsonians.-

Début de la vie

Roberts est né à Arima,

Trinité, le fils d'un forgeron,

Stephen et la femme au foyer,

Albertha. Il a étudié à école

de gouvernement Arima

garçons jusqu'à ce qu'il a été

de 14, la mort de son père.

Son père l'avait encouragé

à chanter et à apprendre à

jouer de la guitare, et il devient

un musicien à plein temps.

Il a remporté le concours calypso

du Conseil d'arrondissement de

l'Arima quatre fois entre 1938 et 1942.

 

 

 

 
Vign_sans-titre

Mighty Sparrow 

Nom de naissance Francisco Slinger

Né le 9 juillet 1935 (79 ans)
Grand Roy, Grenade

GenresCalypso, Soca

Professions Musicien, producteur,

compositeur de chansons

Instruments Chant

Années actives1949 –

présent Étiquettes Balisier, RCA,

National, enregistrement des artistes,

Warner Bros, de Charlie, de B, glaceActes

associés Byron Lee et les Dragonaires

Site Webwww.mightysparrow.com

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né le 9 juillet 1935),

mieux connu sous le nom de Mighty Sparrow,

est un calypso chanteur, auteur-

compositeur et guitariste de citoyenneté

trinidadienne . Connu comme le

« Calypso King of the World »,

il est l'un des plus connus et les

plus réussis les calypsonians.

Il a remporté de Trinidad mars

Carnaval route compétition huit fois,

Calypso roi/Monarch huit fois et a

remporté deux fois le roi Calypso

du titre de rois.

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Roi de Calypso

Sa première performance en

tant que chanteur Carnaval est arrivé

en 1954 avec « The Parrot et le singe ».

En 1955, Sparrow a fait ses premiers

enregistrements "Missing Baby (Ruby)"

« cherté de la vie » et « Piste de course »

pour Vitadisc, qui ont été inclus sur

la compilation de redevances de

Calypso Royaume-Uni quelques

années plus tard. En 1955 et 1956,

il enregistra « Donnez les jeunes

une Chance », « Famille taille Coke »,

« Goaty », « Non médecin, non »,

« Clara Honey Bunch » et

« De Yankee Back Again »

pour les pierres précieuses,

« Jean et Dinah » et

« La Reine Canaries »

pour Kay et « Sailor Man »

pour Veejay Ace spécial

En 1956, Sparrow a remporté

 le concours de carnaval de Trinidad

route mars et Calypso roi avec sa

chanson la plus célèbre, "Jean et Dinah"

(aka "Yankees Gone", une chanson

célébrant le départ des troupes de

Trinidad américaines). [5] Une performance

live de « Yankees Gone » a été incluse

dans l'album Jump Up Carnaval de Trinidad.

[5] Son prix pour avoir remporté le titre de

roi de Calypso était de $40. [5] En signe

de protestation de la petite somme

(le gagnant du concours beauté

Reine de carnaval a gagné $ 7 500),

il a écrit la chanson « Carnaval Boycott »

et tenté d'organiser d'autres chanteurs de

boycotter la compétition. [5] Environ la moitié

des chanteurs suivi, y compris Lord Melody.

[3] Moineau demande le crédit pour réussir

l'amélioration des conditions de musiciens

calypso et steelband à Trinidad, ainsi que la

formation du Comité de développement de

carnaval, organisation d'aide un musiciens.

[6] Bruant a refusé de participer officiellement

à la compétition pour les trois prochaines

années, mais il a continué à effectuer

officieusement, même gagner un autre titre

de route mars en 1958 avec « Cafe »

Il n'a effectué lors du carnaval de 1957

dans la jeune Brigade Calypso tente,

où les quatre chansons qu'il a joué ont

été enregistrés et plus tard sortis sur

l'album Calypso rois et Pink Gin. [5]

Bruant a poursuivi en ai hits les en 1956

et 1957 avec des singles tels que

"Jack Palance", "Non médecin,

non", et "Sailor Man", avant de commencer

un match travaille musical avec la

Mélodie du Seigneur, chaque libérant

singles attaquer l'autre. [7] La rivalité

dura plusieurs années. [7]

En 1957, Sparrow a enregistré son

premier album, Calypso Carnaval 58,

sorti l'année suivante sur l'étiquette de Balisier-

source :

http://en.wikipedia.org/wiki/Mighty_Sparrow

 
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